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Ma vie quotidienne en Islande ?

Publié le 05 avril 2014 par Vivreenislande @vivreenislande

Il est un peu plus de six heures du matin, le soleil pointe son nez. A l’est, le ciel se pare de teintes roses et violettes, à l’ouest, il est blanc et bleu de lumière. Affairée à l’évier, je rince les seringues que nous utilisons au travail pour administrer les médicaments par sonde stomacale. Et oui, encore un service de nuit qui se termine. Ma collègue va venir à sept heures pour le coup de chaud.

Ma vie quotidienne en Islande ? Je travaille dans un centre de services au personnes handicapées et malades.

Nous intervenons chez les personnes qui vivent de manière autonome, dans leur appartement. Nous avons également un foyer de répit où les enfants, adolescents et même adultes qui sont encore à la charge de leur famille viennent passer entre un et trois jours en semaine et un week-end par mois. Nous accueillons jusqu’à 7 enfants. Ce n’est qu’une grande maison avec quelques mamans et un grand frère (nous avons un employé de 20 ans, c’est le pote !). Une seule personne assure le service de nuit mais selon le besoin du groupe, nous pouvons être jusqu’à trois par service au foyer. Les visiteurs (ceux qui interviennent auprès des personnes autonomes) sont au nombre de 3 le jour et 1 le soir. Le foyer assure aussi la permanence de nuit pour tous ceux en ville qui reçoivent nos services.

Mais laissez-moi à nouveau vous parler de mon sujet favori : Bibi ! Mes chroniques, c’est un peu comme les livres de Martine. Vous avez eu Estelle au camping, Estelle aux toilettes, Estelle réfléchit (oui celui là il était dur !), Estelle voyage-conseil et aujourd’hui, quelle chance, c’est Estelle au travail. Donc aujourd’hui, c’était plutôt calme : juste deux crises d’épilepsie qui se sont bien terminées puisque l’enfant s’est tout de suite rendormi. Je me brosse les dents (ça m’aide à ne pas me sentir pâteuse) et je vais habiller un autre enfant tout de suite afin de lui permettre de continuer à dormir jusqu’à la dernière minute avant que le bus ne vienne tous les chercher pour les emmener à l’école. Quand je pense que mes gosses à moi ont juste droit à un joyeux : « Les enfants, debout c’est l’heure de se lever ! » suivi d’un moins joyeux : « Je vous préviens votre père part sans vous, merde, dépêchez vous ! », alors qu’au foyer, les enfants sont réveillés gentiment d’une voix douce et chantante : « debout, chéri (les islandais comme les anglais aiment ponctuer leur phrases d’un chéri, « elskan » pour montrer leur degré d’appréciation de leur interlocuteur) c’est l’heure de te lever, le bus va arriver pour t’emmener à l’école » Et ça chante et ça susurre, et on caresse les cheveux, ou on secoue légèrement une épaule afin d’aider doucement les enfants à quitter les bras de Morphée. Bon, dans la mesure où nous avons aussi des jeunes avec des troubles graves du comportement, mieux vaut la douceur si ça peut éviter de s’en prendre une dans la gueule. Ah mais je vous rassure, on peut aussi s’en prendre une juste parce que c’est comme ça ! Nous ne sommes pas obligés de provoquer. Ben non, sinon s’il y a provocation en connaissance de cause, le coup de poing est logique et mérité. Faut pas rigoler non plus !

Le petit déjeuner est servi : porridge, céréales, yaourt, médicaments et eau. Certains n’ont pas la capacité de s’habiller seuls, d’autres sont hyperkynétiques et ont simplement besoin d’un guidage verbal. Un peu dans ce genre là : « Chéri, lève -toi, c’est l’heure. Tu vas aller aux toilettes puis tu vas revenir t’habiller… » Le pipi du matin, nous perso, on le préfère dans la cuvette des toilettes, mais bon, notre philosophie est : une étape à la fois. Nous sommes satisfaits quand le pipi du matin est passé du pied du lit à la salle de bain. On touche au but quand on passe de la salle de bain à la direction générale des toilettes. Et c’est l’Euro Million quand les enfants se réveillent d’eux même pour aller à la salle de bain ! Ensuite, il y a les dents. Là nous ne sommes pas sectaires, et en démocrates convaincus, nous croyons que chaque dent a le droit de briller et d’être brossée vigoureusement. Il est évident que les propriétaires desdites dents ne sont pas aussi impliqués politiquement sur le sujet de l’hygiène buccale. Parfois, nous sommes obligés d’utiliser une certaine force de persuasion. Ah ben oui, les victimes des vilaines dames qui obligent à se laver les dents peuplent les cabinets d’analystes, c’est bien connu !

Alors, après, il y a le jogging… Non, je rigole mais bon parfois réussir à assurer que nos Speedy Gonzales partent à l’école habillés, chaussés, cartable sur le dos, relève de l’épreuve olympique. Ah si si j’vous promets qu’il faut avoir bon-pied, bon-oeil pour aider à se vêtir un ado qui a décidé d’aller à l’école en slip par -10°c. Heureusement, le chauffeur du bus le connaît bien le lascar; compréhensif, il repassera dix minutes plus tard. Elles furent amplement suffisantes pour habiller, coiffer et brosser les dents du jeune en question sans recours au placage au sol. OUFF… Ah mais c’est qu’on se marre bien au travail. Vous voyez les films de Steve Martin où il a 12 gosses, où tout va de travers avant de rentrer dans l’ordre ? Ben ça c’est ce que nous appelons le lundi.

vie quotidienne en islande

La maison vide, nous défaisons les lits de ceux qui repartent chez eux après l’école, mettons une machine en route et nous installons devant un café-tartines que nous dégustons en faisant le point sur l’étape suivante. Nous passons en revue les acquis de chaque enfant/ado et ce sur quoi il nous faut nous concentrer. C’est bien de faire le point, on réalise simplement si on maîtrise la situation ou pas et dans le rayon du « ou pas » j’ai encore des trucs à régler. Il me faut apprendre à choisir mes batailles et savoir ce qui est le plus important pour l’avenir de l’enfant. Est-ce que demander poliment est plus important aujourd’hui que de demander à aller aux toilettes ? Je vous gonfle avec mes toilettes hein ? Ben oui, mais si vous saviez quelle quantité astronomique de travail ça engendre !

Bref, il est 9h00 et je rentre enfin. Là où je vis, je traverse un pont pour rentrer chez moi. A droite Hekla, à gauche l’église. Ça me fait sourire à chaque fois. Surtout maintenant que les spécialistes nous mettent en garde contre une éruption prochaine de la demoiselle. Une fois rentrée, ben y’a le linge, mes poules (ouais j’ai des poules islandaises !), le dîner à envisager, les milliers d’autres trucs à faire avant que les enfants, mes enfants ne rentrent de l’école. Pause… Aaaaaaaaah… Et ça recommence !


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