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Un nouveau parti en Allemagne : vers la fin du diktat allemand ?

Publié le 27 mai 2013 par Copeau @Contrepoints

La crise de l'Euro fait grandir l’euroscepticisme en Allemagne, avec un nouveau parti anti-euro.

Par Fabio Rafael Fiallo, depuis la Suisse.

Un nouveau parti en Allemagne :  vers la fin du diktat allemand ?

François Hollande et Angela Merkel

Il est devenu de bon ton, dans les manifs anti-austérité en Europe du Sud, de vitupérer contre l’Allemagne et sa Chancelière, au point de placarder des photos de celle-ci parée d’une moustache à la Hitler. Ajoutons à cela la charge anti-Merkel que le PS français avait rédigée, avant de l’édulcorer sous la pression, diplomatie oblige, du Premier Ministre Ayrault. A entendre ces doléances, la faute de la crise que traversent certains pays de la zone euro revient au désir de l’Allemagne de Merkel de leur faire subir des politiques d’une rigueur démesurée et qui portent atteinte aux perspectives de croissance de la zone.

On peut se demander pourquoi les pays victimes (ou supposés tels) ne décident pas de faire fi une fois pour toutes du « diktat » allemand, prenant leur destin en main et refusant l’austérité.

Qu’arrivera-t-il dans ce cas ? Eh bien, les taux d’intérêt imposés par les marchés financiers aux emprunts des Etats frondeurs grimperont en flèche (comme ils avaient grimpé avant que Bruxelles et l’Allemagne ne vinssent à la rescousse). Ces pays seront alors contraints à se déclarer carrément en cessation de paiements ou renégocier (restructurer) leurs dettes auprès de leurs créanciers.

Les pays qui opteraient pour la cessation de paiements trouveraient difficilement des créanciers disposés à leur acheter de nouvelles obligations d’Etat. Ce qui veut dire qu’ils ne pourraient pas se permettre d’avoir des déficits publics.

Or, il s’avère que – à l’exception de l’Italie – les budgets de ces pays sont en rouge même en excluant le paiement des intérêts de la dette publique (dans le jargon professionnel, on dit qu’ils sont en « déficit primaire »). De sorte qu’une cessation de paiements les obligerait à se serrer la ceinture pour sortir du rouge, c’est-à-dire à adopter des politiques d’austérité, celles-là mêmes qu’ils reprochent à l’Allemagne de leur imposer.

Quant aux restructurations de la dette publique, il y en a déjà eu (cf. la Grèce). Et dans de tels cas, l’aide de Bruxelles – et donc de l’Allemagne – aura permis d’atténuer les effets des termes exigés par les créanciers privés.

Voilà pourquoi, en dépit des manifestations de rue et des moustaches collés aux images de Mme Merkel, les gouvernements des pays endettés préfèrent demander de l’aide à Bruxelles, en fait à l’Allemagne, tout en réclamant des conditions plus souples.

On reproche d’autre part à l’Allemagne d’empêcher la Banque centrale européenne (BCE) de faire déprécier l’euro, ce qui, selon les détracteurs de cette politique, nuirait à la compétitivité internationale des produits de la zone euro.

Or, l’Allemagne ne voit pas pourquoi un euro stable serait préjudiciable à l’économie de la zone alors que ni anciennement le mark ni aujourd’hui l’euro ne l’ont empêchée de concurrencer efficacement dans l’économie mondialisée.

L’expérience de la Suisse tend à conforter la vision de Berlin : la Confédération Helvétique possède une monnaie forte et, en même temps, occupe la première place dans le palmarès de la compétitivité établi dans le dernier Rapport Global sur la Compétitivité. Dans le sens opposé, l’histoire de la lire italienne montre que les dévaluations ne sont pas la panacée capable de booster durablement la compétitivité d’un pays.

Les succès de l’Allemagne et de la Suisse aussi bien que les déboires de l’ancienne lire italienne prouvent que pour gagner la bataille de la compétitivité rien, pas même le bricolage monétaire, ne remplace les réformes structurelles, et notamment la libéralisation du marché du travail.

On tire également à boulets rouges sur l’Allemagne parce qu’elle refuse de « mutualiser » la dette de la zone euro – une jolie formule pour demander à Berlin de se porter garant de la dette souveraine des pays de la zone.

Au nom de quoi Mme Merkel (ou quiconque à sa place) pourrait-elle demander aux contribuables allemands de s’engouffrer dans le Triangle des Bermudes de la dette contractée par des pays dont ils ne peuvent pas avoir le contrôle des dépenses publiques ? Des pays, ne nous en déplaise, qui ont une longue tradition de incurie dans les dépenses publiques et où le recouvrement des impôts est à bien des égards fantaisiste.

L’Allemagne a la possibilité d’arrêter son aide aux pays endettés et même de revenir au mark. Pour l’instant, elle estime que le prix d’assister les pays en difficulté à coup de dizaines de milliards d’euros est inférieur à celui de les laisser tomber. Mais si les montants de l’aide requise atteignaient des niveaux trop importants (par exemple si la France devenait la proie des marchés financiers), ou si on lui présentait des exigences politiquement irréalisables (cf. mutualisation de la dette), l’Allemagne pourrait revoir la copie et abandonner les pays en difficulté à leur sort.

Un parti nommé Alternative pour l’Allemagne (AfD en allemand) vient de se créer et pousse dans ce sens – allant même jusqu’à proposer la sortie de l’euro. Certes, il ne pas près de devenir un parti de gouvernement ; mais du fait de se faire l’écho d’inquiétudes fort répandues au sein de l’opinion publique[[1. Les sondages d’opinion montrent que 80% des Allemands sont opposés à l’émission d’euro-obligations (mutualisation de la dette). Voir Quentin Peel, “Germany: A lonely path”, Financial Times, 06-06-2012.]], AfD ne manquera pas d’exercer une influence certaine sur les orientations politiques du pays.

Quant à Mme Merkel, la revue The Economist souligne que, même si elle le sait, la Chancelière ne dira pas ce qu’elle a en tête pour après les élections fédérales de septembre[[2. « Charlemagne: What is the alternative », The Economist, 18-05-2013.]]. A suivre.

Certains pays – y compris la France – pourraient bien regretter la fin éventuelle du « diktat » allemand tant décrié.


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