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Wrong Cops : le retour des gendarmes en Amérique

Publié le 05 avril 2014 par Marcel & Simone @MarceletSimone

Quentin Dupieux (mieux connu par sa mère sous le nom de Mr. Oizo) est un musicien barbu qui fait des films étranges. Il y a d’abord eu Steak, beau et surtout improbable (Eric et Ramzy dans un film pas vraiment drôle et ambitieux ?) et qui avait commencé de révéler la vraie dimension du grand Eric Judor, qui semble ensuite avoir vécu une crise existentielle avant d’écrire et mettre en scène l’excellente et très personnelle série Platane.

Dupieux pendant ce temps là a réalisé le non moins improbable Rubber (l’histoire d’un pneu tueur) et a acquis une aura importante auprès de ses quelques spectateurs assidus parsemés dans des salles vides. Wrong Cops est la suite (ou le commencement, ou un « spin off » parait-il) de son film précédent, Wrong, dans lequel on retrouvait en bonne part les mêmes acteurs, mais aucun ne joue le même rôle et les deux films n'ont à peu près aucun rapport.

Alors, donc... Chez nous, en Amérique, quelque part entre Melun et Wisteria Lane. Un policier en slip vend de la beuh dans des rats morts et songe à la misère humaine en écoutant de la musique électronique dans son Ipod. Sous le regard inquiet de Marylin Manson déguisé en adolescent démaquillé va alors se dérouler une intrigue haletante à rebondissements (ou presque) avec des scènes d’action sanglantes et Eric Judor qui parle anglais et remue la tête en rythme, et à la fin une apparition du père de Robin Scherbatsky.

On a d’abord l’impression d’assister à une succession de sketchs. Des scènes s’enchainent et laissent deviner une sorte de ligne directrice mais c’est essentiellement n’importe quoi, on s’amuse (vraiment) sans trop saisir les enjeux. Et puis, derrière cet apparent non-sens disloqué que certains considèrent comme une paresse artistique (l’écriture automatique et le surréalisme appartiennent-ils à un art fainéant ?) apparaît une vraie cohérence. Dupieux n’est ni un musicien ni un cinéaste, il fait les deux en même temps. Ses compositions musicales sont plus que jamais très présentes dans le film, et même mises en abyme par plusieurs personnages, mais il y a quelque chose de musical dans l’écriture, le montage et la construction même du film. C’est d’ailleurs concret : c'est un mix. Le projet a débuté par le tournage d’un court métrage, puis de plusieurs autres, finalement mélangés au montage. Et cette allure de gros bordel, néanmoins soutenue par un semblant de trame narrative (on aurait presque l’indécence de penser à Pulp Fiction) cache le sens même du film, qui assume complètement de se perdre puisqu’il nous décrit la force et la beauté du chaos.

Et l’élégance de Dupieux, c’est qu’il aborde l’humour avec rigueur (comme tous les gens compétents dans cette discipline). Il y a une logique dans l’absurde, (presque) rien n’est gratuit, et tout est rattaché au réel et finalement à des questions sérieuses. Les personnages sont toujours improbables mais aussi souvent symboliques. Pas vraiment des policiers, mais le film n’est pas une parodie non plus (contrairement aux apparences), ce sont juste essentiellement des gens normaux qui portent un costume, même si la fonction de protecteur est parfois utilisée comme prétexte burlesque. On comprend très vite (dans ce film encore plus que dans les autres) que cette obsession de l’absurde n’a rien d’un artifice, de pirouettes habiles pour amuser les gens, c’est un geste désespéré et sincère. Si on peut dire que le film est drôle (et même parfois complètement hilarant), ses boutades se perdent souvent dans quelque chose de plus triste qu’un film sur le sida avec des acteurs qui gagnent des scars dedans.

Et il l’assume, finalement, à travers l’intervention finale du personnage principal qui insiste sur la nature dépressive de tout ça.

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