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David Dufresne: "Le web permet le long"

Publié le 27 janvier 2014 par Npcheynel @journalismes

Après être passé par Libération, I-Télé et Mediapart: David Dufresne est redevenu journaliste indépendant en 2007 Après être passé par Libération, I-Télé et Mediapart: David Dufresne est redevenu journaliste indépendant en 2007

Pourquoi avoir voulu travailler sur l’industrie pétrolière à Fort McMurray ?
 

Je vis à Montréal et j’ai entendu parler de Fort Mc Murray (cité pétrolière au nord du pays ndlr.) et de l’importance économique que cette ville avait au Canada. J’ai eu envie de me pencher sur cette ville avec mon point de vue d’immigré français. J’ai tout de suite été fasciné par cette ville mono-industriel. C’est le capitalisme fou dans toute sa splendeur. Et en même temps, c’est l’inverse du capitalisme. On a découvert peu à peu que la concurrence n’en est pas une, puisque les grosses compagnies s’entraident. On est vraiment dans l’imaginaire urbain Nord-américain. C’était l’occasion rêvée de faire un Sim City pour de vrai.
 

C’est pourquoi vous avez choisi le format jeu-documentaire plutôt que webdoc ?
 

J’ai toujours essayé de rechercher de nouvelles formes de narration. Prison Valley qui recelait déjà quelques codes du jeu, Tarnac qui essayait de faire un pas de côté par rapport aux livres d’enquêtes classiques, et maintenant Fort McMoney qui prend carrément la forme d’un jeu de gestion. L’intérêt c’est de toujours trouver une nouvelle façon de voir les choses. Mais il faut que le sujet s’y prête. Le fond et la forme sont très liés. On n’a pas fait un jeu juste pour faire un jeu. C’était réfléchi et voulu. C’est parce que je suis allé sur place que je me suis rendu compte qu’il y avait moyen de faire un Sim City.

On a essayé, dans le jeu, de mettre de la démocratie là où il n’y en a pas. On implique des gens dans une ville où le taux d’abstention est très élévé, 20-25% de participation de vote.
 

En tant que journaliste, vous pensez que l’avenir du journalisme sur le web est dans ce genre de format long et participatif ?
 

Contrairement à ce que dit la doxa marchande, le web n’est pas forcément le format court. C’est aussi une bibliothèque mondiale extraordinaire. Regardez Wikipédia, des gens passe des heures pour écrire un article ! Le web permet le long, ce que la presse ne fait plus, ou n’a plus les moyens de faire. La presse abandonne le reportage au moment où le format long a toute sa place. Elle a l’espace qu’elle veut sur le web, mais ne le remplit pas!

Attention ce n’est pas parce qu’on a l’espace de le faire qu’on doit le remplir n’importe comment. On a la tentation de tout mettre avec l’ère numérique, mais il faut garder un filtre. Je connais les ressorts de l’info en continu, j’ai été rédacteur en chef adjoint à I-Télé. Alors bien sûr que l’info en continue a sa légitimité mais elle a imposé son format à toute la presse, et ça c’est une catastrophe.
 

A quel point ce format joue dans l’audience qu’a eue Fort McMoney ?
 

La forme attire les gens, les gens s’y intéressent pour la forme mais aussi grâce au sujet. Je pense que les gens restent quand ils se sentent respectés. Regardez ce qui se fait dans le documentaire, Alma par exemple (un webdocumentaire de Miquel Dewever-Plana et Isabelle Fougère ndlr.). En tant que spectateur là on se sent respecté parce qu’on voit qu’il y a eu du soin et de l’amour dans le travail fait. Aussi, à la télévision on montre les grands d’une belle manière, avec un effort de qualité, les plus faibles sont filmés d’une façon moins appliquée. C’est aussi ça qui fait la force de Fort McMoney, on a permis à toutes les voix de s’exprimer au même niveau. Et puis, dans notre cas, il y a le coté innovation qui attire.
 

La participation a-t-elle été à la hauteur de vos attentes ?
 

La grande inconnue c’était ça : est ce ça va prendre ? Pour nous ça a marché au bout d’une heure. La participation a été bien plus haute que ce qu’on pensait. Alors il y a les chiffres (250 000 visites et 900 000 pages vues le 9 décembre ndlr. ) mais ce qui a surtout été intéressant c’est la communauté qui s’est créé autour. Les commentaires, le détournement du projet, le groupe Facebook non officiel qui s’est crée. Les gens se sont accaparés l’œuvre. C’est ça qui est formidable.
 

Vous avez une idée de qui sont les joueurs de Fort McMoney ?
 

Sur les joueurs, on ne sait pas l’âge. Ce sont principalement des Français et des Allemands. Sur la durée de jeux, certains jouent plus de 10h, d’autres seulement quelques minutes. Le milieu éducatif s’est vraiment intéressé à "FMM", de petits collèges, à l'École polytechnique de Québec. En tout cas le dénominateur commun c’est la curiosité.
 

Les bugs ont été peu été évoqué dans les médias, pourquoi ?
 

A propos des bugs, il y a eu des articles, vous, des bloggeurs, on a eu beaucoup de retour à ce niveau là. Mais on explique les bugs parce que le jeu nécessite des ressources de serveur énorme. Le succès a été difficile à gérer à ce niveau là. J’ai répondu à tous les mails des joueurs. Les bugs ont été corrigés au fil du temps grâce à eux. On s’est mis dans cette culture du logiciel libre, avec une communauté qui travaille ensemble pour améliorer le projet. Je viens de cette culture là. Mais la presse a plutôt parlé du coté novateur. Je crois que les bugs font parti de l’innovation. Et il ne faut pas oublier que Fort McMoney est de l’ordre du prototype.
 

Des changements et nouveautés dans la deuxième session de jeu ?
 

Dans la partie 2 ce sera plus stable et plus complet. On aura aussi des missions temporelles déclenchées à des jours fixes. Il y aura un ajustement du tableau de bord, du profil. La publication de commentaire sera facilité comme l’échange entre joueurs et avec les maîtres du jeu. Il y aura un maître du jeu par pays, un français, moi, un allemand et un canadien. On sera plus présent notamment sur le débat d’articles. L’inscription sera facilité. Il y aura moins de bug.
 

Des projets pour la suite ?
 

Je passe 16h par jour sur Fort McMoney donc je n’ai pas vraiment le temps de penser à un prochain projet. Mais ce sera peut être un livre parce que j’aime bien alterner entre un travail collectif et un travail en solitaire.


La suite du dossier :


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