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L'oeil de la nuit - Danielle Trussart

Par Venise19 @VeniseLandry
L'oeil de la nuit - Danielle TrussartCe troisième roman de Danielle Trussart mérite que l’on s’y arrête. C’est l’histoire de trois femmes qui, à la suite de leur séjour dans une aile psychiatrique, décident de prendre leur vie en mains en allant vivre ensemble.
Trois étranges colocataires : Clo, une impulsive colérique plutôt naïve, Lucie, une dame âgée qui se réfugie dans l’ordre et la répétition, et Violette qui nous relate l’histoire folle de cette cohabitation. Cette dernière est plus complexe à cerner, étant la narratrice, elle ne se voit pas aller. Elle nous confie en quelque sorte la responsabilité de se former une opinion à son sujet, ce qui est fort intéressant.
La complexité de chacune est intéressante en soi, mais je bénis la présence de Clo qui brasse la cage des deux autres. Lucie aimerait que son environnement reste aussi statique qu’une photo, Violette a de la difficulté à rentrer en contact avec les autres mais pas avec elle-même cependant, ce qui nous force à jouer un jeu de lecteur, celui de l’improbabilité (j’y reviendrai).  
Violette, la narratrice, est fascinée par les mots et les expressions, ça tombe bien, ils sont indispensables pour communiquer avec le lecteur. Au fil de la narration, Violette écrit en s’adressant à Bérénice. Elle s’arrête à toutes les expressions qui lui semblent hermétiques et nous sort l’explication qu’elle a consignée dans un cahier. Personnellement, j’ai trouvé cette manie agaçante, même si au début c’est cocasse, ça devient lassant à la longue.
La narration de l’histoire des trois colocataires par Violette est d’une finesse toute poétique, elle qui bute pourtant à la moindre expression, éprouvant le besoin de la traduire par une définition plus prosaïque. Voilà ce que j’entendais par improbabilité. J’ai décidé de jouer le jeu ou, sinon, j’aurais manqué la saveur particulière de ce trio hors du commun.
Il y a beaucoup à savourer pour qui aime voguer à la surface d’un monde hors norme. Dès le début, nous voyons clairement la ligne de départ de chacune et, à la fin, la ligne d’arrivée. Entre les deux, l’histoire est habilement menée. Il y a une embarcation à maintenir à quai, avec aucun capitaine, que trois matelots avec des limites psychologiques.
Ces trois femmes ne sont pas que différentes sous la lunette sociale, mais sous le regard l’une de l’autre également. Ce qui fait la différence pour leur confort psychologique est qu’elles sont remplies de bonne volonté et motivées à ne plus être enfermées. Tout ce que l’on peut faire avec de la bonne volonté ! On peut s’entraider, partager ses forces, pallier aux faiblesses de l’autre. On trouve dans cette histoire une solidarité cahoteuse belle à voir. Et elles ne resteront pas seules sur leur bateau, l’extérieur, celui qui représente l’autre, entrera dans leur antre. Progressivement. Et assez subtilement pour qu’on y croit.
J’ai apprécié que l’auteure échappe à la tentation de la fouille en règle de la douleur psychologique par l’intérieur. Elle ne contourne pas la souffrance pour autant mais elle a pris l’option de l’exprimer par le geste et l’action, ce qui donne un roman rempli de rebondissements. Autrement dit, on part de l’extérieur pour saisir l’intérieur de ces trois femmes.
La force de cette histoire est l’équilibre entre l’intériorité et l’extériorité des limites psychologiques de trois femmes, que l’on n’est pas prêt de confiner à nouveau entre les murs blancs d’une aile psychiatrique. Belle étude de société sur un air de joie.

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