Magazine France

Le jour où François Hollande a triangulé la classe politique française

Publié le 09 janvier 2014 par Juan
Le jour où François Hollande a triangulé la classe politique françaiseC'était finalement assez incroyable. Rarement des voeux auront produit autant d'effets purement politiques. En quelques mots, dix minutes à peine après 20 heures, Hollande a désactivé une partie de notre classe politique.
Mais ce jeu n'a qu'un temps.
Bravo l'artiste..
Le titre pourrait faire mal. Sur le site du Figaro, ce 7 janvier 2013, on pouvait lire ceci: "Tournant à droite : l'UMP dit «chiche» à Hollande", accompagné d'une vidéo où quelques ténors de l'UMP, dont Jean-Pierre Raffarin, étaient contraints de réagir au tournant libéral de François Hollande.
Mercredi 8 janvier, Jean-François Copé livre ses propres voeux. Huit jours après le président... Copé semblait fatigué. A Paris, ville-capitale, la conquête est mal en point. Nathalie Kosciusko-Morizet empile les bévues et les coups bas, comme cette candidature dissidente de Charles Beigbeder, présentée pour la nouvelle année. Copé est fatigué... de l'intérieur. François Baroin, figure qui compte, a fustigé la dérive "ultra-libérale" du programme en cours de fabrication à l'UMP. Et l'actuel président de l'UMP doit arbitrer les candidatures aux prochaines élections européennes. Un cauchemar, raconté par le Figaro avec un délectation quasi-masochiste.
Mercredi, Copé est fatigué... par Hollande. "Moins de charges sur les entreprises, moins de dépenses publiques, moins d'impôts", que pouvait-il critiquer ? Après tout Hollande n'a pas augmenté les impôts davantage que Sarkozy à la fin de son quinquennat. L'UMP s'est réfugiée derrière un autre positionnement, similaire à celui du MEDEF et que l'on résume d'un mot: "Chiche!" Contre Hollande, Copé s'inquiète que le MEDEF soit séduit, il a prévenu: "Ne renoncez pas à votre vigilance et à vos exigences pour un plat de lentilles. Le rôle des entrepreneurs aujourd'hui, ce n'est pas de se contenter de petites mesures dont on sait pertinemment qu'elles sont en deçà de ce dont l'économie française a besoin. Ce chantage à la baisse des charges renoue avec les principes archaïques de la vieille doctrine socialiste".  Notez la formule: "les principes archaïques de la vieille doctrine socialiste"... on nage en plein délire...
On a connu la Droite Furibarde plus  rapide à s'indigner, râler, hurler. Elle est embarrassé. Hollande lui a fait le coup qu'adorait Sarkozy. En politique, on appelle cela la "triangulation". Il s'agit de faire sien quelques thèmes suffisamment marquants de l'autre camp. Rappelez-vous quand Sarkozy, ministre de l'intérieur, envisageait d'interdire la double peine pour les délinquants d'origine étrangère ou citait Jaurès à chaque discours pendant la campagne de 2007. Cette fois-ci, la triangulation va de gauche à droite, et Hollande est à la manoeuvre. Cette fois-ci, elle semble sincère.

Pourquoi Hollande ne pose pas la question de confiance
La droite est si paumée, qu'elle suggère qu'Hollande fasse valider son changement de cap par le parlement. C'est le propos d'Hervé Mariton (UMP): "S'il s'agit d'un changement de cap, le président doit l'assumer complètement. Et le gouvernement doit le faire valider par sa majorité au Parlement, par le biais d'une déclaration de politique générale ou d'un vote de confiance. S'il veut être pris au sérieux et redonner confiance aux Français, l'exécutif ne peut pas se réfugier derrière la procédure des ordonnances." La formule pourrait aller à d'autres, bien plus à gauche.
Poser la question de confiance, c'est-à-dire une nouvelle déclaration de politique générale, s'il s'agit véritablement d'un changement de cap, serait la preuve d'un joli respect du parlement. La curiosité était que l'argument sorte de la droite, et non de la gauche.
Tous sont paumés, on le répète.
Car à gauche, d'autres sont tout aussi tétanisés. Certains se contentent, prudemment, de dire que cela va mal. Cela faisait des mois, depuis le 6 mai 2012 au soir pour certains, que la Vrauche, la Gauche impeccable, le Front de gauche et toutes ses composantes les plus sincères ou énervées hurlaient au mensonge. Hollande, nous assurait-on, gouvernerait pour les patrons et le grand capital. Et boum... voici que l'actuel président, calmement, balançait qu'il espérait bien conclure ce pacte du diable, pardon... de "responsabilité".
Par là même, en reconnaissant son "forfait", Hollande désactivait l'argument du "mensonge". Eric Coquerelle, du parti de Gauche, cherche à minimiser le tournant: "Si vous écoutez ce que dit François Hollande depuis le début de son quinquennat, c’est toujours cette logique, une logique de droite. Aucun gouvernement de gauche dans l’histoire de ce pays n’a jamais osé mettre en avant le fait d’appliquer une politique de l’offre."
Quelques jours plus tard, Politis revient sur l'affaire. La satisfaction du Medef serait de mauvais augure. On ne comprend plus. Pourquoi le Medef serait-il effrayé par un social-libéral ?  Car finalement, François Hollande assumait une ligne qui était la sienne avant l'élection. La véritable question, que personne ne se posait, était de comprendre pourquoi il pouvait s'estimer libre de gouverner sans sa gauche, définitivement.
Mercredi, le journaliste Marc Fauvelle, sur France Inter, avait le commentaire facile mais juste: "la gauche est inerte".
Sa tournée des voeux
Ce jeudi, Hollande est à Toulouse. Nul déplacement électoral, malgré les élections municipales qui approchent. N'espérez pas les habituels meetings secrets avec militants du parti invités par carton comme l'affectionnait Nicolas Sarkozy en son temps. Hollande reste seulement président. Il poursuit sa tournée des voeux, entamée par quelques discours cette semaine. Face aux corps armés, mercredi dans l'Oise, le voici qui rappelle le sens de l'intervention en Centrafrique qui semble s'enliser dans un embrasement général: "Quelle serait l'ampleur des exactions et des massacres si la France était restée les bras croisés alors qu'elle était la seule puissance à disposer de forces pré-positionnées dans la région?"
Il part à Toulouse avec les deux symboles de son discours du 31 décembre : Pierre Moscovici, l'icône social-libérale du "pacte de responsabilité" et autres sourires au Medef. Et Cécile Duflot, ex-patronne d'EELV qui devait se réjouir que 2014 ait été destinée à la "transition écologique."
Demain, @CecileDuflot en déplacement à Toulouse avec @fhollande, notamment sur le thème de la simplification pr la construction de logements
— territoires.gouv.fr (@territoires) January 8, 2014
 On est impatient.
 Car pouvait-on parler du fond ?
A l'Assemblée, il y avait enfin matière, comme cette loi sur l'agriculture, défendue par Stéphane Le Foll. Ou la réforme fiscale, toujours travaillée par quelques député(e)s persévérants.
Pourquoi n'en parlait-on pas ?
A suivre.


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Juan 51287 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte