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Standard, Nina Bouraoui

Par Fannybleichner

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Je trouve mes « critiques » trop futiles quand elles portent sur des classiques, j’ai trop souvent l’impression que tout a déjà été dit et que je n’apporte pas grand chose d’intéressant. J’avais donc envie de regarder du côté des nouveautés. J’ai finalement porté mon choix sur le dernier roman de Nina Bouraoui : j’avais beaucoup aimé « Mes mauvaises pensées » en 2005 et j’avais vraiment hâte de découvrir « Standard ».

« Standard » c’est le mot qui définit sans doute le mieux Bruno Kerjen. Bruno est un homme d’une trentaine d’années tristement banal, infiniment médiocre et dont le quotidien n’a pour objet ni plaisir, ni projet, ni ambition, ni futur. Tous les jours le même refrain, sans perspective plus réjouissante que les champs de colza sur lesquels donnent son appartement de Vitry. Se réveiller le matin pour aller travailler dans une entreprise de composants électroniques, accomplir les mêmes gestes tous les jours avec application, économiser cet argent, sans projet pour le dépenser, rentrer en banlieue, appeler des numéros surtaxés pour un moment de plaisir avec des call girls virtuelles.

Car Bruno a bien un problème : celui de ses relations aux femmes, leur odeur notamment ne lui inspire qu’un infini dégoût. Toutes sauf Marlène sans doute, cette image du passé qui l’obsède. Une fille du lycée pro avec qui il avait noué des relations ambiguës durant son adolescence ne sachant finalement si elle le considérait comme son frère, son meilleur ami ou son amant. Ses seules attaches un minimum affectives se trouvent finalement dans sa Bretagne natale : sa mère de plus en plus envahissante depuis le décès de son père, Gilles son seul vrai pote depuis l’adolescence, celui avec lequel il peut boire jusqu’à vomir. Et pleurer. Les jours s’enchaînent, toujours aussi insipides, son père meurt et pourtant rien ne change. Jusqu’au retour de Marlène. Un coup de pouce du destin ? Un nouveau coup de poignard dans le dos ? Bruno va tout tenter pour s’extirper de la mélasse de sa médiocrité, tenter de se réinventer pour se tester au jeu de la vie.

C’est assez déroutant finalement de suivre un anti-héros tout au long d’un roman. Pire qu’un anti-héros même : un homme gris, sans texture, on met longtemps à s’attacher au personnage infiniment apathique. Finalement c’est quand il révèle ses fragilités qu’il devient un peu plus humain. Mais tout cela a un coût.

J’ai beaucoup aimé la façon dont l’intrigue est traitée : pas de happy end, pas de « et finalement il se rendait compte qu’il pouvait devenir heureux et le devint ». Derrière la médiocrité on découvre tout de même une vraie personne, avec ses remises en question et son manque de confiance en elle, entre autres. La relation aux femmes est également très intéressante, notamment cette vision de Marlène comme une véritable pute mais aussi la seule femme qui le fasse rêver. J’ai été surprise des mots que l’écrivain femme a pu mettre dans la bouche, dans le regard et dans la pensée de cet homme et je pense que c’est finalement ce qui y a de plus profond dans ce roman, qui une fois de plus m’a beaucoup plu bien qu’un peu pessimiste.

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