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Payer en monnaie de sage

Publié le 03 avril 2014 par Blanchemanche
Payer en monnaie de sage
Des euskos. La monnaie solidaire basque a été mise en circulation au début de l'année 2013.Des euskos. La monnaie solidaire basque a été mise en circulation au début de l'année 2013. (Photo Gaizka Iroz. AFP)

Inspiré des thèses altermondialistes, l’usage de devises locales, en France et à l’étranger, se veut une réponse sociale à la crise économique.

Associations, villes, collectivités locales : chacun y va de sa petite monnaie. Sur le seul dernier trimestre, le Béarn, l’Auvergne, Lyon, Montreuil et La Garenne-Colombes ont présenté leurs projets de devises, imaginés la plupart du temps par des associations. Au total, il existe aujourd’hui une soixantaine de monnaies sociales dans l’Hexagone, en cash - sous forme de coupons-billets - ou numériques.La crise économique, un ras-le-bol du système bancaire, ou encore la contestation de l’euro expliquent l’ampleur de ce phénomène. En France, ces nouveaux modes d’échanges ont émergé en 2002, suite au rapport «Reconsidérer la richesse», commandé par le gouvernement Jospin. L’essayiste altermondialiste Patrick Viveret y défendait l’idée de «changer notre rapport à la monnaie, dégradé. L’enjeu prioritaire [étant] l’appropriation citoyenne de la monnaie». L’autre intérêt est de favoriser la circulation au niveau local pour soutenir l’économie réelle. Il conçoit le projet «sol», c’est-à-dire la création de monnaies locales à parité avec l’euro, présentées sous forme de coupons-billets, et utilisables auprès d’un réseau de commerçants agréés (lire ci-contre). Les partenaires commerciaux doivent prouver qu’ils favorisent bien les circuits courts, respectent l’environnement, les règles sociales du travail et les valeurs de l’économie sociale et solidaire (ESS). Les utilisateurs sont ainsi certains de consommer plus juste. A charge pour eux d’échanger leurs euros contre la monnaie innovante au comptoir d’une banque coopérative. Ils bénéficient pour cela d’une petite incitation : pour 20 euros échangés, 21 sols à dépenser. La plupart de ces monnaies sont par ailleurs «fondantes». En clair, les petites coupures perdent 2% de leur valeur si elles ne sont pas dépensées dans les trois mois. Une taxe de 5% est prélevée sur celles qui sont rechangées en euros. Un ensemble de règles qui permettent de favoriser leur circulation et qui ont inspiré une grande majorité des monnaies locales.«Limité». Suite à l’engouement actuel des collectivités locales pour ces monnaies, Bruno De Menna, chargé de développement du réseau sol, rêve d’un projet national qui rendrait convertibles les différents sols entre eux, pour pouvoir les utiliser partout. Mais une impossibilité juridique demeure : l’article 442-4 du code pénal rappelle la nécessité d’une unité monétaire sur le territoire. D’autres restrictions freinent l’ardeur de ces monnayeurs. «D’après l’article 111-1 du code monétaire et financier, ces monnaies ne peuvent pas avoir toutes les fonctions de l’euro : elles ne permettent pas d’épargner, par exemple, et sont utilisables pour un nombre limité de biens et services», rappelle Hervé Pillard, avocat spécialiste du droit du financement.Ces monnaies éthiques sont aussi victimes du manque d’enthousiasme du public et de la baisse de motivation des militants associatifs de la première heure. Plusieurs monnaies régionales ont ainsi disparu ces derniers mois, dont le tiok dans l’Ain, la bogue en Ardèche ou le deodat dans les Vosges. «Les monnaies complémentaires de type sol sont un échec, assume Michel Lepesant, fondateur du site Monnaie-locale-complémentaire.netLorsque nous les avions lancées, nous étions des militants dans une démarche d’expérimentation bottom-up [de la base au sommet, ndlr]. Nous ne savions pas où nous allions. Si les prestataires ne manquent pas, ces monnaies n’ont pas trouvé leurs utilisateurs faute d’un travail de pédagogie.» Principal problème ? «Les utilisateurs potentiels ont du mal à comprendre l’intérêt de faire en monnaie locale ce que l’on peut déjà faire en euros», précise-t-il. Pour preuve, les achats en eusko (lire page précédente), la monnaie basque, ne représentent que 8 euros en moyenne par personne et par mois.Substitut. La mort des monnaies locales est-elle annoncée ? Pas encore. Des monnaies d’un autre genre, interentreprises, prennent le relais. Moins ambitieuses idéologiquement, elles affichent pourtant de meilleurs résultats. La plus ancienne d’entre elles est le wir, mis en place par une banque suisse en 1934 pour relancer l’économie locale et les travaux publics après la crise de 1929. Ce substitut à l’euro avait pour objectif de favoriser l’échange de biens et de services entre PME locales, à une époque où les banques rechignaient à accorder des prêts. A l’heure actuelle, le wir circule toujours entre 60 000 PME suisses et aurait généré 2 milliards de francs suisses (1,6 milliard d’euros) de chiffre d’affaires depuis sa création.Dans la même veine, Nantes prépare sa propre monnaie pour 2014. Les soNantes permettront aux 28 000 entreprises de l’agglomération de Loire-Atlantique d’alléger leur trésorerie tout en évitant le crédit bancaire. «Les monnaies alternatives convaincront le grand public quand elles ne se concentreront plus sur la consommation, mais sur la production ou sur la manière dont est utilisé l’argent, déposé, en échange, sur un compte en banque», affirme Michel Lepesant. Il fait déjà confiance au projet «mipyz» que Gérard Poujade, président PS de la commission développement durable de la région Midi-Pyrénées, a concocté pour ses administrés. Sous l’impulsion d’acteurs locaux comme l’union régionale des Scops et la chambre du commerce et de l’industrie, il a inventé une monnaie sociale en apparence classique. L’innovation ? A l’automne, particuliers et entreprises pourront obtenir des mipyz en souscrivant un prêt à taux zéro pour la rénovation énergétique de leur logement ou de leurs locaux professionnels. Une solution pour ne plus laisser «dormir» l’argent à la banque.Léa LEJEUNE

 Les propositions de la liste Municipales 2014 : La Rochelle verte et ouverte. Réorientation du développement économique

Pour libérer l’économie locale de la Finance


Objectifs : créer les moyens de financement de l’activité économique locale en autonomie par rapport aux circuits de la finance mondialisée.

Création et développement d’une monnaie locale

Créer une monnaie locale municipale complémentaire de l’Euro : le bouchot (échangeable au taux de 1 euro = 1 unité de Monnaie Locale).
  • Permettre l’achat de biens produits localement et de services chez les commerçants qui adhèrent au système.
  • Permettre de financer des projets locaux de développement durable pour aller vers une transition écologique tout en développant le lien social local.

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