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Une histoire populaire de l'empire américain de Howard Zinn, Mike Konopacki, Paul Buhle (Bande dessinée historique, 2009)

Publié le 18 août 2013 par Florian @punkonline

une_histoire_populaire_de_l__empire_americain.jpgEn écrivant « Une histoire populaire des États-Unis » en 1980 (et sa révision retraçant les années jusqu’en 2005), Howard Zinn a voulu montrer une facette différente de l’Histoire des États-Unis, celle faite de massacres et de mensonges depuis l’arrivée des premiers colons à aujourd’hui. Cette bande dessinée synthétise son ouvrage. Un tableau noir comme le sont les histoires des pays impérialistes, loin de l’image d’Épinal des livrets scolaires.

L’Empire intérieur

Cette bande dessinée commence par évoquer le massacre de Wounded Knee en 1880 lorsque l’armée américaine a tué entre 300 et 350 Amérindiens de la tribu Lakota Miniconjou. Elle est intervenue, car les Indiens continuaient à pratiquer la danse des esprits, une danse tribale alors interdite. La tuerie a eu lieu quand les Indiens étaient en train d’être désarmés.

Cet événement signifia la domination des hommes blancs, mais seulement de certains, ceux qui ont créé de vastes empires financiers pour lutter contre l’impérialisme européen : JP Morgan, John D. Rockfeller, Jay Gould, etc. Pour prospérer, les travailleurs ont dû en payer le prix : mutilations, morts.

L’année 1892 verra de nombreuses grèves dans le pays, jusqu’à la Panique de 1883, ses 642 faillites bancaires, 10 000 fermetures d’usine et 10 % de chômeurs. Le trésor américain a même été sauvé par le financier J.P. Morgan.

En 1893 a eu lieu la plus grande grève dans la Ville de Pullman fondé par le président de la compagnie du même nom. Suite à une baisse de salaire, les 300 000 ouvriers de l’usine ferroviaire ont entrepris une marche jusqu’à Washington.

Devant le refus de négocier de Pullman, le syndicat du rail (l’ARU), mené par Eugene Victor Debbs, a entamé un boycotte des trains Pullman. L’entreprise a engagé 2 000 shérifs pour mater la contestation. Les grévistes sont allés jusqu’à brûler des wagons tandis qu’en représailles la garde nationale, aidée par la police leur a tiré dessus. Le nombre de mort et de blessés est resté inconnu. Finalement, le gouvernement est parvenu à briser la grève en emprisonnant les grévistes et les membres de l’ARU.

À l’étranger, au milieu de XIXe, pour protéger ses intérêts, les États-Unis ont pratiqué la politique de la porte ouverte, c’est-à-dire envoyer des troupes pour protéger les intérêts américains et ouvrir de nouveaux marchés pour les entreprises du pays facilité par la Doctrine Monroe de qui interdit toute nouvelle colonisation et intervention européenne sur le sol américain et exclu toute ingérence américaine en Europe.

Les États-Unis ont ainsi pu intervenir plusieurs fois en Amérique latine sans être inquiétés.

La Guerre Hispano-américaine

En 1898, les États-Unis prennent part à la guerre d’indépendance du cuba occupé alors par les Espagnols (les Cubains menés par Antonio Maceo voulaient plus de droits, plus d’égalité et l’abolition de l’esclavage). Les investisseurs étasuniens  (essentiellement de l’agroalimentaire et de l’armement) avaient peur de perdre le potentiel économique de l’île avec l’apparition d’une seconde République « noire » après Haïti en 1803. Ils ont mené une campagne médiatique avec des articles bidon pour avoir l’opinion publique derrière eux. C’est l’histoire du navire de guerre « Le Maine » qui fera basculer l’opinion. Le Maine était un navire de guerre envoyé par les États-Unis pour avertir les Espagnols et les rebelles cubains de ne pas toucher à leurs intérêts. Le 15 février, le navire explose. Les Espagnols sont accusés dans les journaux. Il s’agissait en fait d’une explosion dans la salle des machines, mais l’enquête sur l’origine du désastre ne sera conclue qu’en 1976...

En juin 1898, le 25e d’infanterie noire est envoyée au front. Pendant qu’il combattait, les Rough Riders une unité de cavalerie d’homme provenant des plus grandes Université attendait sagement que le travail se fasse avant d’aller poser sur la photo de la victoire. La plupart des morts de cette guerre n’ont pas eu lieu au front, mais avec les maladies. Le 17 juillet 1898, le drapeau étasunien était hissé sur le palais des gouverneurs à Santiago. Les rebelles cubains n’ont pas été autorisés à participer aux termes de la reddition de l’Espagne (traité de Paris signé le 10 décembre 1898) et Cuba est devenu un protectorat étatsunien (ainsi que les Philippines, Porto Rico et Guam mettant ainsi fin aux colonies espagnoles aux Amériques). C’est à cette époque qu’à Guantanamo s’installe la tristement célèbre base militaire étatsunienne.

L'invasion des Philippines

Après la défaite espagnole de la bataille de Manille le 1er mai 1898 où les Philippins et les Étasuniens ont combattus côte à côte, l’Espagne vend l’archipel Phillippin pour 20 millions de dollars aux États-Unis. Malgré leur promesse orale faite quelques mois plus tôt à Emilio Aguinaldo le leader de la révolution Phillippine contre l’Espagne, ceux-ci refusent de reconnaitre l’indépendance des Phillipines.

La proclamation d’indépendance le 12 décembre engagera l’Archipel dans une nouvelle guerre qui aboutira à la mort d’au moins 200 000 Philippins, de 4 000 soldats étasuniens et une colonisation des plus brutale.

Cette guerre a provoqué un cas de conscience aux États-Unis dans la population. Elle a découvert les tortures et les massacres perpétrés par leur armée, mais sans que rien ne soir remis en cause. Le président déclarait la fin de la guerre le 4 juillet 1902, alors que l’insurrection a continué avec les musulmans (Moros), continuant ainsi la répression a leur égard en catimini. Pour cela les États-Unis ont fait appel au général Wood (qui avait déjà participé à la campagne contre Geronimo et à Cuba) pour mettre de l’ordre. Celui-ci a eu l’idée d’assiéger les Moros retranchés dans un volcan et de les tuer tous (y compris femmes et enfants). Wood a été félicité par Roosevelt pour son efficacité...

La guerre est la santé de l’État

La guerre des Philippines a révélé aux dirigeants américains que la contestation sociale à l’intérieur d’un pays peut-être étouffée en allant faire la guerre à l’étranger.

Peu de temps après l’élection de Wilson en 1913, 11 000 ouvriers des mines se sont mis en grève contre la Colorado Fuel and Iron Company que possédait la famille Rockefeller, dans un contexte de récession de l’économie intérieur. Les grévistes protestaient contre le manque de sécurité et les conditions de vie dans les taudis mis à disposition par l’entreprise.

Zinn n’a trouvé que peut d’écrit sur le sujet. En revanche, le chanteur de folk Woody Guthrie a composé une chanson, « Ludlow Massacre », dans laquelle il explique l’envoi par le gouvernement de militaires qui ont brûlé les tentes, tiré sur les grévistes et leur famille tuant treize enfants.

Un peu plus tard éclatait la Première Guerre mondiale, une aubaine pour les industriels américains qui ont ainsi pu doper leurs exportations. Mais ces ventes ne profitaient pas à toutes les couches sociales du pays.

Pour faire plus de profits, Wilson autorisa les prêts bancaires à l’Angleterre et la France, violant la neutralité du pays dans le conflit, et entrait de fait en guerre contre l’Allemagne. Le 7 mai 1915, un sous-marin allemand torpille le paquebot « the luisitania » dans lequel 1 198 personnes périrent suscitant une vive émotion dans le pays. Il n’a pas été dévoilé au public que le bateau transportait du matériel de guerre.

Aussi, plusieurs bateaux de commerces ont été coulés par les Allemands engageant les États-Unis dans la guerre le 6 avril 1917. Un an plus tôt, les Français et les Anglais s’étaient partagé dans le secret le Moyen-Orient démontrant ainsi le caractère impérial de la guerre.

L’entrée en guerre du pays à soulever de vive contestation parmi la population étasunienne. Une campagne de propagande a alors été menée par le gouvernement avec des discours brefs faits dans 5 000 villes. Une loi sur l’espionnage interdisait tout discours défavorable à la guerre (une loi similaire est apparue après les attentats du 11 septembre 2001, encore plus intrusive grâce aux moyens techniques) et permettait la surveillance des opposants.

Eugene Debbs, un des plus farouches opposants, a été emprisonné après avoir pris la parole dans la rue, ainsi que de nombreux autre syndicalistes. Le camp Fuston a été construit pour enfermer les objecteurs de conscience (dont beaucoup de mennonites) pour les torturer sous la direction de Leonard Wood.

Une des voix des travailleurs immigrés et de l’opposition à la guerre fut celle d’Emma Goldman, activiste anarchiste d’origine russe qui a développé ce courant en Amérique du Nord.

L’affaire Sacco et Vanzetti

Après la guerre, les États-Unis doivent faire face à l’inflation. La montée du syndicalisme favorise les grèves dont les revendications principales étaient un meilleur salaire et une réduction du temps de travail. Beaucoup d’entre elles ont dégénéré en affrontements violents et de nombreux attentats perpétrés par des anarchistes ciblaient des hommes politiques et les milieux d’affaires. Avec les communistes, les anarchistes devenaient l’ennemi intérieur.

En 1920, Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti étaient soupçonnés d’avoir tué deux hommes au cours d’un braquage. Leur crime était d’être des militants anarchistes et émigrés italiens. Après un simulacre de procès, ils seront électrocutés en 1927, malgré la mobilisation internationale et les aveux du vrai tueur, scandalisant l’opinion publique.

La Seconde guerre mondiale : une guerre populaire ?

La Seconde Guerre mondiale fut la guerre la plus populaire que les États-Unis aient jamais menée, mais elle fut conduite par les intérêts patronaux. En 1935, un embargo sur la vente des munitions a été imposé à l’Italie lorsque les troupes de Mussolini envahirent l’Éthiopie, cependant les entreprises américaines pouvaient continuer à lui vendre du pétrole. Lorsque l’Allemagne armait les troupes fascistes de Franco en Espagne, en 1936, les États-Unis ont cessé toute aide au gouvernement républicain. Enfin, il a fallu que le Japon envahisse les pays d’Asie de l’Est et les intérêts des Américains qui s’y trouvaient pour imposer un embargo aux japonnais et leur déclarer la guerre après l’attaque kamikaze à Pearl Harbor. Une attaque qui n’était pas une surprise puisque deux semaines plutôt la maison blanche avait prévu une guerre contre le Japon.

En 1941, plus de 4000 grèves ont éclaté, soit le plus grand nombre depuis 1919. Alors que les salaires augmentaient, les profits explosaient laissant un goût amer chez les travailleurs. Dans certains cas, Roosevelt a envoyé l’armée pour régler les conflits. Bien qu'inférieur que que durant la Première Guerre mondiale, il y a eu tout de même 6000 personnes emprisonnées.

Les blancs étant mobilisés dans les grèves, les syndicats ont dû recruter des travailleurs noirs et de nombreux travailleurs blancs s’y opposèrent. Même victime du racisme, les noirs participaient à l’effort de guerre. En 1939, le docteur Drew inventait une méthode pour conserver le plasma sanguin permettant ainsi de stocker et de transporter le sang sur de longues distances. Il a alors pris la direction de la banque de sang de la Croix rouge, mais en a été évincé pour avoir refusé d’appliquer la ségrégation du sang.

Bien que combattant des pays aux systèmes nazis ou fascistes, les États-Unis ont appliqué des méthodes similaires. Un ordre présidentiel a autorisé l’arrêt de tous les Japonais (110 000 hommes, femmes et enfants) sur la côte ouest sans justification.

Pendant cette guerre, les États-Unis ont voulu étendre leur empire et garder la première place dans le monde, grâce au pétrole. Pour faire suite à la demande du Roi d’Arabie Saoudite, les Américains y ont installé une base militaire. La guerre terminée les États-Unis ont reçu la garantie d’un approvisionnement assuré en pétrole par le royaume saoudien, le partageant ainsi avec une Grande-Bretagne affaiblie.

Dès 1941, les trois quarts du montant des contrats militaires étaient aux mains de 56 grandes sociétés et sur un milliard dépensé, 400 millions revenaient à de grands groupes. Pour ces derniers, il fallait que la guerre soit perpétuelle pour obtenir de nouveaux contrats et donc créer de nouvelles armes. C’est ainsi qu’en avril 1945, le napalm a été testé sur Royan tuant plus d’habitants que de soldats allemands et auquel a participé Zinn aux commandes d’un des 1200 bombardiers. Pourtant la guerre était déjà gagnée avant ce coup de force.

Dans un contexte similaire de reddition imminente de l’ennemi, deux bombes atomiques ont été larguées sur le Japon. Ce nouveau massacre de civils a été excusé par la volonté d’épargner davantage de civils dans des combats interminables. Mais il s’agissait surtout pour les Américains de montrer leur puissance de feu à la Russie pour qu’elle n’intervienne pas au Japon.

La guerre froide s’annonçait et les États-Unis ont soutenus après guerre de nombreux mouvements contre-révolutionnaires comme les soldats japonnais contre Mao en Chine (1945-49) et les néofascistes en Grèce contre la gauche grecque (1947-49) ou écrasés la rébellion paysanne et communiste dans leur colonie les Philippines (1946-54) et renversé le gouvernement du Guatemala (1954).

La Guerre « cool »

Dans les années 40, le jazz connaissait un grand succès auprès de la classe blanche, mais les rassemblements étaient considérés comme une menace pour le gouvernement. Porter les vêtements des zazous étaient considéré comme une forme de résistance à la guerre. Le racisme restait plus que jamais présent et les attaques contre les noirs légions. Ceux-ci devaient se contenter des boulots ingrats et de location précaire au loyer exorbitant.

Après la guerre est apparu le R & B. À Los Angeles la police bloquait l’accès aux blancs les boutiques vendant cette musique. Les soirées étaient interdites obligeant les organisateurs à les déplacer à l’extérieur de la ville. Il y avait une volonté de contrôler la culture en général. Par exemple, le congrès fit interdire des parutions de bande dessinée qui publiait des affaires criminelles et policières.

Les enfants de l'empire

Dans les années 1955-50, de nombreux actes de défis contre la ségrégation ont ouvert la voie au mouvement des droits civiques quelques années plus tard. De nombreux sit-in ont été organisés avec leurs lots de violences policières et d’attaques racistes avec la complicité des autorités locales.

Les nombreux lynchages dans le sud ont mis un coup d’arrêt aux actions dans ces États. C’est une des raisons pour laquelle le mouvement des droits civiques a voulu entrer en politique par le biais du vote qui sera autorisé par Johnson en août 1965. Mais la pauvreté dans la communauté noire et le pourcentage élevé des ses membres dans le conflit vietnamien a attisé la colère.

Phil Ochs - I ain't marching anymore

En août 1945, le Japon doit se retirer d'Indochine qu'il a occupé durant la guerre. Un an plus tard la France y est intervenue pour combattre le Viet Minh de Hô Chi Minh qui souhaitait l'indépendance du Vietnam. Par peur de l'effet domino qui pourrait survenir si le Vietnam devenait communiste, les États-Unis finançaient en 1954 80% des efforts de guerre français. Mais au-delà de la crainte de l'expansion communiste, il s'agissait de préserver les intérêts de la région : riz, caoutchouc, charbon, minerais de fer et un emplacement géostratégique important.

Avec le soutien de la population, le mouvement révolutionnaire a obligé la France à signer la paix en 1954. Une conférence internationale organisée à Genève prévoyait que la partie nord du Vietnam serait dirigée par le Viet Minh et le sud par la France en attendant des élections. Mais les États-Unis ont préféré installer le dictateur Ngo Dinh Diem à la tête du sud.

Proche des propriétaires terriens et catholiques alors que la majorité de la population était bouddhiste, Diem a du faire face à l’hostilité de la population et des moines. Des groupes rebelles ont mené une guérilla dont les Vietcong soutenus par le nord. Cette impopularité embarrassait les États-Unis qui ont alors orchestré un coup d’État et éliminé Diem dans la foulée pour mettre en place le général Nguyen Chan Thi soutenu par une grande partie de la population.

En 1964, le président Johnson déclare la guerre après une prétendue attaque du nord-Vietnam dans le golfe de Tonkin. En 2005, une étude révélera que les documents avaient été falsifiés et que cette attaque n’a jamais eu lieue. Thi préférait les négociations et a été contraint à l’exil malgré le soutien constant de la population. Le général Ky, vice-président de la junte nouvellement arrivée au pouvoir se fera remarquer par sa phrase « Les gens me demandent qui sont mes héros. Je n’en ai qu’un : Hitler ».

Le 4 avril 1968, Martin Luther King, prix Nobel de la paix et opposant à la guerre, est assassiné. Des vagues de violences urbaines se répandent dans le pays. Pour apaiser la situation, Johnson renforce une loi sur les droits civiques, mais le racisme et la pauvreté ne disparaissaient pas.

En avril 1970, l’invasion du Cambodge par les États-Unis déclenche une vague de protestation chez les étudiants. À l’université d’État du Kent, la garde nationale a été envoyée pour rétablir l’ordre. Une des troupes a tiré sur la foule faisant quatre morts. Plus tard à Jackson, deux étudiantes noires sont tuées par balle par la police. Puis au printemps 1971, ce sont les vétérans du Vietnam qui d’un geste symbolique ont jeté leurs médailles.

80 ans après la première bataille, Wounded Knee a été à nouveau le lieu d’une confrontation entre les Amérindiens et le gouvernement. Les conditions de la population de la réserve de Pine Ridge étaient déplorables. Dans un contexte d’émancipation des minorités et suite à des élections truquées qui ont vu l’arrivée de Dick Wilson soutenu par le FBI à la tête de la tribu, 300 personnes envahirent Wounded Knee. Elles ont été assiégées 71 jours avant de rendre les armes. Suite à cette affaire, les fédéraux ont passé en revue les archives qui ont mis en avant la violation de chacun de 400 traités signés entre les États-Unis et les tribus.

Le même tonneau pourri

Le 13 juin 1973, le New York Times publiait des archives de la guerre du Vietnam montrant le financement à 80 % de l’armée française par les États-Unis lors de la guerre d’Indochine. Elles ont révélé également la non-invasion de Vietnam nord sur le sud qui a été le prétexte à l’entrée en guerre des États-Unis. De même, peu de temps après le scandale du Watergate, l’effraction du QG du parti démocrate par la maison blanche, Nixon a dû quitter le pouvoir, mais a été gracié par Ford son remplaçant, un républicain conservateur qui a continué le même politique étranger.

Le 29 mars 1973, les derniers soldats américains quittaient le Vietnam. Au printemps 1975, le régime de Saigon s’écroule. Le Vietnam était « perdu ». Cette même année le professeur Samuel P. Huntington s’est fait remarquer dans un rapport dans lequel il écrit que dans les années 60 s’est instauré un « excès de démocratie ». En 1993, il deviendra célèbre avec sa théorie fumeuse sur le « choc des civilisations ».

Carter puis Reagan seront les deux présidents suivants. Les têtes changent, mais la politique étrangère US reste la même.

Résurgence d'empire

Soutenue par les États-Unis, la famille Somoza a régné pendant 43 ans sur le Nicaragua durant lesquels elle a détourné des sommes d'argent phénoménales dont celui de l'aide internationale envoyé après le tremblement de terre à Managua de décembre 1973. Les conditions catastrophiques ont obligé les habitants de quitter la ville et se sont organisées dans les campagnes contre la dictature.

En 1979, les sandinistes, une coalition d'opposants au pouvoir renverse le régime de Samoza. Ils ont rapidement mis en place une redistribution des terres aux paysans, un programme d'alphabétisation et de soins au plus démunis. Leur nom provenait des troupes du révolutionnaire Agusto Sandino qui dans les années 20 a combattu le gouvernement conservateur au pouvoir depuis 1907, puis l'occupation militaire étasunienne au Nicaragua à partir de 1927. En 1932 les libéraux gagnent les élections présidentielles, mais les États-Unis leur préférait Anastasio Samoza Garcia, premier personnage de la dictature dynastique du pays. Une fois ce dernier au pouvoir et le départ des troupes étasuniennes. Des négociations se sont ouverte entre Sandino et Samoza, réhabilitant le révolutionnaire qui sera pourtant assassiné en 1934. Le rêve de Sandino était son « Plan pour la réalisation du rêve suprême de Bolivar » :

  • En finir avec la Doctrine Monroe
  • Former une nationalité latinoaméricaine
  • Créer une armée continentale de 5.000 membres comme base
  • Créer une Cour de Justice Latinoaméricaine ayant juridiction et compétence sur les différends existants ou à venir entre les pays de l’Alliance
  • Faciliter l’acquisition de droits, grâce au financement de banquiers latinoaméricains, sur le Canal de Panama, aux mains des EU.
  • Proposer le démantèlement de toute base des États-Unis ou d’autres puissances qui se trouvaient installées sur le territoire latinoaméricain et empêcher de futures installations
  • Considérer l’Alliance Latinoaméricaine comme l’unique institution autorisée à ériger une base militaire dans le Golfe de Fonseca et à posséder le paquet d’actions majoritaire lié à la future construction du Canal Interocéanique au Nicaragua.

Depuis longtemps démocrates et républicains, ce sont associés pour éviter « l’effet domino » en Amérique Centrale par peur de voir le spectre communiste s’approcher de ses frontières. Pour cela, ils ont soutenus les plus sanglantes dictatures. Sous l’ère Reagan, les sandinistes ont été accusés d’être responsables de la rébellion du FMLN au Salvador. Avec cette accusation le pays se donne le droit d’augmenter l’aide à la dictature salvadorienne qui a exterminé les membres de l’opposition avec ses escadrons de la mort à la fin des années 1970.

Plus tard, les États-Unis accordent une enveloppe de 19 millions de dollars à la CIA pour qu’elle finance et entraîne les contras, forces armées contre-révolutionnaire qui ont pour objectif de renverser le gouvernement sandiniste au Nicaragua. Les contras commirent de nombreux attentats avec parfois la découverte de documents officiels attestant l’aide de l’organisation à ces terroristes.

Les militaires salvadoriens, entraîné pas les États-Unis, perpétue une tradition chère à l’Oncle Sam, le massacre de population civile comme à El Mozote le 17 décembre 1971 où les habitants, soupçonnés de supporter la guérilla du FMLN, ont été tués. Pour que le congrès continue à envoyer une aide au gouvernement salvadorien et aux contras. Reagan et son administration ont dû s’employer à démontrer que la situation des droits de l’homme s’améliorait dans ces pays. Pour cela les rédactions ont subits des pressions pour ne pas révéler toutes les affaires et une campagne de propagande a été menée niant les faits reprochés. Pourtant, à la fin de la guerre civile en 1992 une commission d’enquête a révélé la réalité des massacres.

En 1984, le congrès a finalement interdit le financement des contras au Nicaragua. Reagan s’est alors tourné vers l’Arabie Saoudite et a vendu des missiles en Iran (Irangate). En 1986, ces arrangements clandestins deviennent publics, mais seuls les responsables de seconde zone sont inquiétés. Reagan prendra sa retraite tandis que son vice-président Bush lui succédera à la présidence des États-Unis. Entre 1986 et 1989, une enquête du congrès révéla l’implication des contras dans le trafic de drogue et en 1996, un journaliste du New York Times révélait que la CIA avait connaissance de ce trafic.

En Iran, le 4 novembre 1979, des Iraniens ont pris en otage 52 personnes dans l'ambassade étasunienne pendant 444 jours. Ils réclamaient le retour du Shah Mohamed Reza Pahlvi, exilé aux États-Unis, pour le juger. Les preneurs d'otages voulaient aussi des excuses des États-Unis pour avoir renversé le gouvernement de Mohamed Mossadegh en 1953. Dans l’ambassade, les preneurs d’otage ont découvert des documents détaillant le soutien des États-Unis au régime répressif du Shah.

En 1912, les Britanniques contrôlaient le pétrole par l’intermédiaire de la Société Anglo-Iranienne du Pétrôle (SAIP). Afin de stabiliser ce contrôle, le gouvernement anglais renversa le Shah Reza Khan en 1941 et installa son fils Mohamed Reza Pahlvi. Le 1er mai 1951, Mossageh fut le premier ministre élu par le parlement iranien. Dès le 11 juin, il nationalise le pétrole du pays. Mécontents, les Anglais mettent en place un embargo. En représailles, l'Iran expulse les dirigeants britanniques du pétrole. Truman, le président étasunien, va convaincre les Anglais de ne pas attaquer l’Iran de peur de perdre un allié au profit de l’URSS.

Avec l’élection en 1953 du général Eisenhower à la tête des États-Unis, la Grande-Bretagne va gagner deux alliées avec les frères Dulles, nommés Secrétaire d’État et directeur de la CIA, qui avaient des intérêts dans la SAIP. La CIA exécuta l’opération AJAX qui avait pour but de renverser Mossageh. Après ce coup d’État, la SPAI sera rebaptisée British Petroleum. Le Shah arrêtera et exécutera les partisans de Mossageh et accroîtra son pouvoir d’année en année.

En 1963, avec sa révolution blanche le Shah rendit furieux les musulmans avec des mesures comme le droit de vote pour les femmes. L’ayatollah Ruhollah Khometny le considèrait comme un pantin de l’occident. Ses diatribes contre le pouvoir iranien l’emmenèrent en prison où il sera torturé puis en exile en Irak. Les services secrets, dont les méthodes de torture ont été enseignées par la CIA, exaspèrent la population qui critique un progressisme de façade qui n’enrichit que les riches. À partir de janvier 1978, des manifestations ont lieu partout dans le pays obligeant le Shah à s’enfuir et le retour en janvier 1979 de Khometny en Iran. Par le référendum du 1er avril 1979, il devint dirigeant suprême et établit une République islamique. Le Shah malade a été autorisé par les États-Unis à venir sur leur sol provocant une vague de contestation et la prise d’otage du 4 novembre 1979. Depuis lors, les relations entre les États-Unis et le monde musulman sont empoisonnées.

Pourtant tout au long de la guerre froide les États-Unis avec le conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski, ont utilisé l’islam intégriste pour faire barrière à l’expansion soviétique, dont une coopération avec Oussama Ben Laden. En 1998, le Nouvel Observateur interrogeait l’ancien conseiller :

Vous ne regrettez pas non plus d’avoir favorisé l’intégrisme islamiste, d’avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes ?

Zbigniew Brzezinski : Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes où la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ?

Des excités islamiques qui attaqueront les États-Unis le 11 septembre 2001 faisant 2973 morts et déclenchant une guerre d’Afghanistan quelques jours plus tard et ses milliers de victimes...


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