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Contre Dieudonné, sans Edwy Plenel... ni Valls

Publié le 08 janvier 2014 par Juan

Contre Dieudonné, sans Edwy Plenel... ni VallsIl suffit que Manuel Valls attaque Dieudonné pour qu'une fraction de la gauche française rechigne à se joindre aux critiques du faux humoriste du théâtre de la Main d'Or.


L'attaque en cours, et en règle, contre Dieudonné est partie d'une phrase de trop - une fausse blague contre le journaliste Patrick Cohen où l'humoriste s'interrogeait sur l'efficacité des chambres à gaz, dévoilée grâce à un filmage en caméra cachée par France 2 lors d'un des spectacles.
Lundi 6 janvier 2014, Manuel Valls adressait une circulaire aux préfets du pays leur demandant de prendre les dispositions nécessaires pour prévenir toute atteinte à l'ordre public - y compris, éventuellement, l'interdiction des spectacles de Dieudonné. Assez vite, quelques maires comme Alain Juppé (Bordeaux) ou Jean-Claude Gaudin (Marseille) ont suivi.
Ce mardi 7 janvier 2014, Edwy Plenel, patron de Mediapart, attaque l'initiative du ministre de l'intérieur au motif qu'elle attaque la liberté d'expression. C'est un coup politiquement assez inouï publié sur Mediapart (article payant).
Plenel attaque moins Dieudonné que Valls. Valls, l'obsession. 
"En République, du moins en République authentiquement démocratique, la liberté d’expression est un droit fondamental, tout comme la liberté d’information. Ce qui signifie qu’on ne saurait censurer au préalable l’une ou l’autre de ces libertés essentielles. On est en droit de leur demander des comptes de ce qu’elles disent, de leurs opinions ou de leurs informations."
L'argument est précis, et livré en début de billet. Plenel attaque plus fort encore, il ose le parallèle presque absolu, dès la phrase suivante: "C’est avec cette tradition républicaine qu’entend rompre, pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, un gouvernement élu à gauche, essentiellement socialiste, à l’initiative de son ministre de l’intérieur, Manuel Valls."
Selon Plenel, interdire Dieudonné, c'est comme interdire les défenseurs de l'indépendance algérienne. On reste coi, sans voix, la référence est lunaire. On imagine la réaction soulagée de l'avocat de l'humoriste.
Plenel complète: "il fut acquis depuis un bon siècle que la loi ne pouvait interdire a priori un spectacle, quel qu’il soit." Il n'avait peut être pas lu la circulaire qu'il rappelait et publiait en annexe, quand il dénonçait une "interdiction administrative", "un procès en sorcellerie".
Dans sa circulaire, Valls détaille un contexte plus ample, énumère d'autres faits. Il précise, suivant exactement ce qu'Edwy Plenel semble souhaiter: "la réponse à de tels propos doit avant tout être d'être d'ordre pénal". Mais il ajoute, et c'est ce qui heurte le journaliste, qu'une "interdiction d'un spectacle ne saurait avoir qu'un caractère tout à fait exceptionnel".
Manuel Valls a rappelé une loi, la loi, contre un spectacle connu qui a déjà eu lieu à Paris. Car voici un spectacle de Dieudonné dont des extraits ont été révélés et qui comprennent des atteintes antisémites qui démarre une tournée en province à compter du 9 janvier. On comprend de l'argumentation de Plenel qu'il souhaite attendre la condamnation par la justice de ces propos jugés antisémites:
« Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage. » Dieudonné. 
Le second propos d'Edwy Plenel arrive en fin d'article. Il est plus largement relayé au sein de la vrauche. Cette attaque de Valls serait suspecte "per se": "Cinq ans après, Manuel Valls fait semblant de découvrir la perdition dieudonnesque et son abjection, au point de la transformer en sujet numéro un d’ordre public, loin devant les misères économiques, sociales, urbaines, qui minent et divisent le pays." Plenel confirme ensuite que le problème, c'est en fait Manuel Valls: "Imposant son duel avec Dieudonné comme le feuilleton médiatique du moment, Manuel Valls fait tout bêtement, et sinistrement, du Nicolas Sarkozy." Ah ! L'accusation ultime, la "Sarko-similitude". Pourtant, l'attitude du sarkozysme gouvernemental vis-à-vis de l'humoriste fut bien différente: un attaque d'en haut, mais simplement médiatique et sans conséquence en 2009, quand Dieudonné s'était présenté aux élections européennes avec une liste ouvertement antisémite: le secrétaire général de l'Elysée de l'époque était monté au front, directement... sans procéder à une quelconque interdiction ni sanction. Puis, ... rien.
Imaginez que la même attitude ait été suivie en juillet 1995 quand Jacques Chirac, président de la République, reconnaissait la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942. Imaginez qu'alors certains aient minoré le geste au motif que son auteur ait  dans un passé alors récent livré ce discours fameux et funeste sur "le bruit et l'odeur" ? Imaginez qu'il ait ainsi fallu gâché l'effort public, la condamnation publique, le geste nécessaire.
Dans quel pays vivons-nous ? 
Troisième propos, la circulaire Valls serait une brèche vers pire encore, cette fois contre la démocratie elle-même, "le piège tendu à tous les démocrates et à tous les républicains, ce chemin où la liberté s’égare dans l’interdiction préalable de ceux qu’elle estime être ses ennemis, les ennemis de la liberté. S’égare et se perd durablement car, demain, après-demain, d’autres viendront qui énonceront leurs propres critères des libertés bienséantes et, du coup, se sentiront libres d’interdire sans frais ce qui les dérange ou leur déplaît."
Plenel rejoint la Ligue des Droits de l'Homme qui s'est inquiété, le 6 janvier, des effets contreproductifs de la circulaire. Plenel ignore au passage les autres condamnations de l'antisémitisme de "l'humoriste" émanant d'autres associations peu suspectes de "Vallsisme" effréné et par ailleurs critiques de l'actuel ministre  - la semaine dernière, l'association France Palestine.
En résumé, selon Edwy Plenel, (1) Manuel Valls est aussi dangereux que Dieudonné, (2) il aurait interdit préventivement un spectacle qui a pourtant déjà eu lieu à Paris.
La gauche est mal en point, lisait-on récemment dans un (excellent) article de Mediapart.
"Tu m'étonnes."
[NDR: On peut être critique contre Manuel Valls sans avoir besoin de fustiger, enfin, une initiative publique contre un humoriste notoirement antisémitisme. Faire le tri des indignations et des révoltes en fonction de leurs auteurs est une démarche assez particulière. Puisqu'Edwy Plenel se réfugie derrière de grandes références historiques - la guerre d'Algérie -  osons les nôtres: fallait-il en 1941 faire le tri entre résistants ? Triste réflexe, anachronique et contre-productif.]


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