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Une journée dans la vie d’un journaliste musical

Publié le 05 août 2013 par Swann

Ça te brûle la langue de le dire. Le journaliste musical est un branleur. C’est vrai. Le matin, il arrive souvent sur les coups de dix heures, mal rasé, les yeux gonflés, avec son traditionnel t-shirt de [choisir un groupe de rock obscur]. Parfois il arrive encore plus tard… Mais c’est parce que "dans la musique et dans la communication personne ne travaille avant dix heures". T’as beau arriver tôt, tu peux rien faire sans madame les attachées de presse (oui les attachées de presse sont souvent des filles) ou monsieur le community manager. Les infos viennent d’eux et sans ces maillons essentiels de la chaîne, le journaliste ne peut pas travailler, donc autant faire durer sa nuit de sommeil…ou la commencer.

Almost-Famous

En arrivant, le journaliste checke ses mails : quelques insultes de la part de fans pas d’accord sur un article, l’annonce de la prochaine tournée de Christophe Mae, le nouvel album de Zaz, Tal en tête des ventes (merde, ce n’était pas censé être dans les spams ?), ton collègue qui t’envoie des GIFS de chatons tueurs, un vrai spam "enlarge your p*nis". Rien de bien intéressant. La journée commence vraiment au moment de la revue de presse matinale : Facebook (oh trop fort la photo de Trucmuche torchée, c’était au concert de BlackStrobe et Birdy Nam Nam non ? Un like), Twitter (Rolling Stones annonce une tournée promotionnelle pour les CostardCravates. Retweet), Instagram (tiens Asfam a encore changé de coupe de cheveux. Commentaire : « Nice ».) ChartInFrance, NME, RollingStone, le Blog de Perez Hilton : Miley Cyrus a encore oublié sa petite culotte, Justin Bieber a frappé un fan (rock’n'roll en fait le bieber), Joan Jett fait un album avec Dave Grohl, Jack White harcèle son ex-femme. Passionnant. Besoin d’un café et d’une clope, de toute manière personne n’est là pour le moment. Ah si, le stagiaire est là, il carbure. Il doit mettre en ligne quatre news sur le site avec 10h30. Objectif : 20 000 VU.

Sur le chemin de la machine à café, le journaliste croise Gertrude, la SR qui lui explique qu’elle ne peut pas travailler dans « des conditions pareilles »…Son dictionnaire date de 2011. Quelques minutes plus tard, Ben le maquettiste/infographiste/icono/DA (enfin on sait pas trop ce qu’il est) débarque. Il a les cheveux gras et en bataille, les lunettes de travers et porte le même pull qu’hier « pose pas de question, j’t’expliquerai plus tard » balance-t-il de très mauvaise humeur. De toute manière il est toujours de mauvaise humeur. A la machine à café, il y a Antoine et Gwendal qui parlent restaurant. Ils demandent : « A ton avis, Café de Flore ou Charlot ? C’est pour un déjeuner de travail ». Eux, ce sont les commerciaux, toujours en déjeuner de travail, mais jamais avec des clients ou des partenaires. « Euh…Mcdo », lance le journaliste de sa voix pas réveillée avant d’attraper son café et de filer dans la cour s’intoxiquer au tabac. Elle est blindée, comme toujours. Deux filles (stagiaires au services RH) débriefent leurs soirées d’hier soir. Elles s’arrêtent de parler quand elles remarquent que le journaliste les écoutent « Ben quoi, je suis journaliste, je suis curieux» marmonne-t-il lorsqu’elles déguerpissent. Il a fini sa clope, il est 11 heures. Il est temps d’aller bosser.

Mickael et Bastien viennent d’arriver. L’un décuve, l’autre râle. « Inadmissible. Basses degueux. Lumières de merde. Le gars jouait comme dans son garage. Il a même pas joué XXX. ET c’est quoi toutes ses groupies de merdes qui gueulaient ? Explique-moi pourquoi on ne me trouvait pas sur la liste ? Bordel, pourquoi on n’a toujours pas les photos ? Putain, je vais me fumer une clope ». Toute la rédaction descend. Le stagiaire lui, n’a toujours pas décollé les yeux de son ordinateur. Il doit derusher l’interview fleuve que Marco a réalisé la semaine dernière. Sauf qu’il est parti en vacances et a tout laissé en plan.

Dans la cour, ça discute album du dernier album de Depêche Mode. Bastien, qui déteste tout, peste : « non mais c’est de la merde Depêche Mode », Mickael n’a pas d’avis, il est encore dans sa soirée d’hier. On verra plus tard avec l’attachée de presse pour gratter quelques pass backstage. Midi arrive bientôt, question primordiale : où manger : « euh…Mcdo ? »

Retour du déjeuner, le stagiaire a mangé sur le pouce un sandwich monoprix dégueulasse, pendant que les trois autres journalistes ont dégommé un menu maxi best-of CBO et une double pinte pour faire tout passer. ­

Il est presque 14h et il faut se mettre au boulot. Petite revue de presse de l’après-midi pour commencer : Facebook  (putain, les photos de la tempête Sandy sont impressionnantes. Like), Twitter (attention les photos #Sandy sont toutes fake. Retweet), Instagram (c’est jolie quand même ces photos du ciel de New York. J’aime)…

Gertrude passe une tête dans le bureau : "Bastien, il y a un problème sur un de tes papiers, j’aurais besoin de déplacer une virgule et mettre trois petits points à la fin du troisième paragraphe". Bastien s’énerve. Il a horreur qu’on touche à ses papiers. Surtout à ses virgules. Comme il ne s’arrête pas de hurler, un peu de musique dans le casque s’impose. Écoute du nouvel album de Arctic Monkeys (pas trop fort quand même parce que pour Bastien "c’est de la merde"). Faudrait faire un papier dessus, les dégommer pour faire du clic. D’ailleurs, petite promenade sur l’extranet pour vérifier les stats du site. Elles sont catastrophiques, (putain de stagiaire). Opération de "community-management-sauvetage-de–stats "s’impose. Tournée obligatoire par Facebook, Twitter, Pinterest, TumblR etc…

17h, la pile d’album à chroniquer n’est pas commencé.  En même temps, en 2012 est-ce que les gens écoutent des albums en entier ? Non, le journaliste connaît deux titres, il a vu un clip, ça devrait largement suffire. Et puis au pire, il ira voir ce qu’en a pensé Pitchfork.  Mais d’abord pause café/clope. Le CBO lui pèse sur l’estomac.

Ben, le maquettiste, est tout seul à la machine à café. La tête entre les mains, les cheveux ne sont toujours pas coiffés. "On s’est engueulés avec Marthe, elle m’a mise dehors, cette s*****, comme si on mettait dehors un beau mec comme moi? Je vais lui faire regretter, t’as le temps pour boire un verre-là ?". Passage au bar d’enfance de la rédac. Juste un petit quart d’heure…Deux heures en fait, Ben est un gros bavard et dit travailler mieux la nuit. 19 heures. Il est temps de travailler…impossible, il a rendez-vous dans dix minutes au Trabendo… Merde, les deux chroniques ? Bah, tant pis le stagiaire s’en chargera.

mais heureusement ce n’est pas toujours comme ça.


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