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[Critique Rétro] Blancanieves

Publié le 07 avril 2014 par Pauline R. @Carnetscritique

de Pablo Berger.

Sorti le 23 janvier 2013.

Carmencita (Sofia Oria).

Carmencita (Sofia Oria).

          Blancanieves est l’adaptation la plus audacieuse mais également la plus intelligente qu’il ait été donné de voir de Blanche Neige. L’action du conte des frères Grimm est transposée en Espagne, dans les années 20. Toute l’histoire se déroule dans le milieu de la Corrida. La jeune Carmen se retrouve sous la responsabilité de sa belle-mère après qu’un grave accident de corrida lui ait enlevé son père. Elle doit alors survivre dans de terribles conditions, avant de faire la connaissance des nains qui l’aideront à s’épanouir…ça vous rappelle quelque chose ?

  Le film est entièrement muet. C’était un pari très risqué de la part du réalisateur Pablo Berger que de mettre en scène un film de ce type de film en 2012 ! Mais quel talent et quelle créativité ! Le film est extrêmement sonore car la musique, très sombre et/ou traditionnelle (flamenco), enveloppe le spectateur. Elle guide intensément l’action, comme les dialogues pourraient le faire. Elle est également essentielle à l’ambiance dramatique du film : les violons en pizzicato et la contrebasse sont très inquiétants. Les bruitages rythment les plans. Il y a peu de raccords doux (« fondus ») entre les images : les transitions sont nettes, sèches. Le noir et blanc, coupé à la serpe, à l’influence surréaliste, ajoute encore plus de tension : le climat est glacial et le danger plane constamment. Le montage est souvent violent et très rapide, surtout lorsqu’il suit la musique ou le mouvement des personnages. Mais le réalisateur joue parfois, comme Jean Epstein ( La Chute de la Maison Usher ), avec les surimpressions. Les images se fondent, jouent ensemble pour brouiller le réalisme du plan. Quelques séquences sont d’ailleurs, grâce à cela, d’une grande poésie visuelle. Le film s’adoucit enfin lorsque Carmen rencontre les nains. La narration est alors plus légère, le ton plus joyeux, et le montage s’apaise.

   Bien que muet, le film est d’une étonnante modernité. Il fait évidemment référence aux plus grands films muets (ouverture à l’œilleton, cartons, noir et blanc, maquillage)  mais la caméra embarquée ou le montage de certaines scènes rappellent bien que c’est un film du XXIème que l’on voit. Rarement on a autant vu la modernité et la tradition s’enlacer aussi parfaitement.

Carmen/Blancanieves (Macarena Garcia)

Carmen/Blancanieves (Macarena Garcia)

       Blancanieves ne serait pas aussi puissant sans un excellent casting. Les deux actrices jouant Carmen enfant puis adulte, Sofia Oria et Macarena Garcia, sont magnétiques. Elles dégagent toutes deux beaucoup de pureté et une beauté absolue. Blanche Neige, qui pouvait peut-être paraître un peu fade chez Disney, devient ici incarnée de la plus belle des manières, avec douceur et puissance. Maribel Verdù apporte à la belle-mère son visage fin et découpé, qui se prête parfaitement aux contrastes du noir et blanc. Elle rend son personnage fascinant et maléfique.

        Blancanieves est un objet visuel absolument brillant et bouleversant. Dès les premiers instants, le son nous emporte, la photographie nous fascine, et le spectateur se laisse entraîner, en oubliant complètement l’absence de dialogues. Au fur et à mesure, on s’amuse à retrouver les principaux axes du conte, détournés de manière délirante, inspirée et intelligente.

                           Pauline R.

La marâtre (Maribel Verdù).

La marâtre (Maribel Verdù).


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