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Les derniers planteurs de fumée

Par Absolut'lit @absolute_lit

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« Il était une fois dans sa chambre d'hôtel un homme à sa fenêtre qui attendait la mer.
Il avait entendu son rire un soir d'enfance au fond du jardin, derrière le rideau de peuplier qui balançait le vent, et il n'avait plus cessé depuis de penser à elle et de la chercher partout, car elle avait disparu sans prévenir, un beau matin. 
»


C'est l'histoire d'un voyage commencé à la dernière phrase, un voyage à contre-temps, enfin non, à contre-courant du sens de lecture, à contre-roman, en quelque sorte. Ce genre de voyage qui nous fait revenir sur nos pas, parce qu'on n'a rien vu, la première fois.
Un voyage, entrepris par les mots, qui empruntent des métaphores, des raccourcis qui font ralentir, des sens qui laissent interdits, où chaque rue porte un nom de souvenir et conduit celui qui se laisse guider vers la mer, celle de l'enfance, amné-otique, qui a bercé nos corps, et nos cœurs en apnée.
À la fin duquel « on naît sans souci, n'importe où »
C'est un voyage qu'on fait à côté de Rimbaud, Verlaine, Segalen et Cendrars, « qui tiennent à merci l'horizon au bout d'un vers et déboutonnent les confins comme une chemise de papier » le long de la Meuse, de la Semois, vers « des terres lointaines où l'on aborde jamais, sauf en rêve, lorsque le soir tombe infiniment et que le ciel est d'un rouge d'opéra ». Une traversée au cours de laquelle le cœur s'apaise, et le pouls de la terre.
À la fin de laquelle tout se remet en branle car c'est loin d'être fini, c'est loin, encore, le commencement, surtout si on l'attend.
C'est la vie expliquée à la réalité, une cartographie (pour les débutants que nous sommes) du « chemin frémissant, vertigineux, fruité de l'enfance et son goût violent de vivre dans la fugitive beauté des choses ». C'est un « escalier où [volent] des anges de pierre », « un cerisier qui ne donne que des merles ». Une évidence, en quelque sorte.
C'est une dernière phrase comme une fleur, qui, une fois éclose, nous délivre les « souvenirs qu'on tait et qui montent tout seuls dans l'air comme un nuage léger, âcre un peu, parfumé, vers les clignotantes lumières du fond des âges »
Suivons-le, maintenant, de nouveau, enfin, ce poète, ce chemin, retournons le long de la rivière aux écailles en reflets du jour. Et « pourvu que sur ses traces, avec les semelles de vent qu'on a dégottées Dieu sait où, dans quelle enfance, on puisse chercher encore et encore « le lieu et la formule » de vivre éperdument. »

Note : "du bonheur tout doux qui fait son nid derrière la nuque"


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