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Un bouquet de coquelicots

Publié le 02 avril 2014 par Adtraviata

Un bouquet de coquelicots

Présentation de l’éditeur :

La guerre 14-18, en Belgique. Dans cette suite de nouvelles, Marianne Sluszny donne une voix à ces anonymes, dont la vie a basculé dès le début des hostilités. Qu’il s’agisse d’un mort, d’un musicien, d’une jeune mariée, d’un soldat flamand, d’une infirmière, d’un Congolais, d’un pigeon… le désastre de l’occupation les a avalés. 
Dans ces brèves histoires crûment racontées, des visages et des vies transparaissent. Les lieux du drame, Andenne, Namur, Malines, Anvers, Bruxelles, La Panne, Ypres, villes martyres, zones de combat ou zones d’occupation, balisent le territoire où ces destins ont été balayés. Éphémères comme des coquelicots. 
Marianne Sluszny a compulsé pendant trois ans les archives de la Grande Guerre pour la préparation d’une série d’émissions qui seront diffusées par la télévision belge (la RTBF) au printemps 2014. De cette immersion, elle a tiré la matière vive de ces nouvelles, vibrantes et noires.

Au départ, vu mon sens de l’organisation méga-géant (et surtout mes yeux plus gros que le ventre qui m’ont bien occupée en mars) je pensais, pour gagner du temps, ne présenter qu’une nouvelle de ce recueil. Oui mais voilà : le bouquin n’est pas gros (121 pages assez aérées) et la première nouvelle me paraissait bien mais un peu appliquée, je ne voulais pas rester sur ce sentiment. Et puis c’est 14-18 en Belgique, alors… que voulez-vous, j’ai tout lu ! (Et j’aurais regretté de faire la petite joueuse…)

Première nouvelle, De profundis, un peu appliquée donc mais très émouvante finalement, et je dois dire que ce n’est pas l’écriture de Marianne Sluszny qui compte à mon sens dans ce recueil : elle est tout à fait correcte, mais pas transcendante, ce n’est pas le but. Tous les textes commencent quasiment tous par "Je suis né(e) le …" ; on est donc plongés d’emblée dans l’expérience intime d’hommes et de femmes (et même un animal, un pigeon, dans Echo) qui avaient environ 20 ans en 1914, des anonymes (sauf le premier d’entre eux, resté célèbre) à qui l’auteur prête vie, donne voix : des gens de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles, des nantis, des paysans, des ouvriers, des bourgeois… Tous plongés dans la guerre, soit dans les tranchées et les combats (Roger, FransAlbert – inoubliable Albert au nom si patriotique et au destin si tragique), soit à l’arrière, des femmes souvent isolées mais déterminées (Jeannette et Cécile), dans une Belgique occupée à plus de 90 % par les Allemands, des occupants violents, encore marqués par la défaite de 1870 et dont le but avoué est de terroriser les habitants.

Marianne Sluszny est donc la co-auteur d’une série en trois documentaires sur la Grande Guerre en Belgique, qui sera diffusée en mai, et dont le narrateur est l’acteur Bernard Yerlès. On sent qu’elle est nourrie de centaines d’informations sur la vie dans les tranchées, sur les combats de première ligne et surtout sur la vie quotidienne des Belges pendant cette période. Elle cite des anecdotes ou des décisions prises par les bourgmestres de Bruxelles Louis De Brouckère et Adolphe Max, qui sont certainement tout à fait authentiques, elle parle d’Edith Cavell, infirmière anglaise très active en Belgique pendant la guerre et finalement fusillée en octobre 1915 par les Allemands, pour haute trahison. L’histoire d’Albert est elle inspirée de l’histoire d’un vrai soldat belge, découvert au Flanders Fields (le musée d’Ypres consacré à la mémoire 14-18, je vous en parlerai sûrement un jour). Rien que pour cette richesse de documentation, cette série de nouvelles vaut le détour, en tout cas j’y ai appris plein de détails, et c’était très émouvant par exemple de découvrir ces noms célèbres connus pour être des noms de boulevard, de place, d’hôpital bruxellois prendre chair et sens dans l’époque de 14-18.

Si la langue de Marianne Sluszny est sans fioriture, elle ne craint surtout pas de raconter crûment les choses, montrant clairement la faim et les violences subies à l’arrière, les choix à poser, la vie sordide dans les tranchées, l’horreur des blessures et des corps laissés en pâture aux bêtes sur les champs de bataille. Elle dit l’émergence d’une conscience flamande et laisse deviner à quel point ce conflit total qui marqua vraiment l’avènement du 20e siècle a profondément marqué de son empreinte ce siècle, elle le fait sentir à l’échelle de la Belgique mais le lecteur peut sans problème universaliser ce propos.

Ces histoires individuelles deviennent donc profondément emblématiques de la tragédie humaine qui s’est jouée dans notre petit pays en 14-18 et ces quelques personnages symboliques nés sous la plume de Marianne Sluszny ont été pour moi singulièrement émouvants. Et si proches dans leur humanité. Je ne peux que vous conseiller de les rejoindre à votre tour. Et j’ai hâte de voir les documentaires !

Marianne SLUSZNY, Un bouquet de coquelicots, Editions de la Différence, 2014

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Poppy Thiepval


Classé dans:De la Belgitude, Des Mots au féminin Tagged: 14-18, Marianne Sluszny, nouvelles, Un bouquet de coquelicots

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