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NEOPALLADIANISME (Royaume-Uni, Irlande, Etats-Unis)

Publié le 02 avril 2014 par Aelezig

Le style palladien connaît un déclin mais renaît rapidement dans une version nouvelle qui annonce et introduit le néoclassique, avec lequel il se confond parfois plus ou moins.

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Keddleston Hall, UK

Au Royaume-Uni

Le style baroque, très répandu sur le continent européen, ne sera jamais vraiment au goût de l’Angleterre. Il est rapidement remis en question pendant le premier quart du XVIIIe siècle lorsque quatre livres publiés au Royaume-Uni mettent l’accent sur la simplicité, et la pureté de l’architecture classique :

  1. Vitruvius Britannicus publié par Colen Campbell, 1715 ;
  2. The Architecture of A. Palladio, première édition anglophone de l'ouvrage de Palladio, publiée à partir de 1715 ;
  3. De Re Aedificatoria d'Alberti, publié en 1726 ;
  4. The Designs of Inigo Jones, publié par William Kent, 1727.

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Wobburn Abbey, UK

Ces quatre livres contribuent au retour du palladianisme en Grande-Bretagne, déjà enraciné, mais sur le déclin. Les auteurs deviennent les plus chics et convoités de la période. Grâce à son livre, Colen Campbell est choisi comme architecte pour concevoir la Stourhead House pour le banquier Henry Hoare I, un chef-d'œuvre qui devient une source d’inspiration pour des dizaines de demeures à travers l’Angleterre.

À la tête de la nouvelle école stylistique se trouve l’aristocrate Richard Boyle, comte de Burlington, qui voit dans le baroque un symbole de l’absolutisme étranger. En 1729, Lord Burlington, avec William Kent, conçoit la Chiswick House, réinterprétation de la Villa Rotonda de Palladio purifiée de ses éléments et ornements du XVIe siècle. L’absence d’ornementation allait être la caractéristique du style néopalladien. En 1734, William Kent et Lord Burlington créent l’un des plus fins exemples du néopalladianisme avec la Holkham Hall dans le comté de Norfolk. Le bâtiment principal de la demeure suit les préceptes de Palladio. Cependant, les ailes gagnent en importance par rapport aux constructions de l’architecte italien. Kent les rattache à la partie principale, leur donne presque la même importance que celle-ci, mais la ferme animale n’y a plus sa place. Souvent, ces ailes sont parées de portiques et frontons, devenant presque des maisons de campagne à part entière, comme pour la Kedleston Hall. C’est le développement de ces flancs qui caractérise le style néopalladien anglais dans une réelle évolution et non un simple pastiche de l’œuvre architecturale de Palladio.

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Chiswick House, UK

Lorsqu’en 1746, le Duc de Bedford, John Russell décide de reconstruire Woburn Abbey, il choisit le style néopalladien, le plus en vogue à l’époque. Il choisit l’architecte Henry Flitcroft. Palladien dans son essence, son style a cependant évolué. Le bloc central est petit ; seulement trois baies, le portique est tout juste suggéré. Deux importantes ailes prolongent ce bâtiment et contiennent une vaste suite de pièces qui remplacent les colonnades de l’architecte italien. Les bâtiments de ferme y sont reliés et élevés à hauteur du bloc central terminé par des fenêtres palladiennes pour garantir le style. Ce développement est répété un nombre incalculable de fois pour des demeures et des mairies du Royaume-Uni pendant une centaine d’années. Tombé en désuétude à l’Époque victorienne avec l'essor du néogothique, le style palladien connaît un nouveau regain de popularité grâce à Sir Aston Webb pour le ravalement de Buckingham Palace en 1913.   Irlande

Même les demeures modestes sont construites sur le modèle néopalladien. Mais le style se différencie subtilement des réalisations anglaises. En adhérant comme les autres pays aux principales idées de Palladio, il est souvent plus conforme à l’original. Peut-être parce que les architectes viennent directement du continent et ne sont donc pas influencés par le palladianisme développé au Royaume-Uni. On peut aussi considérer que l’Irlande est plus provinciale et que la mode y change plus lentement.

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Hammond Harwood House, USA

L’un des pionniers de l’architecture irlandaise Sir Edward Lovett Pearce  devient un fervent avocat du palladianisme en Irlande. Il Rejetant le baroque, il part trois ans étudier en France et en Italie, avant de retourner en Irlande. L’œuvre de sa vie est la conception des anciennes Chambres du Parlement Irlandais à Dublin. C’est un architecte prolifique qui crée aussi la façade sud de la Drumcondra House en 1727 et le Cashel Palace en 1728.

L’un des exemples les plus notables du palladianisme en Irlande est Castletown House près de Dublin. Conçu par l’architecte italien Alessandro Galilei (1691-1737), c’est peut-être le seul édifice construit selon les proportions de Palladio.

Russborough House est aussi un autre brillant exemple palladien conçu par Richard Cassels, architecte d’origine allemande. Il crée également le Rotunda Hospital à Dublin et Florence Court dans le Comté de Fermanagh. Les maisons de campagne irlandaises de style palladien ont souvent de solides décors en plâtre de style rococo. Une grande partie de Dublin est construite au XVIIIe siècle ce qui lui vaut la forte empreinte géorgienne, largement inspirée par le palladianisme. Cependant, le pays est pauvre... et bien des demeures ont disparu. Après 1922, le plomb est retiré des toits de propriétés palladiennes pour sa valeur marchande. Les demeures sont abandonnées en raison des taxes exorbitantes. Quelques édifices palladiens sans toit peuvent encore être trouvés dans la campagne dépeuplée d’Irlande...

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Monticello, USA

Amérique du Nord

L’influence palladienne en Amérique du Nord est introduite par le philosophe anglo-irlandais George Berkeley. Acquérant une grande ferme à Middletown près de Newport à la fin des années 1720, Berkeley la modifie en y ajoutant un chambranle dérivé du travail de William Kent et son livre The Designs of Inigo Jones. En 1749, Peter Harrison adopte le palladianisme pour sa Redwood Library de Newport, Rhode Island. Elle est directement influencée par Les Quatre Livres de l'architecture de Palladio. Son Brick Market, une dizaine d’années plus tard, est aussi de conception palladienne.

Thomas Jefferson, président des États-Unis entre 1801 et 1809, se passionne pour l'architecture. Ayant séjourné à plusieurs reprises en Europe, il a étudié les villas de la Rome antique et les édifices de Palladio. De retour en Amérique, il souhaite en appliquer la syntaxe formelle à des édifices publics et privés, en ville et à la campagne. Jefferson considérait Les Quatre Livres de l'architecture d’Andrea Palladio comme « la Bible » de l'architecture. L’architecte américain deviznt le promoteur du palladianisme le plus actif. On peut retrouver l’influence des dessins de ce livre dans la conception des domaines de Monticello, Barboursville et l’Université de Virginie. Réalisant le pouvoir politique qui revient aux édifices de la Rome antique, Jefferson conçoit la plupart de ses bâtiments administratifs dans le style palladien. Sa demeure de Monticello (rénové de 1796 à 1808) est un bel exemple de style palladien, elle rappelle l'hôtel de Salm situé à Paris, que Jefferson a pu contempler alors qu'il était ambassadeur de son pays en France. Il utilise des composants antiques tels que des colonnes doriques, des portiques tétrastyles et un dôme central. Le bâtiment est clairement basé sur le modèle de la Villa Capra. La bibliothèque universitaire est située sous une rotonde coiffée d'une coupole qui s'inspire du Panthéon de Rome. L'ensemble présente une grande homogénéité grâce à l'utilisation de la brique et du bois peint en blanc. Mais ces matériaux la rendent originale par rapport à la tradition palladienne.

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White House, USA

Au Maryland, en Virginie et dans les Carolines, le genre palladien est incarné par de nombreuses demeures des plantations agricoles telles que Stratford Hall, Westover et Drayton Hall ou encore la Hammond-Harwood House. Ces exemples sont tous des exemples classiques d’architecture coloniale américaine d’inspiration palladienne. L’une des caractéristiques du palladianisme américain réside dans l’utilisation de grands portiques qui, comme en Italie, remplissent la fonction de pare-soleil. Dans les pays d'Europe du Nord, le portique était devenu un simple symbole, seulement esquissé par des pilastres et quelquefois utilisé comme porte cochère. En Amérique, le portique palladien regagne ses lettres de noblesse.

Le palladianisme de la Maison-Blanche est intéressant car c’est une forme précoce de néoclassicisme, en particulier la façade.

Déclin du néopalladianisme 

Pendant les années 1770 en Angleterre, des architectes tels que Robert Adam et Sir William Chambers répondent à une demande considérable, mais ils conçoivent alors les édifices d’après une large variété de sources classiques incluant la Grèce antique, pas seulement l'Italie de Palladio. Ainsi ces formes d’architecture sont en fait définies comme des œuvres néoclassiques plus que palladiennes.

En Europe, le néopalladianisme prend fin au terme du XVIII siècle. En Amérique du Nord, le palladianisme persiste un peu plus longtemps.

Les motifs palladiens, particulièrement les fenêtres, font une réapparition à la fin du XXe siècle dans le mouvement du postmodernisme. L’architecte Philip Johnson utilise fréquemment celles-ci pour concevoir les entrées des édifices comme pour le bâtiment d’architecture de l’Université de Houston, le 500 Boylston Street de Boston ou encore le Musée de la Télévision et de la Radio de New York. Ieoh Ming Pei utilise aussi cette caractéristique pour le design de l’entrée principale de la Tour de la Banque de Chine à Hong Kong en 1985.

D'après Wikipédia


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