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Citoyennitude II

Par Alainlasverne @AlainLasverne

 

MARIANNE Abimée

GRAPH 102
oute une classe politique s'est éloignée comme s'est éloignée, en sens inverse, une grande partie de la population. La faute n'en incombe pas seulement à la médiatisation. D'autres plaies béantes affaiblissent la démocratie, comme le statut de l'élu, son financement et l'absence d'une quelconque évaluation organisée de l'action d'un représentant en fonction de ses promesses de campagne et/ou de son action.

 

Mais tout cela ne perdure et ne s'amplifie en très grande partie que grace à l'image. L'image qui nous est venue quand même assez récemment, fixe puis animée. L'image comme re-représentation majeure. L'image évoluant, mutant, muant pour devenir "les medias" un double mélange texte-image et fixe-animé, comme modalité globale de représentation, qui fait écran, obstacle au réel, en contradiction permanente avec l'antienne assurant que "la presse" est garante de la démocratie.

 

Si on reprend les soumissions cognitives et comportementales que j'ai développées dans le premier volet de la citoyennitude, on déroule sans difficultés les conséquences, item par item, pour la vie politique sous le feu et la conduite des medias.

 

  • passer par un media, donc être spectateur ;

L'abstention est la vague qui emporte encore acteurs et résultats des municipales 2014. Les citoyens regardent les politiques s'exonerer des règles communes comme du niveau de vie moyen, et rentrent chez eux.

  • être sous la conduite d'un présentateur ;

Les medias, aujourd'hui, définissent le moment politique que nous vivons, qui n'est pas le présent. Nous entrons dans le futur proche environ deux ans avant une élection présidentielle, quelques mois pour une municipale. Ainsi, la vie publique est obligée de sauter d'un futur à l'autre. Mouvement qui conduit évidemment à centrer la vie politique sur une élection puis l'autre. Le citoyen est un porteur de carte qui doit vivre l'oeil rivé sur l'échéance qui se rapproche. Oublié naturellement ces contingences mineures que sont les problèmes du quotidien, la structuration politique du pays qui s'opère ici et maintenant.

Tous ces exercices science-fictionnels se ressemblent. Même durée, même montage, mêmes acteurs très souvent, même commentaires en voix off. La politique est un moment médiatique parfaitement standardisé, parfaitement homologues à la projection publicitaire qui annonce des mois à l'avance la sortie d'un nouveau produit, tandis que les échos de la campagne pour le précédent s'éteignent à peine. Le spectateur n'a aucun contrôle sur rien et vit donc la politique sur un mode passif absolument tout le temps, sauf si par extraoradinaire on lui accorde trois au quatre secondes sur un micro-trottoir.

Autre phéonomène particulièrement visible lors des élections locales l'uniformité des événements et des acteurs, d'un département maritime à un territoire montagnard à 800 kilomètres.

Alors que les médias devraient logiquement souligner la spécficité du vécu politique suivant les villes, les départements, en montrant les différences dans une unité structurelle des institutions, ce qui enrichirait et soulignerait la spécificité et la dynamique de chaque territoire, on voit un formatage global digne du concours Eurovision de la chanson.

Les medias ont souligné que les Municipales 2014 se sont joué nationalement. Mais elle ne peuvent de plus en plus qu'être jouées nationalement. Et bel et bien jouées. Les situations particulières, les singularités locales sont compressées en trois mots et deux images standard, - une « brève » sur le papier - pour laisser un même scénario minimal d'une durée minimale, toujours énoncé par l'accent de Chartres du présentateur jusqu'à la déclaration de défaite ou de victoire des candidats qui n'a aucune réalité, au sens d'histoire, de parcours, de trajectoires spécifique locale. Au sens surtout où les acteurs citoyens locaux ne sont jamais convoquées pour dire leur vision, leur vie politique particulière. En action le syndrome TF1 dans « les cités », une politique plaquant des clichés sur une réalité tellement réduite qu'elle en est déjà totalement distordue.

  • avoir une scénographie uniquement composée de politiques et journalistes ;

La scène mediapolitique ne fait jamais place au citoyen lambda. Il n'a pas l'aura – sous-entendu la figure presque mythique que donne l'image couplée avec le « pitch » que construisent les medias sur tel ou tel politique, journaliste, ceux qu'on appelle « personnalités » . Un terme qu'il faut comprendre comme « persona », des personnes. Par opposition, ceux qui sont en dehors de la lumière et de l'histoire ne sont personne, réellement personnne.

Le peuple n'a pas légitimité à être là. Le journaliste pose les questions, le politique est investi pour donner réponses aux questions. Le Janus bi-face ne supporterait pas, de toute façon, l'irruption sur cette scène permanente d'histoires, d'un peuple qui viendrait bousculer le timing et mettre en péril la page de pub qui suit ou précède.

  • accepter une forme de discours où le temps de réponse et d'attention n'excèdenr pas 20s ;

Monsieur-tout-le-monde n'a pas la parole, cette parole fluide qui ne dit rien – pas le temps de toute façon d'entamer un programme, pour un politique, juste quelques secondes en général pour une répartie élégante ou frappante. De plus, il traîne parfois avec lui un accent, ou un niveau de langage boueux. On vous écrira...

  • accepter l'exercice de la représentation comme un exercice essentiellement théâtral ;

Dans le monde enchanté de la télévision, des medias, les journalistes posent des questions qui ont toujours réponse et ne sont jamais refusées. Les politiques répondent toujours, même s'ils n'ont que le silence pour répartie, ou une autre question du journaliste. Il n'y a jamais de constestation immédiattte, si ce n'est sous la forme plus ou moins différée du tour de table, et du commentaire inévitable du journaliste qui dilue l'immédiattetée frontale et affective d'un échange réel, qu'il soit connivant ou opposé.

  • accepter la définition du politique et des politiques comme étant ceux et exclusivement ceux qui occupent l'espace du discours télévisé ;

La politique est la vie de la cité, au sens premier. Formule qu'Henri Lefebvre, sociologue, développait de la manière suivante : « les affaires de tout le monde sont des affaires politiques ; les affaires politiques sont l'affaire de tout le monde ». Les scores électoraux, ont constaté différents chercheurs, suivent à peu de chose près la visibilité médiatique des uns et des autres. Ainsi, le PS et l'UMP reste les plus gros marqueurs aux Municipales, suivis du FN. Contrairement à ce qu'affirme les leaders de ce parti, leur présence médiatique est forte, et en constant augmentation. Ce qui marque les limites du « front républicain » et l'hypocrisie qui entoure cette pseudo-digue que les partis les plus scoreurs ont vanté des trémolos dans la voix, comme d'ailleurs les scénographes à micro.

Le politique est de plus en plus la chose vue, littéralement. Ainsi, la politique est affaire de faits divers, d'émotions et de feuilletons, d'images fixes dans les journaux, d'images animées sur le Net et à la télé. Au chapitre de l'expérience politique de nos contemporains les plus jeunes, il faut mettre au tout premier rang la duplication à l'infini des visages de « personnalités ». Elles prendront place dans l'imaginaire à côté des images de l'attentat contre le World Trade Center. Ainsi cette génération de l'image associera, en quelque sorte, la politique à une forme de torture ou de plaisir addictif qu'on peut résumer sous le tryptique lumière-choc-répétition.

  • accepter l'absence de changement de la nature et de l'ordre des question en jeu, l'absence d'affrontements réels et/ou d'approfondissement ;

Il ne peut y avoir de réel affrontement, de contradiction centrale et tenue, sur une scène. Les médias captent ou frabriquent les échos émouvants, les éclats sidérants. La politique – au sens premier – se joue littéralement hors du monde politique tel qu'on nous le sert, cette sphère aussi rutilante que creuse qu'ont bâti les médias. En ce sens, le citoyen qui veut faire de la politique réelle, avoir une attitude réellement politique ne pourra que se soustraire à la présence du mediapolitique.

La politique suppose des affrontements qui ne soient pas mimés au loin par des figurants qui prétendent être et incarner quelque chose qu'ils ne sont pas, qu'ils ne pratiquent absolument pas.

Le spectateur du mediapolitique est en face d'un monde où les questions réelles comme les acteurs légitimes d'une dynamique politique quelconque, locale ou nationale, n'existent pas. Les données concrètes, vivantes, effectives de la réalité sont sans cesse déplacés, reconfigurés ou changés. Jamais la dimension réelle d'une transformation, d'un regroupement, d'une prise de conscience, d'un acte politique ne passe le filtre médiatique, sauf à imaginer des médias qui seraient au service du politique. Il faudrait pour cela des gens qui se sentent des êtres politiques, au service de la citoyenneté et qui aient la capacité de surpasser le storytelling universel qu'impose la double distance imposée par l'image et la marchandise.

  • accepter d'être toujours l'absent et le sujet jamais désigné de la représentation médiapolitique universelle;

Le citoyen ne finira pas comme le grand gagnant démocratique, sauf dans les feuilletons que bâtit l'unsine médiatique. Si l'on remonte à quelques dizaines d'années, nous avions des débats publics – on se souvient des joyeuses et homériques démélées organisés par Pollack pour le service public et pour l'intérêt général. Aujourd'hui nous bénéficions de la marque « C », déclinée en modèles :C politique , C dans l'air. Cette marque est la propriété d'une multinationale, au même tire que Julie Lescaut ou Famille d'accueil, Fish'n Chips, etc. Son animateur, Y. Calvi est employé par cette multinationale – Lagardère, pour ne pas la nommer -. Difficile d'imaginer un débat plus privatisé. Y. Calvi fut, en 2011, consacré comme le journaliste le plus apprécié par 78 parlementaires français, ce qui donne idée de l'acceptation du mediapolitique par ceux qui en sont les victimes, après nous. Ainsi se perpétue la domination symbolique, la définition des questions sociales et leur traitement pensable est voué à demeurer en l'état. Les médias vont continuer à créer du surrél et à être impositifs, tout en assurant un « débat public » parfaitement tendancieux et loin des réalités. Les récentes attributions de fréquence audio-visuelles à des chaines ouvertement commerciales, comme les restructurations dans la presse « écrite » - rachat du Monde par un banquier et un richissime patron de réseau téléphonique – montrent que la logique médiatique de dépossession, d'aliénation du citoyen, va être confirmée et renforcée, puisque les puissances d'argent, notamment, ne souhaitent pas un retour du politique, un contrôle de la vie de la cité, du pays par ceux qui y vivent. Le citoyen est condamné à être le spectateur-alibi de cette farce mediapolitique, qui n'est plus drôle depuis qu'elle impacte nos existences en leur imposant un cours général dont la grande majorité des gens ne veut pas, mais accepte encore tant les instruments de perpétuation de cette démocratie formelle sont puissants, et le contrôle également serré.

 

Les hommes de Gauche, tout pétris de valeurs républicaines et de bonne volonté qu'ils soient, n'ont souvent pas compris, souvent, combien la question des médias est importante. La Gauche doit non pas s'emparer des medias actuels – ils sont, par construction, mediapolitiques – mais en créer de nouveaux. Et la première chose à faire sera d'y réintroduire la vie, les citoyens, monsieur tout-le-monde.

On n'imagine pas encore ce que ça provoquera comme changements en termes de construction d'émission, de « début » ou de « fin », de cadrage, de questions, de qui fait quoi. Et surtout, pourquoi. Même combat dans la presse dite écrite, qui est imbriquée aujourd'hui dans les réseaux médiatiques, au point qu'on ne sait plus ce qui est « papier » ou « numérique ». Il s'agit d'imaginer un journal qui serait comme un immense courrier des lecteurs, avec une fécondation permanente entre professionnel de l'info et lecteurs. Cette parfaite utopie commence, en réalité, à travailler de plus en plus de medais « papier ». A suivre, par exemple, les expériences de Fakir (bénévoles), CQFD (chomeurs), Article XI...


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