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Via de la Plata 5e étape: les lugnes droires et les pensées tortueuses.

Publié le 02 avril 2014 par Sylvainbazin

Quand j'entame l'ecriture de ce recit, je suis assis sur les bancs de l'amphitheatre romain de Merida. Le soir est doux, enfin ensolleille. Un groupe de musique repete sur la scene, l'atmosphere est a la fois etrange, dans ces lieux historiques et ces ruines impressionnantes et sympathique. Une belle fin de journee après une etape ou il m a fallu compter sur mon bon moral pour ne pas la trouver vraiment dure et ennuyeuse.
Car les longues lignes droites de voie romaines, de chemins agricoles a peine praticables a cause de la boue collante, le long de vignes sans raisin ou de champs laboures, nont pas manquees. Et le temps est reste maussade pour m accompagner aujourd hui durant mon parcours.
Pourtant la soiree d'hier et le petit dejeuner de ce matin, ne l'ont pas ete, maussades, mais ca n'avait rien a voir avec la meteo.
Mon diner fut largement le meilleur -et pour un prix toujours modique- depuis mon depart de Seville, dans un petit restaurant de la place. J'y avais gentiment discute avec un couple d'allemand - decidement j'en rencontre beaucoup sur cette Via de la Plata, avant de rejoindre l'auberge. Bon, je n'ai pas bien dormi a cause du bruit, mais je ne me sentais pas trop fatigue ce matin.
Le petit-dejeuner fut rempli de conversation lui aussi. Mes compagnons d'auberge s'etonnent, c'est habituel, de la longueur de mes etapes et que je puisse penser atteindre Merida des ce soir. Pourtant l'etape, 46 kilometres, ne me parait pas bien longue. Je passe joyeusement de l'allemand a l'italien(cela etonne aussi que je sois capable de baragouiner autant de langues. Cela dit, si mon allemand est pas si mal et mon italien s'ameliore, je suis toujours aussi nul en espagnol ce qui est quand même dommage ici!) tout en parlant francais a mon voisin de Tarbes autour de cette tablee tres "auberge espagnole", comme il se doit. Bon, je rajeunis un peu l'age moyen, a part un trentenaire allemand les marcheurs ici ont plutot la grosse cinquantaine, comme si c'était l'age a partir duquel, chez nous, on commence a prendre le temps de marcher, et de reflechir peut-etre au reste de sa vie.
Reflechir, le chemin aujourd hui pourrait bien s'y preter: il invite en effet a se refugier dans ses pensees, a mediter et a rever pour s'echapper de l'effort et, il faut bien le dire, de la monotonie des lieux. Mais certains elements exigent tout de même de la concentration et font echapper a la plongee totale dans un monde interieur: le sol, fait d'une boue extremement collante, glissante et presque impraticable par endroit (tres different d'hier ou les appuis etaient fermes) exige une concentration toute particuliere, et bien des efforts aussi.
Je trottine la plupart du temps au debut, car marcher vite est totalement improductif sur ce sol. C'est ainsi que je double la plupart de mes compagnons de chambree: curieusement, si il n'existe pas d'esprit de competition chez les pelerins, il semble y avoir comme une prime au depart le plus matinal: d'ailleurs c'est la gentille dame allemande qui marche vite qui est partie la derniere, avec moi. Mais bon, je suis content d'avoir quelques mots a echanger de temps en temps dans cette gadoue immonde qui m empeche d'avancer comme je le voudrais.
Cela dit, une fois que j'ai remonte tout le monde, je me plonge vraiment dans mes pensees. Le sol est un peu moins mou et glissant, et la ligne droite qui se presente devant moi est tout simplement "straight like a die" et aussi distrayante qu'un mauvais match de tennis. Du coup, c'est en marcheur pensif, même si j'avance tout de même a une bonne cadence, que je tente de l'affronter.
Et je pense. D'abords, a quelques obsessions. Je tente de régler mentalement le sort de mes pauvres dernieres histoires d'amour. Ou plutot de duperie d'ailleurs, de la part de jeunes femmes pas trop sures d'elles mais tout de même, pour lesquelles j'ai joue un role lamentable "d'homme pansement" entre deux histoires serieuses. C'est une distraction tentante pour des filles en mal d'aventures qu'un garcon un peu special comme moi, ca peut etre l'occasion d'entendre de belles histoires. Enfin. Vous faites sans doute bien de retourner avec vos ingenieurs et vos cadres commerciaux, vos free-riders ou triathletes du dimanche, votre securite de 35 heures et vos maisons confortables. Je ne dis pas que je vaux mieux. Mais je suis rancunier, c'est vrai, a ce niveau la. On ne derange pas impunement un ours de son hibernation. J'y suis bien retourne depuis, car si bien des regards et des sourires m emeuvent, je me garde de tenter de les explorer plus.
Enfin...d'autres idees, plus positives, me font allonger le pas. Je pense a mes projets, au plaisir aussi de les realiser, aux amis, comme Matthieu, qui m'y aident et me permettent de progresser. Ce projet des grands chemins me porte et grandira encore, pour quelques années je pense. C'est aussi un beau coup a tenter. Je pense a ce projet du "Madrowsky way" qui s'annonce passionnant.
Aujourd hui je marche seul mais je ne le suis pas vraiment.
Le chemin me sort tout de même de mes pensees: je suis tout de même surpris par l'aspect implacablement rectiligne de cette piste. On ne semble pas en voir le bout.
Pourtant si. La ville de Torremeijia se rapproche insensiblement, les montagnes que je distingue depuis des heures se precisent dans leurs contours. Torremeijia. Petit bourg, sans trop de caractere apparemment. Petite pause dejeuner et je repars. Une grosse quinzaine de kilometres jusqu a Merida.
Des lignes droites, encore. Le long de la nationale, puis a nouveau dans la glaise des champs. Je fatigue un peu. J'ai un peu mal aux pieds, au dos. Mais après tout, je suis aussi venu chercher ce genre de surpassement, sans doute. Et puis la, ca va, Merida n'est plus trop loin. J'arrive enfin.
Un splendide pont romain, la recompense après la voie si longue de ces memes romains. Je traverse le centre, trouve un hotel. J'ai besoin de me reposer ce soir et d'etre tranquille.
La ville s'y prete finalement bien. Je resorts donc visiter un peu plus tard, admirer l'art des romains qui savaient faire autre chose que des voies toutes droites. Boire un coup sur la place et diner de tapas. Merida est la premiere ville d'importance de mon parcours depuis Seville et après cinq jours tout de même mouvementés je penSe avoir droit a cette détente personnelle!


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