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Des questions autour du viol

Publié le 23 septembre 2013 par Juval @valerieCG

Cela me parait très curieux de faire des FAQ sur le viol, très violent. "Bonjour aujourd'hui vos questions récurrentes sur le viol". Pourtant je ne vois pas comment aborder autrement mon sujet du jour. Très souvent, je cherche un peu ce que les gens peuvent dire sur la culture du viol et je retombe sur les mêmes questionnements, les mêmes idées reçues, je vais donc essayer ici d'y répondre le plus précisément possible.

1. La culture du viol ? C'est quoi cette ânerie ? Le viol est condamné en France.

Condamner quelque chose ne veut pas dire qu'on ne l'encourage pas par ailleurs ; c'est toute la beauté du patriarcat qui  alimente des normes schizophréniques que doivent suivre les hommes et les femmes. Je vais prendre un exemple qui me semble parlant. Dés le plus jeune âge, on entretient l'agressivité chez les petits garçons qu'on assimile à de la virilité. A partir du collège, ces comportements sont tout à la fois réprimés ET encouragés ce qui entraine que les garçons sont beaucoup plus punis que les filles pour indiscipline. Beaucoup plus de garçons que des filles sortent du système scolaire sans diplôme et la majeure partie des gens emprisonnés sont des hommes. Vous voyez qu'on a ici une norme schizophrénique c'est à dire qu'elle envoie des injonctions contradictoires. D'un côté on va dire aux garçons - de mille façons possibles - qu'être un homme c'est être agressif, et de l'autre, on va le punir pour ce comportement. Il en est donc de même pour la culture du viol ;  on peut totalement condamner le viol et par ailleurs l'encourager - enfin je vous rappelle que seulement 10% des femmes portent plainte et sur ces 10% seulement 10% aboutissent à une condamnation - c'est vous dire que la condamnation n'est pas SI ferme.
Le viol est fortement associé à la sexualité et la sexualité au viol ; c'est comme si on mettait sur le même plan une caresse sur la joue et une claque ; les deux se ressemblent mais n'ont rien à voir. La sexualité est fondée sur les rapports de pouvoir, la force  et la violence (observez le langage autour du sexe "la défoncer" "la tirer" etc) et le viol est montré comme excitant. Pensez d'ailleurs qu'il n'est jamais représenté tel quel ; il est euphémisé, esthétisé. Regardez ce tableau qui représente un viol, vous comprendrez que cela n'est pas bien clair et qu'on nous présente davantage  ici une scène érotique que violente. Or, à partir du moment où l'on confond sexe et viol, érotisme et violence, comment condamner l'un sans condamner l'autre ?
Le viol est donc condamné mais si l'on étudie les idées reçues des gens autour du viol, homme comme femmes, on constate que seuls certains types de viols sont condamnés ; ceux qui arrivent extrêmement rarement.. Un viol en pleine journée par un inconnu d'une jeune femme ayant eu peu de partenaires sexuels.. Toutes les études montrent que beaucoup de personnes, face à des situations de viol plus fréquentes (inviter le futur violeur chez soi par exemple) tendent à rendre la victime responsable.
On peut prendre à cet égard plusieurs exemples :
- Nafissato Diallo était trop moche pour avoir été violée (et DSK avait trop d'argent pour violer, il peut se payer qui il veut ce qui montre la confusion entre sexe et viol)
- Samantha Geimer faisait plus vieux que son âge (peut-on donc droguer des femmes quand elles ont le bon âge ?)
- la victime de Steubenville avait bu
Il y a comme par hasard, toujours, des excuses, des bonnes raisons, des explications.

2. Tu dis que les hommes ont la culture du viol en eux :

Nous sommes tous et toutes produits d'une culture et les femmes n'ont pas grandi dans un autre lieu que les hommes. Les femmes véhiculent aussi la culture du viol. Nous sommes beaucoup à voir dit ou pensé "ohlala la jupe de celle-ci, elle cherche un peu la merde". Nous étudions ici des phénomènes sociaux, pas des attitudes individuelles.

3. Tu traites tous les hommes de violeurs :

Non. je dis que l'immense majorité des violeurs sont des hommes. On ne peut pas traiter le viol comme un crime qui ne serait pas sexo-spécifique ; on ne peut pas faire l'économie d'une réflexion sur la virilité quand on parle du viol. Est ce que cela revient à considérer les hommes comme des violeurs ? Non. Est ce que je peux taire que les violeurs sont dans leur immense majorité des hommes ? Non plus.
Voyez vous il y a quelque chose d'important à comprendre. Si les filles sont élevées dans la peur irrationnelle du violeur du parking, les garçons sont élevés dans la peur irrationnelle d'être traités de violeurs. Beaucoup de contributeurs arrivent ici avec cette peur, consciente ou non et la reportent sur moi et sur ce que je peux dire ; encore une fois cette peur alimente la culture du viol. Elle alimente l'idée que les femmes ne font que mentir, sont amères, frustrées et vengeresses et n'ont rien d'autre à faire que gâcher votre vie. Dans les faits, les fausses allégations pour viol sont rares. Mais comme cette peur est irrationnelle, beaucoup ne sont pas sensibles aux arguments rationnels.

4. Les femmes ont le fantasme du viol : 

Des femmes ont le fantasme du viol. Qu'est ce qu'un fantasme ? C'est un fantaisie qu'on dirige et qu'on ne réalise pas. Ainsi des femmes vont imaginer, pour s'exciter qu'elles sont violées ; dans leur tête elles incarnent tous les rôles, la violée et le violeur. Elles font faire au violeur ce qu'elles veulent et donc.. oui vous avez compris il n'y a pas viol. Dans un fantasme, on incarne tous les personnages et on les contrôle tous.

5. A ce compte-là le SM c'est du viol ! 

Le viol se fonde sur le non consentement de la victime. Dans le SM, les acteurs sont pleinement consentants à tout ce qui se passe ; d'ailleurs d'une manière ou d'une autre tout ce qui va se passer pendant l'acte, aura été prévu afin qu'il n'y ait aucun problème ou mauvaise surprise. Des deux, le maître/la maîtresse n'est pas qui l'on croit. Le SM ou tout acte sexuel comportant de la violence n'a RIEN à voir avec du viol puisqu'il y a consentement.

6. Oui enfin s'il faut demander toutes les 3 minutes si elle est consentante...

Si franchement vous en êtes au stade où vous enquérir du consentement d'une personne vous gonfle c'est que vous avez un sérieux problème. Il n'y a pas à insister pour avoir des relations sexuelles ; si vous sentez que la personne en face de vous est dans un jeu où il faut insister ; fuyez. Ce jeu est malsain. Si, vous vous avez besoin d'insister comme un crevard pour niquer, interrogez-vous ; VOUS êtes malsain.

7. Comment peux-tu dire que le viol est culturel ? C'est une monstruosité, cela n'a rien de naturel !

J'ai l'impression que dans l'esprit de certains, la culture est associé à quelque chose de positif comme par exemple dire "oh celui là quelle culture !" . Le mot culture ne s'entend pas ici dans ce sens, il veut simplement dire qu'on est face à un phénomène social acquis et non inné. Non il n'y a pas de gène du viol, ou d'hormone du viol ; le viol n'est pas NATUREL ; c'est pour cela qu'on parle de culture. Quant à me dire qu'il y a des viols chez les autres espèces animales. Déjà je dirais qu'il est compliqué de parler de viol selon notre définition ; un animal n'est pas apte à formuler un consentement clair et un autre à le comprendre. Enfin des espèces animales développent aussi une culture, apprennent, et il paraîtrait curieux de penser qu'ils sont des êtres de nature.

Dire qu'il y a une culture du viol c'est tout simplement dire que nous vivons dans des sociétés où nous apprenons que le viol peut être excitant, que le viol n'est pas toujours un crime, qu'être violé-e est une tâche indélébile et comme tout ceci est acquis et non inné voilà pourquoi il s'agit de culture. Si vous doutez de cette affirmation :
- tentez de vous demander combien de fois vous avez entendu dire "qu'elle l'avait bien cherché" (rappelez vous les mythes sur le viol).
- demandez vous pourquoi, si c'est tant réprouvé, si le viol est fermement désapprouvé, pourquoi si peu de victimes portent plainte. Au fond, si nous condamnons tous et avec fermé le viol, alors toutes les victimes devraient porter plainte, non ?


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