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Viticulture biologique : Comment lutter contre la flavescence dorée ?

Publié le 07 avril 2014 par Bioaddict @bioaddict

L'association professionnelle Sudvinbio vient de publier les recommandations pour lutter de façon écologique contre l'insecte responsable de la flavescence dorée, une maladie incurable et mortelle de la vigne. Viticulture biologique : Comment lutter contre la flavescence dorée ? 

Le cahier des charges de l'agriculture bio interdit l'utilisation des pesticides de synthèse. Il est donc normal que les viticulteurs bio n'utilisent pas ces pesticides pour traiter leurs vignes. Aussi quand le viticulteur bio Emmanuel Giboulot a reçu en 2013 un ordre préfectoral l'obligeant à traiter avec des produits chimiques non bio ses 10 hectares de vignes exploités en biodynamie en Côte d'Or, il a naturellement refusé. Mal lui en a pris car il s'est retrouvé devant le tribunal avec le risque d'être condamné à 6 mois de prison et de payer une amende de 30 000 euros.

Deux logiques contradictoires

Dans cette affaire deux logiques s'affrontent. Celle du viticulteur bio qui veut et qui doit naturellement respecter le cahier des charges bio et de la biodynamie, et celle du Préfet qui veut protéger les vignobles bio contre la flavescence dorée, une maladie très contagieuse incurable et mortelle pour la vigne, et qui considère que seuls les pesticides de synthèse sont efficaces face à la cicadelle, l'insecte responsable de cette maladie.

Qui a raison ?

Emmanuel Giboulot estime que l'insecticide, qu'il aurait dû utiliser, n'est pas sélectif et aurait certes détruit la cicadelle, mais aussi une partie de la faune auxiliaire sur laquelle il s'appuie pour sa culture en biodynamie, et aurait réduit à néant tous ses efforts pour développer des approches alternatives depuis qu'il s'est lancé dans le bio en 1985.

Le Préfet estimait lui que l'intérêt général devait l'emporter sur l'intérêt particulier et que face à une maladie aussi redoutable pour les vignobles il ne fallait prendre aucun risque en sachant qu'il existe un décalage d'environ un an entre la contamination des ceps par la cicadelle et l'apparition de la maladie.

Le Tribunal a cependant considéré que les explications d'Emmanuel Giboulot étaient bonnes et il ne devrait écoper que d'une amende de 1000 euros, dont la moitié avec sursis. La décision définitive du tribunal devrait être annoncée dans les prochains jours.

Alors que faire en pratique en viticulture bio face à cette maladie? Les traitements bio peuvent-ils être efficacement utilisés ?

Les recommandations de Sudvinbio

Sudvinbio, l'Association interprofessionnelle des vignerons bio du Languedoc-Rousillon, a mené des travaux de recherche en viticulture et oenologie biologiques dont les résultats seront prochainement publiés.

Ces travaux montrent qu'il est indispensable de jouer " collectif ", que l'on fasse de la viticulture bio ou conventionnelle, pour lutter contre cette maladie présente en France depuis les années 1950, dont les symptômes n'apparaissent qu'environ un an après la contamination des ceps, et qui concerne la moitié du vignoble français.

Sudvinbio préconise ainsi de mettre en oeuvre les mesures suivantes :

- Implanter des ceps indemnes de la maladie. Dans les zones où des foyers ont été détectés, les pépiniéristes doivent donc traiter les plants par chauffage à 50° pour détruire les bactéries.

- Assainir les vignobles en organisant des campagnes de prospection mobilisant tous les vignerons, bio ou non, à l'échelle d'un territoire pour repérer les ceps contaminés, les arracher, et suivre les populations de cicadelles.

- Maîtriser les populations de cicadelles par des mesures prophylactiques et la lutte insecticide en sachant qu'en viticulture biologique, le seul produit autorisé est le pyrèthre naturel extrait des fleurs d'une plante herbacée vivace, le pyrèthre de Dalmatie. Ce produit attaque le système nerveux de la cicadelle mais aussi de nombreux autres insectes , il contribue donc malheureusement à détruire la biodiversité qui est notamment la base de la viticulture en biodynamie. Il est cependant beaucoup moins toxique que les pyréthrinoïdes de synthèse qui ont une toxicité considérable et tuent presque instantanément les insectes par choc neurologique.

Le nombre de traitements par le pyrèthre naturel dans les zones en " P.L.O. " (périmètre de lutte obligatoire) est décidé par arrêté préfectoral et est limité à 3 maximum. De faible rémanence (ses effets durent peu de temps), il se dégrade rapidement en particulier sous l'effet de la lumière, et démontre une bonne efficacité. Quant aux traitements alternatifs , selon Sudvinbio, les recherches, ou les essais de lutte biologique, n'ont donné que peu de résultats.
Hervé de Malières


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