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Fête du travail ? inconcevable !

Par Christian Tortel

Le travail est-il une fête ? La question se pose avec la coïncidence d’une date -le 1er mai-, de l’air du temps -le stress et la souffrance au travail- et d’une réédition par Le Monde d’un livre phare de la philosophie, La Phénoménologie de l’esprit de Hegel, avec son chapitre consacré à la dialectique du maître et de l’esclave.

1. L’air du temps : un salarié européen sur cinq assure souffrir de troubles de santé liés au stress au travail (INRS). Depuis quelques années, tant le harcèlement moral que le suicide ont défrayé la chronique. Parmi les faits les plus dramatiques : les suicides de trois salariés du technocentre de Renault à Guyancourt (Yvelines), ceux de quatre agents de la centrale EDF de Chinon, ou encore plus récemment celui d’un ouvrier de PSA Peugeot-Citroën sur son lieu de travail à Mulhouse. Le travail rend-il malade ?, se demande ce 2 mai France-Culture dans son émission Science publique.

2. C’est à la veille du 1er mai que Le Monde a choisi de distribuer, ” uniquement en France métropolitaine “, le 15e titre de sa série de livres de philosophie, La Phénoménologie de l’esprit du philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel.

Dans le quotidien qui l’accompagne, Ophélie Desmons, professeur au lycée Condorcet de Lens (Pas-de-Calais), apporte son témoignage sur l’effet de Hegel, réputé difficile, sur ses élèves de classes de terminale. Elle écrit dans un article intitulé ” Le plaisir au travail ” : ” Hegel leur permet de prendre conscience des limites de notre vision spontanément négative du travail. “

L’enseignante poursuit :

” La dialectique du maître et de l’esclave montre que le travail produit de la satisfaction et pas seulement du déplaisir. Comment ce renversement se produit-il ? Le maître force l’esclave à travailler. Le travail est alors effort et souffrance. Mais, en travaillant, l’esclave modifie la matière et lui donne une forme qu’il avait d’abord conçue dans son esprit. Le travail est ainsi l’opération par laquelle l’idée de l’esclave s’incarne dans la matière. A l’issue de cette opération, ce n’est plus une matière brute et étrangère qui fait face au travailleur, mais une chose qui doit être appelée son oeuvre. C’est ici que quelque chose va se produire. L’oeuvre va renvoyer au travailleur une image positive de lui-même. Elle va lui révéler sa capacité à agir. L’esclave prend ainsi conscience de sa belle liberté et en éprouve du plaisir. “

3. Enoncées ainsi, les choses paraissent limpides. Et pourtant, La Phénoménologie de l’esprit, a été publiée en 1807, alors qu’en France Napoléon venait de rétablir l’esclavage, aboli en 1794. Hegel appelait lui-même son immense système de savoirs et des événements de l’histoire des ” concepts inconcevables “


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