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Grain de blé

Publié le 25 avril 2008 par Jlhuss

Permettez, permettez… que je mette mon grain de … blé ou de maïs dans cette affaire : la “honte“.

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Cette explosion de bonnes âmes qui se scandalisent à propos des nouveaux risques de faim dans le monde, Mr. Ziegler compris, me font doucement ricaner.

Et bien entendu, comme actuellement il est politiquement correct de taper sur les Fonds Spéculatifs, les voilà responsables de la moitié de l’augmentation du prix des céréales.

Tout d’abord, et que ce soit clair dès le départ, je ne conteste absolument pas les interventions spéculatives de certains fonds de placement dans les marchés échanges des produits alimentaires, mais les rendre responsable d’autant de vilenie comme le fait Benjamin nous conduira à ne pas analyser les vraies raisons qui ont provoqué l’explosion des cours actuels, car les cours ont doublé bien avant que les fameux fonds s’intéressent à la chose…

L’augmentation des cours que nous constatons actuellement a quatre raisons structurelles et une quatrième pour motifs d’aubaine.

Evacuons tout de suite cette dernière : la spéculation. Elle existe, c’est vrai, mais les cours augmenteraient même si l’on tordait le cou à tous les traders…

Restent donc les raisons structurelles sur lesquelles il faut agir si l’on veut alléger le coût de la facture alimentaire:

– Conditions climatiques : comme il est écrit dans la Bible, après 7 années de vaches grasses, suivront sept années de vaches maigres.
Les conditions climatiques ces dernières années ont conduit systématique à des accidents de production comme ce fut le cas de l’Australie l’année dernière (ou la France lors de la Canicule).
Ce sont les imprévisibles de la nature … la seule façon de les combattre est d’avoir des stocks de secours avec lesquels les gouvernements puissent intervenir sur les marchés eux aussi.

–Baisse dramatique des stocks mondiaux
Tout simplement ils n’ont jamais été aussi bas depuis 30 ans et en ce qui concerne le blé, les stocks des 5 principaux producteurs vont finir l’année céréalière (juin 2008) avec une baisse de 27% par rapport à l’année dernière… la faute à qui ?
Ben, à tout le monde, le climat bien sur, l’augmentation de la consommation, les baisses volontaires des stocks pour motifs économiques (ceux qui ont critiqué l’UE d’avoir des stocks importants et coûteux, ceux qui ont mis en place des programmes de jachères qu’ils lèvent le doigt…)
Cette situation ne va pas changer dans l’année qui vient

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– Biocarburants : l’utilisation de céréales (maïs surtout, mais le blé aussi) a eu un impact dans la demande conduisant à une tension supplémentaire dans les cours.
Certains pays ont commencé à faire du rétropédalage sur ce sujet : La Chine a gelé son programme de biocarburant par utilisation de maïs et la France a également mis en stand-by un projet de distillerie près de Rouen qui devait utiliser 1,4 millions de tonnes de blé par an.
Reste que nos amis américains poursuivent allègrement leur programme qui pèse pour environ 5% des échanges mondiaux de maïs

- Augmentation de la consommation mondiale
Rien à faire, certains pays ont décidé d’améliorer leur quotidien : Chine, Inde…

Voilà les vrais motifs qui ont conduit à l’explosion des cours. La planète ne produit pas suffisamment en ce moment pour les nouveaux besoins qui s’expriment
Et une seule mauvaise nouvelle, suffit à provoquer une embardée des cours, car les marchés se ferment : L’Argentine a mis un embargo à ses exportations de blé ou l’Inde et L’Egypte sur celle du riz (sauf le Bashmati, riches consommateurs, vous allez pouvoir continuer à en manger …).
Le résultat est que les pays importateurs ont de vraies difficultés à s’approvisionner en denrées alimentaires, celui qui paie le plus ayant plus de chances de pouvoir acheter. Vous voyez Benjamin, on se débrouille très bien sans les spéculateurs …

Cela va changer ? Dans le court terme non. Selon les prévisions de « US Wheat » la production mondiale devrait augmenter l’an prochain si tout va bien de 7%, mais cela n’aura pas un impact sur les cours.

Voici la situation. Elle était prévisible (souvenez-vous des articles sur le prix de la baguette de septembre 2007…). Elle a des solutions bien entendu, il suffit de les mettre en pratique en oubliant les égoïsmes nationaux, et c’est cela qui va être le plus dur…

Hélas, je ne lis que du politiquement correct, des Ziegler qui parlent de 2 milliards d’affamés, quand l’une des raisons de l’embardée des cours est justement que certains affamés le sont un peu moins …

Encore un mot sur les biocarburants et je relève une remarque sur ce sujet que je conteste: « Même les pays en déficit alimentaire, comme l’Indonésie ou le Sénégal, s’y mettent, sacrifiant des terres arables. » J’entends parler de déforestation en vue d’augmenter les surfaces agricoles.  C’est faux, du moins pour le Sénégal et pour l’Indonésie. Le seul programme de fabrication d’Ethanol à destination des biocarburants au Sénégal est une toute récente distillerie qui se trouve dans la région du fleuve Sénégal à 100 km de Saint Louis.
Cette distillerie fonctionne avec de la mêlasse de canne à sucre (résidu issu du raffinage du sucre). Cette mêlasse était précédemment exportée en Europe (c’est votre serviteur qui en avait la responsabilité…) et sert désormais à al fabrication d’alcool. Pour motifs divers qui relèvent de la vie de l’entreprise, l’utilisation de cette mêlasse est à 1000 destinées à la fabrication de bouche, en d’autres termes, de l’alcool sui servira à fabriquer du Rhum et autres breuvages sympathiques. En attendant, pas un litre de biocarburant fabriqué à partir de la canne à sucre a été produit !
Quant aux terres arables, il y a eu une extension de leur surface totale l’année dernière, contrairement à ce que l’on peut lire.

Voilà voilà …

Un dernier mot à propos du fret : lui aussi il a explosé par la simple raison que les échanges mondiaux augmentent et qu’il n’y a pas suffisamment de bateaux disponibles.
Ici aussi, la solution est de construire plus de bateaux. Mais cela prend du temps…

Une louche sur les ports français, qui m’on déjà valu ici le traitement de « cynique absolu » : Quand vous louez un vraquier pour transporter des céréales au départ d’un port français, cela vous revient en gros à 40.000 U$ la journée au cours et coûts actuels (qui ont un chouilla baissé par rapport à l’an dernier). Quand vous présentez votre bateau le samedi matin au port autonome de Rouen ou de La Palice, votre chargement ne va commencer que le lundi matin (défense du sacro-saint week end) et cela va représenter pour l’exportateur 80.000 U$ jetés par la fenêtre, 80.000 U$ que le consommateur final (marocain, égyptien, sénégalais, camerounais etc etc…) va payer.
Le « cynique » tenait à le rappeler par ces jours de grève des dockers…

Guess Who

Il réagissait à la note : “la honte“


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