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Les visages écrasés, Marin Ledun

Publié le 03 août 2013 par Cloizzo @mange_livres
Les visages écrasés, Marin Ledun
"Les cris silencieux des hommes et des femmes passés par mon cabinet me hantent."
Un jour, c'est le patient dépressif de trop. Carole, la quarantaine, médecin du travail empathique exerçant dans un  centre d'appels téléphoniques de Valence, elle-même au bord du burn out, craque. Un vendredi soir, elle met en scène le suicide de Vincent Fournier, dans ce qu'elle considère comme un geste thérapeutique, destiné à le sauver de lui-même.
"- Vous avez une idée de qui lui en voulait au point de lui tirer une balle en pleine tête ?
Je soupire et ouvre les bras.
- Tout ça, lieutenant.
- Je ne comprends pas.
- Cette entreprise, ce plateau téléphonique, les gens comme Vuillemenot et les autres, le système économique dans lequel on vit et qui pousse des gens comme lui à se balancer par la fenêtre pour faire comprendre à leur entourage qu'ils ne vont pas bien.
- Vous ne répondez pas à ma question.
- Je ne fais que ça au contraire."

Une ouverture en forme de provocation et de coup de poing. Et ce n'est que le début de la descente aux enfers. Performances adulées, objectifs inatteignables, management oppressant : cette entreprise-là fait froid dans le dos. Du reste, personne ne va bien dans cette entreprise, depuis la femme de ménage victime d'une tentative de viol jusqu'aux responsables d'équipes suicidaires, en passant par les simples employés qui se laissent aller à des explosions de violence, ou les "N+1" et les managers qui ne sont pas en reste non plus. Même le flic chargé de l'enquête n'est pas franchement dans son assiette, sans parler du médecin qui est censé soigner tout ce beau monde, et qui ne tient qu'à coups de pilules qu'elle pique au hasard dans sa poche.
"Le problème,ce sont ces fichues règles de travail qui changent tout le temps."
Entre fuite en avant vertigineuse, bad trip et paranoïa croissante, ce roman d'une noirceur étouffante oppresse de bout en bout et ne délivre pas. En ce sens, il relève son pari, en broyant son lecteur comme cette boîte odieuse écrase ses employés, même avec un style manquant parfois de légèreté ou tournant à la formule un peu vaine. A gros traits, d'accord, manquant de finesse, c'est certain, mais terrifiant quand même.

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