Magazine Beaux Arts

La Semaine des musées

Publié le 11 mars 2014 par Aude Mathey @Culturecomblog

Suite à l’annonce le 6 mars par Twitter du lancement d’une semaine des musées, projet initialement réservé à la France mais dont les antennes britanniques et italiennes (oui, comme quoi tout est possible) se sont également saisies, je tenais à revenir sur cette initiative venant, selon l’interloucteur que l’on interroge, de Twitter ou des musées – la question n’étant pas tranchée, disons que c’est un travail collaboratif.

Twitter est présent en France depuis à peine 6 mois que des réunions s’organisent avec certains grands musées parisiens (voire nationaux) afin de mieux comprendre comment utiliser le réseau à ses pleines ressources et notamment la certification (c’est-à-dire l’octroi de la petite pastille bleue par Twitter stipulant que vous êtes bien le propriétaire du compte). De fil en aiguille, le réseau réfléchit à des idées de mettre un coup de projecteurs sur ces musées, qui selon lui, n’ont pas le rayonnement qu’ils méritent.

Les musées et les réseaux sociaux, ça fait 2(.0) ?

Tout d’abord, un petit rappel ici. Les musées (parisiens ou non, nationaux ou non) n’ont certainement pas attendu Twitter pour se lancer sur la toile et communiquer avec leurs communautés. Pensons à (feu) SecondLife qui a eu quelques beaux projets, MySpace et bien sûr Facebook, dont le reach (ou la portée) était avant décembre 2013 bien plus convaincant. Le CLIC s’amuse d’ailleurs depuis de nombreuses années à publier des classements et des études sur la présence des musées sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter, l’appropriation du réseau s’est faite assez vite avec des initiatives spontanées de particuliers et d’institutions comme #askacurator (possibilité de poser n’importe quelle question à un conservateur de musée chaque 18 septembre), #jourdefermeture (partage des coulisses du musée lors de son jour de fermeture – qui varie en France selon le type de musée), #museumselfie (le petit dernier, qui demande aux visiteurs de musées d’envoyer une photo de leur trogne en direct d’un musée. Car un musée c’est cool).

Derniers préparatifs! Peter Doig : Nulle terre étrangère à l’affiche dès le 25 janvier #Jourdefermeture #MuseumMonday pic.twitter.com/MmnhHKPySb

— MBAM (@mbamtl) 20 Janvier 2014

#jourdefermeture très fashion dans le jardin du musée avec un shooting photo de l’école @ModeEstah pic.twitter.com/9rhTvDGqDm

— Musée de Cluny (@museecluny) 7 Janvier 2014

Ces différentes initiatives ne se sont pas faites de façon centralisée, contrairement à la Semaine des musées ou #MuseumWeek, et ne faisaient pas intervenir l’équipe du support sur lesquelles elles apparaissaient. Ces différents mots-dièses, mots-clics ou encore hashtags permettent à la fois aux institutions de tester le réseau et leur public – voir ce qui les intéresse, et surtout susciter de l’engagement. Car en effet, ce n’est pas le nombre de followers ou d’abonnés qui assure votre succès sur les réseaux sociaux (quoiqu’un peu quand même), mais c’est surtout la notion d’engagement qui est prédominante. L’engagement permet de nouer des liens durables avec une communauté qui sera prête à se faire l’ambassadeur de l’institution, voire à le soutenir dans les coups durs lors des appels à financement.

Enfin, la communauté des professionnels de musées et des passionnés connectés (que l’on appelle les #museogeeks) est de plus en plus active sur la toile. Même si ce blog est l’un des pionners en la matière (en 2005, je parlais de musée virtuel et de Second Life… sic), une communauté a rapidement vu le jour et a permis là-aussi à ce que les institutions culturelles – musées en fer de lance s’approprient la toile et les réseaux sociaux. Une communauté francophone Muzeonum s’est d’ailleurs formée via un wiki et un groupe Facebook afin de stimuler les échanges et de recourir à des bonnes pratiques et un réseau plus formel cette fois, CMMin, qui rassemble les community managers de musées en France.

Bref la communauté muséale n’en était pas à son premier coup d’essai.

« Un potentiel énorme »

De nombreux musées ont un potentiel énorme, mais malheureusement ils n’ont pas aujourd’hui l’exposition qu’ils méritent.
Christopher Abboud, directeur de la communication – Twitter France

Le travail s’est réalisé au départ avec 7 musées, qui se sont rapidement réunis à 11 puis 12 (la liste des participants ici), tous parisiens, ce qui a créé quelques tensions dans la communauté muséale. Fort heureusement, l’initiative a été ouverte aux autres musées en région ce qui permettra, on l’espère, une plus grande diversité de contenu.

Cette semaine a découlé en fait assez naturellement d’un premier contact du Palais de la Découverte et de la Cité des Sciences pour que soit créée une catégorie « science » sous Twitter, comme cela l’est actuellement pour le sport ou la politique. Cette idée a reçu un très bon accueil de la part du réseau social qui a proposé de créer l’événement pendant une semaine afin de doper une rubrique « Musées »- dans laquelle seraient inclus la Cité des Sciences et le Palais de la Découverte également. Ce dernier notamment a sauté sur l’occasion dans l’optique de pouvoir doper son nombre d’abonnés (de l’ordre de 10 000).

Pour résumer, la semaine des musées aura lieu du 24 au 30 mars, soit en plein pendant les deux tours des élections municipales françaises. C’est donc un peu dommage pour la volonté de booster la catégorie « musées » sur le réseau social quand on sait que celui-ci est l’outil de prédilection des sympathisants et partisans politiques, encore plus en temps de communication de crise.

Malheureusement, selon Benjamin Benita, chargé d’étude et de stratégie numérique à la Cité des Sciences et au Palais de la Découverte, cette date a été arrêtée par les musées à la suite de nombreuses discussions. Il semblerait qu’à part cette semaine-ci, aucune autre date ne convenait. C’est dommage, nous espérons simplement que cela ne soit pas contreproductif.

Comment ça marche un partenariat avec un réseau social ?

D’après nos différentes informations, la semaine des musées va être assumée uniquement par les musées eux-mêmes. Je m’explique. Twitter a relayé l’information du lancement d’une telle semaine sur son blog et vient de créer une liste des musées participants, afin de pouvoir mettre tout le monde sur un pied d’égalité, et donc par conséquent de couper l’herbe sous le pied des détracteurs de la #MuseumWeek qui l’accusait de jacobinisme.

Un semainier vient d’être défini, avec une thématique par jour (lundi : coulisses, mardi : quizz, mercredi : partager son amour du musée, jeudi : imaginer le musée, vendredi : poser des questions, samedi : architecture, dimanche : création – détournement), dont certaines thématiques ne sont pas sans rappeler les actions déjà existantes et citées plus haut.

twitter

Twitter, le sauveur des musées ?

A part cela, ce sera aux musées d’assumer ce qu’ils souhaitent proposer à leur communauté et leurs visiteurs et bien sûr de relayer l’information sur la toile grâce à leurs vaillants community managers (ou gestionnaires de communautés). On avait parlé à un moment de deux hashtags par jour (#MuseumWeek et celui pour la thématique), cela n’étant pas confirmé à l’heure actuelle, on ne peut qu’espérer que cette idée sera abandonnée (deux mots-dièses cela fait environ 25 caractères, vous ajoutez un lien cela fait encore 25 caractères, soit 90 caractères pour écrire votre tweet… ouf…).

Bref, c’est un projet dont l’idée vient d’un réseau social, coordonné par un membre de la communauté muséale (Benjamin Benita), mais malheureusement avec, à mon sens pour l’instant, bien peu de contreparties pour les musées (tweets sponsorisés, facilité de certification ou formation des équipes à la bonne utilisation du réseau). Ceux-ci devront s’estimer heureux de ce qu’ils ont déjà obtenu, même si pour les poids lourds du secteur (musée du Louvre, Quai Branly, Centre Pompidou, etc.) cette initiative ne leur apportera pas grand’chose – mais ils ne peuvent pour autant pas ne pas en faire partie.

Finalement, cette semaine des musées sera, pour Benjamin Benita, un excellent moyen à la fois d’assurer la visibilité de son institution mais également de permettre une « appropriation dynamique de la culture dans un optique de médiation », c’est-à-dire interragir encore et toujours plus avec un public plus vaste pour le sensibiliser à son contenu.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Aude Mathey 3168 partages Voir son profil
Voir son blog