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Jazz Archive (Mezzo&INA): Thelonious Monk Solo. Paris. 1969.

Publié le 06 avril 2014 par Assurbanipal

Jazz Archive 

Mezzo & INA

Thelonious Sphere Monk Solo.

Paris. 15 décembre 1969.

Un film d'Henri Renaud et Bernard Lion dans la série " Jazz Portrait ".

DVD en vente libre

Thelonious Sphere Monk: piano

Ca commence avec Thelonious Monk (1917-1982) qui joue seul au piano entouré de types qui bavardent, fument et ne l'écoutent pas. Lui est dans son monde parallèle, créant son " Ugly beauty ".Ces Français sont bien irrespectueux envers un musicien majeur du XX° siècle, de santé psychique fragile de plus. Monk ne semble ne pas s'apercevoir de leur présence. Il a tout de même droit à un beau piano, un crocodile de chez Steinway. Il joue avec une grosse bague à chaque petit doigt.

Puis Monk joue, seul, tranquillement, sa musique. C'est le seul film où Monk joue seul durant 45mn et en couleurs, s'il vous plaît. Merci à Henri Renaud qui le premier, fit venir Monk à Paris en 1954 où il lui permit enregistrer son premier album solo alors même que Monk était méconnu à New York. Je reconnais les airs, pas les titres. Ils sont écrits au générique de fin du documentaire. Thelonious, en costume cravate, porte un petit bonnet de cuir noir surmonté d'un gland rouge. Où est-il allé chercher cet accessoire? Cela va avec sa barbe de prophète. Monk dans toute sa splendeur. La cigarette finit de se consumer dans le cendrier posé sur le piano. Quelle qualité d'émotion dans son jeu! Et puis, ce balancement. Dans toute l'étrangeté de son jeu, Monk n'oublie jamais la danse. Jamais avant, jamais après, ce piano n'a sonné de cette manière. 

Un temps de réflexion avant de continuer. Toujours du Monk. Pour oublier tout ce que vous avez appris sur le piano, rien de tel que Thelonious Monk en solo. Son pied droit bat bien la mesure. Monk, danseur assis.

Encore ce petit silence, ce petit temps de réflexion avant de continuer sachant que Thelonious Monk joue sans partition. Monk joue Monk. De quels mondes intérieurs sortait-il cette musique? 

Monk commence à suer. Il se donne à fond. Monk révise Monk. C'est toujours pareil et toujours différent. 

" Round about midnight ", le morceau le plus célèbre de Monk même si d'éminents docteurs en Jazzologie affirment qu'il s'agit d'une composition de Bud Powell, offerte par Bud en hommage à son maître Thelonious. Vous n'êtes pas Jazzman si vous n'avez pas joué ce thème. Monk est toujours le plus touchant dessus.

Une autre ballade dont il a le secret. " Misterioso " il me semble mais SGDG. Nous sommes toujours dans un univers parallèle au nôtre, celui de Thelonious Sphere Monk, ici et ailleurs en même temps. Un cliquetis dans l'aigu pour finir.

Il lit sa partition intérieure. Je ne reconnais pas cette ballade déglinguée. Quand Monk ne composait pas des standards, il les jouait, se les appropriant totalement comme sa version de " Just a gigolo " par exemple. Deux grands verres vides sont apparus sur le piano. Qu'a t-il bu? Un autre mystère de Monk.

Monk sue toujours ce qui ne l'empêche pas de créer. Un de ses standards à nouveau. Vu ce qu'il sue, il faut lui donner à boire, à cet homme. Monk a un micro sur le piano à hauteur de sa bouche mais il ne parle pas, il joue.

Tiens, pour la première fois, il enchaîne sans pause. Je ne connais pas ce thème mais, quel que soit son auteur, c'est du Monk. Son pied droit ne fait pas que danser. Il appuie aussi sur la pédale.

" Nice work if you can get it ", un standard qu'affectionnait Monk. Parfois, son regard se perd au loin comme s'il cherchait quelque chose. Puis ses yeux plongent vers le piano. Pour autant, Monk reste droit, ne plonge pas dans le piano pour jouer comme Bill Evans ou Keith Jarrett. Même sa pompe à la main gauche lui est irréductiblement personnelle.

Soudain Monk se lève et s'en va. Tous les titres défilent au générique pour ceux qui, comme moi, ne les ont pas reconnus. 

BONUS:

quelques images du séjour de Monk à Paris. Henri Renaud l'accueille à Orly en provenance de Zürich (Suisse). Monk porte son bonnet de mandarin chinois accompagné de son épouse, de la mère de ses enfants, de son ange gardien, Nellie. Pour lui, en 1969, ça marchait enfin. La preuve, pour ce séjour parisien, il logeait au " Prince de Galles ". 15 ans avant, à New York, Monk ramassait les bouteilles consignées dans les bars pour gagner de la monnaie. 

Plus intéressant, la répétition. Un mystère résolu: Monk buvait un soda américain mondialement connu dont la recette fut créée par un Corse. La bouteille sur le piano le prouve. Monk cherche le son du piano. Henri Renaud essaie d'interviewer son collègue pianiste Thelonious Monk. Mission très délicate. Il lui fait même répéter les réponses. Monk ne s'exprimait que par sa musique. 

Thelonious, pourquoi avez vous mis votre piano dans la cuisine de votre appartement?

Parce que c'est la plus grande pièce de l'appartement, la seule qui puisse contenir un piano à queue. Réponse d'une logique implacable.

En 1954, pour votre premier concert à Paris, salle Pleyel, votre musique était trop d'avant-garde pour le public français. 

J'avais ma photo en couverture des magazines. J'étais la star, les gens venaient me voir mais je ne recevais pas l'argent.

" Bernard, celle là, on peut l'effacer! " dit Henri Renaud à son complice, Bernard Lion.

Lequel des deux est le plus gêné par la situation?

" Can you say something in french, Thelonious? "

" Merci beaucoup "

Grand moment de solitude pour l'interviewer. 

Mieux vaut écouter Thelonious Monk jouer. Sa musique dit tout de lui.

Extrait de cette émission, Thelonious Sphere Monk joue sa composition " Crepuscule with Nellie " dédié à son épouse Nellie Monk. Rien à ajouter.


 

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