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Nous sommes la « génération Mandela »

Publié le 28 juin 2013 par Lecridupeuple @cridupeuple

C’est notre Croix du Sud qui clignote et semble s’éteindre. Madiba vit ses derniers jours et replonge toute une génération – la mienne – dans ses souvenirs militants. Les miens sont moins marqués que ceux des camarades de la Jeunesse communiste qui ont occupé, par deux fois, l’ambassade d’Afrique du Sud pour obtenir la libération de Nelson Mandela, dirigeant de l’African National congress (ANC), la plus importante organisation multiraciale de lutte contre l’Apartheid.

Manifestation pour la libération de Mandela

Dans les années 80, je suis élève au lycée Lapérouse à Albi, préfecture du Tarn et pas encore encarté. Au collège, j’ai distribué les petites mains de SOS Racisme, ce qui m’a valu de me battre avec un copain de classe qui n’a pas apprécié pas mon geste. Je ne vais pas plus loin, dans la politique. Mais je vois, sur les murs de ma ville de brique et de calcaire fleurir les affiches frappées du portrait noir et blanc du leader de la branche militaire de l’ANC emprisonné depuis 1963 après que la CIA ait informé la police sud-africaine de sa localisation.

Depuis 1985, la Jeunesse communiste mène une campagne intense de mobilisation contre le régime raciste sévissant en Afrique du Sud. Ayant compris qu’un combat politique a besoin de visage pour incarner des idées, l’organisation à laquelle je vais adhérer quelques années plus tard, décide de faire de Mandela le symbole de la lutte contre le racisme et l’Apartheid. Mes futurs camarades appellent au boycott des produits sud-africains et multiplient les manifestations. La lutte pour la libération de Mandela devient une des priorités de la JC, qui peut s’adresser massivement à la jeunesse. Alors que le FN et ses discours racistes émergent déjà dans l’espace public, que Le Pen père le qualifie de « terroriste », la campagne en faveur de Madiba permet de parler concrètement de ce qu’est la ségrégation raciale.

Libérez Mandela graffiti des JC

En région parisienne, les camarades sont particulièrement courageux. A deux reprises, ils investissent et occupent l’ambassade d’Afrique du Sud. Vincent Maurin, aujourd’hui élu communiste à la mairie de Bordeaux, se rappelle cette période :

Je me rappelle une opération commando où, à 30 jeunes, nous avions réussi à nous infiltrer dans un lunch organisé par l’ambassadeur d’Afrique du sud grâce à de faux cartons d’invitation (j’étais vice-consul du Mexique) où paradaient des notables français, civils et militaires… et au signal que nous avions convenu (après avoir ingurgité deux trois toasts) nous avons lancé des flyers pour le boycott de l’apartheid sous les cris de « nous sommes tous des noirs d’Afrique du Sud ».

Mandela

Mon ami Bruno, militant dans le 18e arrondissement de Paris, complète le récit de Vincent : « Prise de l’ambassade sud-africaine deux fois en 1985 et 1986. La South African Airways peu après ; Wembley en 1988 ; la manif de juin 1988 avec Jimmy Sommerville qui descend de son hôtel et nous rejoint… Les collages partout, même sous les tunnels du périphs… On était fous, mais on avait juste ! » Moi, je m’implique dans la lutte quand j’adhère à l’Union des étudiants communistes à Limoges en septembre 1988.

Le combat pour la libération de Mandela est aussi une ouverture au monde qui nous entoure. Dans la continuité, je m’intéresse à la question palestinienne, une autre forme de ségrégation, et à Marouane Barghouti, autre prisonnier politique symbole. Et je ne peux m’empêcher, dans l’une comme dans l’autre des situations, de mesurer combien l’exploitation capitaliste a besoin de diviser la population et, singulièrement, la classe ouvrière. Il y a donc un lien intime entre capitalisme et racisme.

L'huma tant attendue Mandela est libre

Mais Mandela c’est aussi un symbole de la force du rassemblement. Celui qui sera le premier président de l’Afrique du Sud post Apartheid joue un rôle essentiel dans l’élargissement de l’ANC aux blancs opposés à la ségrégation raciale et aux membres du Parti Communiste sud-africain. Il faut savoir que ce chrétien est, à la base, viscéralement anticommuniste. L’analyse politique de la situation l’amène à changer de prisme. Aujourd’hui encore, le Parti communiste sud-africain est un pilier essentiel de l’ANC.

Nous sommes des dizaines de milliers à avoir grandi avec Mandela. Les combats que nous avons menés pour sa libération nous ont marqués à vie. Parce qu’ils ont forgé une expérience politique essentielle : la lutte à vocation majoritaire paye. En 1985, seuls 2 % des Français interrogés connaissent le nom de Mandela. Sa libération, 5 ans plus tard, est saluée par des centaines de milliers de personnes dans un enthousiasme délirant.

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Bonus vidéo : Gilles Langoureau « Apartheid tout le Mandela »


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