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"Contes suisses" d'André Ourednik

Publié le 28 janvier 2014 par Francisrichard @francisrichard

Le titre est insolite. En effet les contes d'André Ourednik ont-ils vraiment quelque chose de suisse? Certes, certains d'entre eux ont quelques liens avec la Suisse, mais cela ne constitue pas l'essentiel de leurs propos. Ils pourraient au fond très bien se dérouler ailleurs.

Aussi sont-ils surtout suisses parce qu'ils ont été écrits et édités en Suisse, parce que leur auteur y vit et qu'il n'a pu que subir l'influence du pays et de ses habitants.

Ce sont des contes fantastiques. Et le dépaysement est garanti. Ce sont des contes cruels. Et le mal n'en est pas absent. Ce sont aussi des contes révélateurs de ce que peut produire une imagination débordante...

Dans trois de ces contes il est question de fin du monde, caractérisée par l'apesanteur des personnages et par un émiettement de celui-ci, le LHC du CERN, dans l'un d'entre eux, n'étant pas étranger à la situation.

Mudville est un conte qui porte bien son nom puisque certains des personnages finissent par disparaître dans ou émerger d'un bassin de mélasse épaisse, cerné par du béton.

Le logis sert de cadre à des phénomènes extraordinaires dans deux de ces contes. Un des habitants y est ainsi aux prises avec un fantôme, un domovoï, qui lui ressemble et qui a un destin tragique et inattendu. Un autre habitant, spécialiste de la domotique, se voit chassé de chez lui par les domobots qu'il a imprudemment créés.

Il faut croire que la créature qui échappe à ses inventeurs est un fantasme persistant chez l'auteur puisque, dans un autre récit, une machine conquiert son indépendance et s'avère indestructible au bout du conte, même après avoir été mise en pièces.

Pour se débarrasser de colporteurs importuns un de leurs clients potentiels leur joue un tour à sa façon qui les dissuade de persévérer dans leur porte à porte avec lui. 

Une graine germe dans le cerveau d'un des patients d'une femme-médecin et se répand partout autour de lui, au point que le monde en est tout bouleversé, y compris la mignonne doctoresse. L'origine de cette végétation folle finit par être oubliée et l'on croit que le patient en a été l'ultime victime.

La satire n'est pas absente du conte consacré à la Demeure Agricole Zôtonome ou au naufrage de l'Aquasub au cours de son périple de Genève à Constance. Elle ne l'est pas non plus du conte où un homme est reconduit chez lui parce qu'il est bleu ou du conte où des employés d'une compagnie d'assurance aux mauvaises intentions se retrouvent à la peine.

André Ourednik ne se gêne pas non plus pour mettre en scène de façon délirante Friedrich Nietszche racontant une histoire à dormir debout à des enfants ou Adolf Hitler livré aux Etats-Unis après l'abolition du secret bancaire qui le protégeait jusque-là.

Dans un de ces contes, enfin, un sorcier transforme des écrivains en chiens de traîneau après leur avoir fait avaler l'un des leurs pour s'en approprier le génie littéraire:

"Le sorcier les attela à un traîneau. Il fit retentir des coups de fouet. Flack! Flack! Dans la neige mouillée où ils n'auraient jamais mis leurs pieds d'hommes. Le fouet s'abattit sur leurs flancs. Il fallait fuir. Toujours vers l'avant. Leur conscience n'était plus. Ils couraient dans la neige. Au fond de la nuit."

Châtiment mérité pour des auteurs désormais établis, qui passaient à la télé pour y donner leur avis sur tout et n'importe quoi, et qui avaient mal digéré d'avoir absorbé le génie d'un des leurs...

Francis Richard

Contes suisses, André Ourednik, 184 pages, Editions Encre Fraîche


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