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Her

Publié le 07 avril 2014 par Olivier Walmacq

Un homme en passe de divorcer tombe amoureux de son nouveau système technologique...

Her : Affiche

La critique artificielle de Borat

Au cinéma, l'Homme est souvent tombé amoureux de n'importe qui ou quoi que ce soit des femmes, des hommes, des drag-queens, des robots, des aliens... Spike Jonze fait encore mieux en faisant tomber amoureux Joaquin Phoenix et un système d'intelligence artificielle nommé OC. Pour son premier projet original (il a scénarisé Max et les maximonstres mais c'était une adaptation) sans l'ami Charlie Kauffman (il lui doit ses deux premiers films), le réalisateur n'a pas choisi la voie la plus facile mixant comédie-romantique alambiquée et la science-fiction discrète. D'autant que Spike Jonze nous avait manqué. Après son adaptation de Maurice Sendak (auquel il dédie Her tout comme James Gandolfini qui était la voix du monstre principal), nous avons eu droit à quelques clips dont ceux pour Arcade Fire (dont une version longue de The suburbs) ou le court-animé Mourir auprès de toi, mais on avait hâte de retrouver ce réalisateur aussi singulier qui plus est avec Joaquin Phoenix en acteur principal (comme d'habitude irréprochable et sérieusement touchant en amoureux transi). Par ailleurs, je tiens à signaler qu'il faut absolument voir le film en VO (bien que les sous-titres français ne prennent jamais en compte le nombre incalculable de "fuck" que l'on entend bel et bien) compte tenu du contexte, puisqu'un film promu avec Scarlett Johansson sans l'entendre ni la voir serait bien ridicule ainsi. 

Her : Photo Joaquin Phoenix

Car la miss n'est jamais visible physiquement, puisqu'elle double le système d'intelligence artificielle en question et son interraction avec Phoenix marche du tonnerre. C'est rare qu'un acteur dont on n'entend que la voix dans un film live réussisse à dépasser ce statut et à transcender son physique par une vraie présence (surtout avec la miss Johansson qui a des atouts visuels indéniables, mais il faut que le célibataire sorte de ce corps... -NDB). La miss Johansson réussi son coup puisque sans être vivante sous nos yeux, elle est toujours dans l'action et ne pas la voir permet au spectateur de se l'imaginer. Samantha peut être n'importe quelle femme et n'a pas besoin d'avoir le physique de Scarlett Johansson. Et à vrai dire tant mieux! C'est d'ailleurs ce qu'il y a de bien avec l'amour, cela peut tomber sur n'importe qui et surtout cela n'a parfois rien à voir avec le physique. C'est ce que symbolise l'amour entre Theodore et Samantha: ils n'ont pas besoin du physique pour s'aimer et c'est ce qui est le plus beau dedans. Preuve en est lors de cette scène où la terriblement jolie Portia Doubleday joue le rôle de Samantha afin d'avoir une relation passionnée avec Theodore et rien ne se fait pour la simple et bonne raison qu'il n'y a pas de sentiment. 

Her : Photo Joaquin Phoenix, Rooney Mara

Cela contrebalance également avec la précédente romance de Theodore avec Catherine (Rooney Mara également craquante, en fait votre interlocuteur est tombé totalement amoureux du casting féminin d'Her à l'image du personnage de Phoenix -NDB), où il semblait subir le tempérament de son ex-femme, constamment renfermé sur elle-même au point d'épouser ce point de vue. Ainsi, c'est un personnage complètement replié sur la technologie pour oublier sa solitude que l'on rencontre dans les premières minutes. Un célibataire qui ne veut pas divorcer, qui croit encore qu'il peut reconquérir sa femme et qui trouve en une intelligence artificielle un amour passionnel et fascinant. Comme pour des films comme AI de Steven Spielberg et Wall-e d'Andrew Stanton, Spike Jonze démontre qu'une intelligence artificielle peut avoir des sentiments et développer des sentiments terriblement humains. Samantha fait tout pour son Jules: elle classe ses e-mails, lui demande si tout va bien, lui conseille des vêtements... Mais curieusement, elle veut plus. Pour le coup, c'est le sens inverse des relations homme-femme en général où très souvent, c'est plutôt l'homme qui veut toujours coucher et trouve qu'il patauge. C'est ainsi que la relation devient plus difficile. J'ai déjà évoqué la scène de sexe qui a mal fini, mais il y a aussi le réseau des OC, ces intelligences artificielles qui vous servent tellement, qui devient incroyablement grand. Une sorte de Skynet inoffensif mais très envahissant.

Her : Photo Olivia Wilde

L'air de rien, via le personnage de Samantha, Spike Jonze nous interroge sur notre façon de s'attacher à une certaine technologie, ce côté artificiel qui nous rend si dépendant que ce soit des smartphones, des ordinateurs ou les réseaux sociaux pour ne citer qu'eux. Il faut toujours un déclic pour pouvoir stopper ce genre d'activités mais quand? Sans compter que Jonze joue sur un aspect science-fictionnel simpliste, jouant beaucoup sur le possible Samantha étant une version évoluée de Siri, ce système d'Apple qui vous répond lorsque vous lui posez une question. Il y a aussi l'appareil de Samantha qui ressemble à un Ipod nano vieillot. D'ailleurs, le film ne fait pas de publicité pour la marque même si on y pense, toute la différence avec certaines grosses productions (The girl with the dragon tattoo par exemple). Le plus ironique est d'ailleurs que la bande-annonce reprenait un des thèmes d'une publicité d'Apple (en mettant la vidéo vous reconnaîtrez assez rapidement la musique). On admire également le ton du film qui oscille aussi bien entre comédie pure et moment d'émotion terrible. Ma scène préférée est probablement la chatroulette virtuelle, grand moment d'hilarité totale où la jouissance vous permet de dire une énormité comme "étrangle moi avec le chat mort!" Surtout que la scène est entièrement montré sur Phoenix coupé au niveau du torse et l'on ne voit jamais son interlocutrice. Soulignons également la charmante musique d'Arcade Fire et surtout la très jolie chanson de Karen O The moon song

Her : Photo Amy Adams, Joaquin Phoenix

Un très beau film sur l'amour, le pouvoir de l'intelligence artificielle et notre rapport au futile; et souligné par un casting juste fantastique.

Note: 18/20


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