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Ours et vautours : quarante ans de protection

Par Baudouindementen @BuvetteAlpages

Dans cet article, Ugatza nous parle de l’ours et des vautours. Le lynx, il dit ne pas connaitre assez bien le sujet. Un texte sur le loup devrait suivre.

Par Ugatza

Protection et déclin

Lorsque la loi sur la protection de la nature a été votée, en 1976, il restait  une petite trentaine d’ours dans les Pyrénées. L’Ours était partiellement protégé depuis 1962  et sa chasse interdite  depuis 1972.
Une centaine de couples de vautours fauves, répartis entre le Pays Basque et la falaise d’Aste-Béon, subsistait en vallée d’Ossau dans la zone périphérique du Parc National des Pyrénées.
Puisqu’on en parle, il est à noter que la zone à ours du Haut Béarn (principal « dernier carré » de l’espèce) ainsi que cette falaise qui regroupait une petite cinquantaine de couples ont délibérément étés exclus de la zone de protection lors de la création du Parc en 1967 (zone centrale). Les vautours n’ont eu droit qu’à une toute petite réserve tout près d’une zone urbanisée.
La création du Parc -dont le but officiel était de protéger la nature des Pyrénées, mais protéger de quoi et de qui ? C’est la question qui dérange - ne s’est pas faite sans difficulté ni une certaine opposition.
Cette opposition « conquérante » (qui a su faire plier l’Etat) venait de certaines catégories et de certains personnages qui savaient mieux que quiconque comment « protéger » et qu’on retrouva presque tous pour le bétonnage de la Vallée d’Aspe et le percement du tunnel du Somport quelques années plus tard.
Vingt ans auparavant, les ours étaient cinquante. Vingt en moins en 1976. Un par an en moyenne. En 1994, presque vingt ans après, il n’en restait plus que six. Encore une fois, vingt de moins et un par an. Protection ou pas.
Les causes 
les causes de ce déclin sont essentiellement le fusil des chasseurs, la perturbation de la reproduction par le cloisonnement  des territoires et le dérangement (routes, pistes forestières ouvertes à tous), et d’autres causes plus mystérieuses, mais rares sont les ours qui sont morts de vieillesse.
Il est donc intéressant de constater que la protection n’a eu aucun effet sur le destin des cinquante derniers ours pyrénéens d’origine. Elle ne l’a même pas ralenti.
En quoi a consisté cette protection ?
En 1975, le FIEP (fonds d’intervention éco-pastoral), est créé par les meilleurs connaisseurs naturalistes  de l’Ours. Son idée est qu’il faut, pour arrêter l’extermination, faire accepter la cohabitation (auprès des bergers en priorité) et faire mieux connaitre les ours réels.
Pour cela, il intervient de plusieurs manières :
  • aider les bergers dans leur travail (encore très pénible à l’époque) pour qu’ils supportent mieux les vraies (rares) attaques d’ours. Indemnisation directement et rapidement versée à la personne qui avait la responsabilité du troupeau attaqué, héliportage du matériel, prêt d’équipement de communication radio. Il sera rapidement rejoint par le WWF et la SEPANSO, puis cette aide sera prise en charge par l’Etat (administration du Parc, dont les agents expertisent alors les carcasses des bêtes dévorées).
  • Le FIEP cherche aussi à intéresser les bergers à la présence de l’Ours en lançant le label « Pedescaous » (surnom de l’Ours en « biarnès » : celui qui va pieds nus ) pour les fromages produits en zone à ours.
  • Le FIEP organise des conférences et des vidéo-projections dans les écoles des vallées du Haut Béarn.
  • Par le suivi naturaliste des ours.
L’idée était généreuse (d’autant que le FIEP n’a jamais regroupé beaucoup de monde, vu l’intérêt, pour protéger, qu’il y a à être sur place) et courageuse, car cette bonne volonté, paradoxalement, a rencontré une opposition souvent assez violente.
Force est de constater qu’elle n’a pas porté ses fruits, malgré quelques espoirs suscités par les déclarations de François Mitterrand en 1982 et la création des réserves Lalonde, combattues par les chasseurs.  Le gouvernement finit par « se coucher ».
C’est à cette époque qu’ARTUS est créée : c’est une association très active au plan national et qui mène un important lobbying, bien facilité par le mécénat d’une entreprise de vente par correspondance « La Maison de Valérie ». Cette entreprise qui existe toujours ne finance plus Artus aujourd’hui, fondu dans FERUS. Une fragilité ?
En 1994, il ne reste que six ours et il y a eu le conflit de la vallée d’Aspe, où on a retrouvé quasiment les mêmes clivages, séparant les mêmes acteurs.
Pourtant, les sondages montrent régulièrement que l’opinion est majoritairement favorable à l’existence des ours. Mais une minorité agressive parvient à imposer son point de vue, sans rencontrer d’opposition active chez les autres éleveurs.
Il ne reste que six ours à l’approche de l’an 2000. On se rapproche de zéro et de la fin de la population d’ours. En urgence, il ne reste alors plus qu’une seule solution, relâcher des ours capturés ailleurs.
La première réintroduction
Une réintroduction où ? Dans une région des Pyrénées où il n’en reste plus depuis des années mais  où se crée l’ADET (Association pour le développement économique économique et touristique), devenue depuis "Pays de l'Ours - Adet.) intéressée par la valorisation du tourisme par l’Ours. Pas de relâcher en Haut Béarn, où pourtant, intervient depuis longtemps le FIEP : l’opposition est trop violente et les opérations risquent d’y très mal tourner, pour les protecteurs comme pour les ours.
Sous l’amicale pression de François Bayrou, le ministre de cohabitation RPR Michel Barnier abroge les réserves Lalonde, sans autre protestation que celle des protecteurs et crée l’IPHB, présidée par Jean Lassalle, grand ami de Bayrou. François Bayrou, bétonneur de la Vallée d’Aspe en tant que Président du Conseil général des Pyrénées Atlantiques, le même qui signera en 2007 le « Pacte écologique »  sans que Lassalle ne se croie obligé d’avaler son béret. Allez savoir pourquoi. Voit-il et entend-t-il aussi bien qu’il ne chante ?
De l’argent public est confié à cet institut pour développer trois vallées (les vallées d’Aspe, d’Ossau et de  Barétous) et pour… protéger l’Ours, sans la moindre obligation de résultat. A noter que les associations FIEP et SEPANSO y participent.
Trois ours sont relâchés dans les Pyrénées Centrales à 100 km environ du Haut Béarn (la France a des obligations européennes). Une ourse est abattue quelques mois après. Mais la population remonte et rejoint (miracle) celle du Haut Béarn, ce qui provoque la fureur des anti-ours. Coïncidence, la femelle qui s’est accouplée fructueusement avec le mâle d’ascendance slovène est abattue : Cannelle.
Quelques mois après, Nelly Olin fait relâcher cinq ours, mais toujours aucun en Vallée d’Aspe où a été abattue Cannelle, la dernière femelle de souche pyrénéenne. Je n’insiste pas, tout ça est très bien raconté par d’autres sur la Buvette.
La question que je (me) pose est donc celle-ci : le choix de protéger les ours en aidant les éleveurs a-t-il été efficace, reconnu et a-t-il rapproché le FIEP de l’objectif du FIEP ? Aujourd’hui, il reste un seul ours près de la Vallée d’Aspe. Aucun relâcher n’y est prévu.
Pourquoi évoquer les vautours ?
J’évoque les vautours parce que j’ai remarqué que la multiplication des prétendus cas d’attaques sur des animaux vivants et viables, s’accompagnaient d’une forte campagne des éleveurs pour obtenir des indemnisations, comme pour l’ours et le Loup.
La demande de « tirs d’effarouchement » n’étant là que pour faire diversion et faire croire que :
  • les éleveurs sont là près de leurs troupeaux pour les effectuer (c’est faux).
  • les éleveurs « souhaitent » éviter au contribuable le paiement de leurs indemnisations (cela pourrait faire, si on était dans la fiction).
Je ne crois pas une seconde au changement de comportement des vautours (500 couples dans les Pyrénées françaises) en raison de la faim, puisque les premiers cas signalés (dans la région de Valcarlos, en Espagne) sont antérieurs à la directive européenne incriminée, celle de 2003.
Je me demande (de moins en moins) si ne s’est pas installée chez les éleveurs l’idée qu’on peut se faire payer des bêtes qu’on a perdues, quelles qu’en soient les raisons. Que l’argent du contribuable est un du.
Quelle est la part de l’Histoire de la protection de l’Ours dans cette évolution perverse ? Elle ne peut être nulle. Qu’en pensez-vous ?
Ugatza

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