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“Michael Kohlaas” d’Arnaud Des Pallières

Publié le 25 mai 2013 par Boustoune

- De quoi ça parle Michael Kohlaas? Voyons un peu… C’est une fresque moyenâgeuse où un éleveur de chevaux, victime d’une injustice commise par un seigneur local, lève une armée et met la région à feu et à sang pour réclamer réparation. Tiens Scaramouche, la critique est pour toi… Ciao, moi, je vais me faire le concert d’Eric Serra sur la plage…
- Hé, mais non… Hé, attends… Reviens… Rhooo, le vieux prétexte… Tout ça juste parce que j’ai un nom de héros de film de cape et d’épée… Pffff… En plus, je suis sûr que c’est tout sauf un film d’action et d’aventures…

Ben tiens : C’est l’adaptation d’un roman de Heinrich Von Kleist, auteur allemand du XVIIIème siècle à qui l’on doit, entres autres, “La Petite Catherine de Heilbronn” et “Le Prince de Homburg”. Des classiques, d’accord, mais il y a plus fun…
Ensuite, c’est réalisé par Arnaud Des Pallières, cinéaste français estampillé “Art & Essai” pur et dur, et porté sur les expérimentations filmiques. Pas engageant de mon point de vue. Après, chacun ses goûts…
Enfin, il y a la présence de Mads Mikkelsen dans la peau du personnage principal, figure quasi-mutique, imperturbable, entièrement focalisée sur sa quête de justice et de vengeance. Ca rappelle le rôle que l’acteur danois tenait dans Le Guerrier silencieux, de Nicolas Winding Refn. Un film contemplatif, lent et lancinant. Pas trop mon truc…
Mais bon, allons-y, on verra bien…

Michael Kohlhaas aff pro
Bon, chalut à tous,

Autant vous prévenir tout de suite Michael Kohlaas n’est – ô surprise – pas du tout un film d’aventures. Oh, il y a bien quelques séquences  assimilables à des scènes de batailles, mais ne vous attendez pas à une fresque majestueuse façon Excalibur ou La Chair et le sang. La production n’est pas nantie du même budget et ce manque de moyens se fait sentir au niveau des décors, des costumes et des accessoires. Mais de toute façon, ce minimalisme et ce refus de tout sensationnalisme est totalement assumé. Et même volontaire.
Arnaud Des Pallières signe une oeuvre austère, entre Braveheart revisité par Robert Bresson et la version cévenole du Guerrier silencieux, le mysticisme en moins. Le cinéaste aurait préféré que l’on évoque Les sept samouraï de Kurosawa ou Andrei Roublev de Tarkovski, ses influences revendiquées. Mais, désolé, on ne retrouve pas ici le souffle épique de ces deux oeuvres. Juste la rigueur formelle, ce qui n’est déjà pas si mal.
A la limite, on trouvera un peu plus de points communs avec Aguirre de Werner Herzog, le troisième film que le cinéaste revendique comme influence majeure de son travail. Notamment dans la détermination du personnage à mener sa quête à bien, et la narration resserrée sur les personnages principaux.

C’est peut-être cela qui fait tout l’intérêt du film. L’obsession de Kohlaas. Sa soif de justice et de réparation, qui prime sur tout le reste et pour laquelle il est prêt à mettre sa vie en jeu. L’homme se révolte, entraîne, grâce à son charisme, d’autres camarades dans sa croisade contre le régime en place. Il lève une véritable armée, qui réussit à conquérir des villages et des villes, jusqu’à menacer la Reine en personne. Au point d’être en position de renverser la monarchie et de prendre le pouvoir. Mais cela ne l’intéresse pas. Il veut simplement que soit reconnu son droit, démocratiquement, que le seigneur qui l’a spolié soit condamné pour ses crimes. Et tant pis si, en obtenant justice, il doit lui aussi être jugé pour les troubles civils qu’il a causés.
Ce n’est pas un anarchiste, ni un terroriste. C’est un simple citoyen qui exige l’application de la loi, rien de plus, et qui est prêt à mourir en martyr pour que triomphe son idéal social.
A travers le combat de ce personnage, le scénario fait réfléchir sur la notion de justice, la nécessité d’ériger des règles et des lois, le devoir de se révolter contre les abus de pouvoir et la corruption. Il trouve aussi une résonnance avec le monde actuel, et le fossé grandissant entre les puissants et les classes populaires. Et tous ces questionnements idéologiques, moraux, sociaux rendent le film bien plus passionnant que prévu, malgré son enrobage froid et austère.  

Michael Kohlaas - 3

Evidemment, si le film fonctionne, il le doit beaucoup à Mads Mikkelsen. L’acteur danois, impressionnant, comme toujours, réussit avec une économie de mots et de gestes à nous faire comprendre l’obsession du personnage, à la limite de la folie.
Mais, paradoxalement, ce point fort du film est aussi, par moments, un point faible, car l’acteur joue en français dans le texte et, même s’il s’en sort avec les honneurs, il n’est pas toujours très à l’aise avec la langue de Molière, mâchant quelques mots qui rendent les dialogues inaudibles. Heureusement, ils sont rares. Et à sa décharge, il n’est pas aidé par les techniciens son, moins inspirés que leurs petits camarades en charge de l’environnement visuel de l’oeuvre.

On passera sur les polémiques lancées par les puristes amoureux du roman original, qui déplorent que le cinéaste ait transposé en France un récit situé dans la Saxe du XVIème siècle, et par les historiens, qui jugent improbable la présence d’un allemand dans les Cévennes au XVIème siècle. On a envie de leur rétorquer qu’on s’en fout, tant que l’esprit de l’oeuvre est respectée.
Et surtout, le choix de tourner le film dans les Cévennes et le Vercors permet d’exploiter pleinement les paysages de ces deux régions, qui participent à l’atmosphère de l’oeuvre.

Michael Kohlhaas - 2

A l’arrivée, je dois bien avouer que Michael Kohlaas m’a agréablement surpris, même si ce genre de film n’est clairement pas ma soucoupe de lait – ou ma “tasse de thé” pour vous autres humains – même si la lenteur et l’austérité  ont parfois menacé de me faire sombrer dans un sommeil profond et même si je n’en garderai pas forcément un souvenir impérissable.
C’est une oeuvre rigoureuse tant sur le plan formel que sur la construction narrative, portée par un acteur épatant – en lice pour un second prix d’interprétation d’affilée. Bref, un vrai “film de festival” qui avait sa place en compétition sur la Croisette, n’en déplaise à certains persiffleurs.

A ceux là, je file un coup de griffe, aux autres, j’adresse plein de ronrons azurés.

Scaramouche

Notre Note :   ●●●●○○

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