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The Devil in Disguise

Publié le 03 avril 2014 par Euphonies @euphoniesleblog

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Mustang - Ecran total

Ainsi Mustang sort un troisième album. Ecran Total. J’imagine que dans la frénésie municipale de ce dernier week-end, nombreux sont ceux qui s’en contrefoutent. L’heure est grave, la droite succède à la gauche, un plan remplace l’autre, une nouvelle Vals, un relent frontiste. Ainsi va le monde.

Mustang n’est pas à proprement parler un groupe engagé. Et c’est tant mieux. J’ai toujours regardé de travers les illuminés d’une réforme mondiale de la pensée en musique. Mais comme Jean Felzine, je me sens parfois dindon de la farce parce que je n’ai pas le sens des affaires :

« Je n’ai pas le sens des affaires, et dans le monde où nous vivons,  

C’est pire qu’une tare, qu’un bec de lièvre, c’est pire que le cancer du poumon…

(…) 

Chez moi personne ne fait de pognons,

Ca fait des générations

Qu’il n’y a rien à faire... 

« Je vaux moins qu’une pute, son sexe est tarifé,

moi on me culbute,

en toute gratuité… »

Et comme Mustang, je ne regarde pas le monde qu’au travers du prisme de la récompense ou de l’injustice financière.  Je le regarde aussi au travers de la relation humaine, chopée dans ses détails implacables et ses crimes sans tribunal. Depuis trois albums, Mustang réactive les grands thèmes de la jalousie, de l’amour revanchard, de la bassesse certes médiocre mais si humaine.

Tout a commencé pour moi avec Ma bébé me quitte, sur le premier opus A71. Je découvre une instrumentation et une voix française quand Dick Rivers rencontre Dominique A. C’est aussi Le Pantalon, déjà en phase avec notre époque, questionnant l’arrivisme, les changements de voie. Un goût pour les sonorités claires, et des paroles acrimonieuses. Et surtout, une expression sans fard, un couplet qui ne cherche pas l’esthétique mais le vrai pathétique : celui d’une confession universelle qui traduit le moment où l’on perd. Et déjà la grande idée : dire les maux des années 50 avec les mots de 2009 et inversement.

Et puis l’album Tabou (2011), album transitoire mais Ô combien utile, confirmant le talent d’écriture d’un groupe qui n’a pour retard que la nostalgie sublimée d’un temps où trois accords faisaient des chefs-d’œuvre sans âge. Mustang cherche le single, sans cynisme, juste par soucis d’efficacité et de cohérence. Mission réussie puisque Niquée, Qu’est-ce qui se passe, La princesse au petit pois, ou Ramper accrochent l’oreille et prouvent que le socle rétro-rock gominé d’acide a de l’avenir. Il y a du Polnareff (Restons amants) du Thiéfaine voire du Richard Antony chez Mustang. Mais aussi du Velvet, du Stooges, du Kraftwerk. Il y a le sentiment que la métaphore s’étiole, qu’il vaut mieux dire « merde » ou « baiser » que de chercher une poétique hypocrite. Il y a exprimé en deux albums les préoccupations et vagues à l’âme des clochards célestes, des marlous romantiques, des voyous éconduits de province dans un bar sinistre de la périphérie.

Autant dire qu’on se demandait comment le groupe clermontois allait donner suite à cet univers sur le fil, seulement classable par les paresseux du rock’n roll. Ecran Total rassure totalement. Mustang creuse le sillon d’une œuvre qui a les cheveux dans le vent frondeur d’un rock épanoui, contestataire, ironique. Le titre Ecran total est un parfait exemple de lecture affutée de notre époque hyper-connectée à la sauce Mustang, synthépileptique, nerveuse, cinglante. Le sens des affaires, chanson obsédante, renvoie à la soumission volontaire des couillons magnifiques, Sans des filles comme toi rend un tendre hommage sur la corde aux demoiselles faciles qui font l’éducation de garçons peu éduqués. Enfin Les gens sérieux parle à mon cœur de desprogien uniquement certain d’être dans le doute. Tout le reste est à l’unisson et convainc que le groupe a fait son chouette trou dans le terreau des meilleures propositions françaises actuelles. Le texte est toujours intelligent, la musique jamais repue d’une formule déclinée. Et ce qui me renverse, c’est ce sens toujours présent de l’urgence qui rend Mustang terriblement contemporain.

Doit-on souhaiter à Ecran Total la même explosion médiatique en 2014 que celle vécue par Les Aline ou La Femme en 2013 ? Ou a-t-on encore un peu envie de se les garder au chaud d’une soirée électrique près d’un zinc poisseux, entre habitués, à écouter leurs drames de la vie conjugale, leurs peines de coqs sublimes de basse cour ? Réponse dans les prochains mois.


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