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Via de la Plata. Étape 10. Sous l'arc de Capara

Publié le 08 avril 2014 par Sylvainbazin


Malgre une nuit encore un peu trop courte a mon gout, ou a ma fatigue plutot, je repars de bon pied ce matin, après un petit dejeuner ou j'ai recroise mes hollandaise et le patron du bar, qui cultive un accueil un peu bougon mais pas mechant.
Le paysage y est pour quelque chose: c'est vite bien joli. Comme l'etape est assez courte (42 kilometres cette fois certifies), je ne suis pas inquiet et même d'humeur primesautiere: il faut dire aussi que le soleil brille déjà et que la journee s'annonce belle.
Dans une belle campagne bien vallonnee, je fais quelques rencontres: de jolies vaches, fieres iberiques noires aux cornes en guidon de velon, qui ne font pas la publicite pour le chocolat que j'ai emporte dans mon sac en prevision des 40 kms "sans possibilites de ravitaillement" qui s'annoncent, mais aussi des chiens, a qui j'expliquent aimablement que leurs aboiements doivent etre l'expression d'une grande frustration affective ou quelque chose comme ca. Ils ne m ecoutent guere et redouble de vindication, en general, mais tant qu'ils sont derrieres leurs clotures, ca ne me derange pas!
J'en rencontre d'ailleurs un autre, bien gros, un peu plus loin, sur le chemin, gardant son troupeau de mouton. Je ne lui explique aucune fumeuse theorie freudienne et vais mon chemin. Le berger n'est d'ailleurs heureusement pas tres loin.
Le decor, chemin herbeux entre chenes verts et rochers, l'horizon barre par des montagnes aux sommets enneiges, est plus que beau. Je chemine avec aisance. Depuis ce matin, j'ai la chanson de Thomas Fersen, Le bal des oiseaux, en tete, et cela reflete mon etat d'esprit.  
Le seul element qui modere mon enthousiasme est l'eau qui innonde le chemin et accessoirement mes chaussures et mes pieds: je franchis de nombreux arroyos qui, si mon guide les signales comme de gentils ruisseaux coulant a peine, m obligent a me mettre de l'eau jusqu a mi-mollet et même plus haut. Mes pieds, qui sont un peu comme des sabots avec toute la corne accumulees, n'aiment pas. Ils ont du mal a secher, mes petites blessures deviennent douloureuses.
Après avoir fait une petite pause dans ce joli decor et avale ce qu'il reste de ma tablette de chocolat Milka, toute fondue par ce beau soleil, je repars et passe sous l'arc de Campara, un vestige romain sur la voie romaine, c'est logique, que je suis en fait depuis quelques jours.
C'est un bel arc de triomphe bien conserve, et il est devenu le symbole de cette Via de la Plata. C'est pour moi aussi un peu symbolique de le franchir.
Il n'y a pas foule: seul un archeologue, en pleine fouille a cote de l'arc, me salue et me souhaite " buon camino".
Je ne rencontrerai d'ailleurs de pelerins qu'a l'etape aujourd hui. Après l'arc, le chemin devient tellement marecageux que je l'abandonne pour marcher sur la petite route de service qui le borde, jusqu a l'approche de Al del Camino, ou la je navigue sur des bouts d'ancienne nationale desaffectee et tranquille, puis sur la nationale elle-meme, au pied des montagnes.
Le temps de tenter d'explique a des cigognes que de construire leur nid sur un pilone electrique est une curieuse idee (et d'essayer de les prendre en photo aussi) et de commencer a avoir mal au pied, et j'atteins le petit bar signale sur mon guide, a trois kilometres d'aldenueva. J'y enfourne un bocadillo et un verre de rouge, faut bien ca, avant d'effectuer, au bord de la nationale, c'est moins drole car les bords de nationale manque de poesie, les trois derniers kilometres du jour.
Le soleil commence a taper, et a me rougir les bras, du coup je pense a mes amis qui courent en ce moment le marathon des Sables. Mohamad, Rachid, Christophe, Cyril, Pam...ils sont nombreux en ce moment a se faire rotir dans le sahara. Il y a deux ans, tres deprime, le coeur brise par une peau de vache, enfin par une jolie vache deguisee en fleur, j'etais avec eux, avant de partir vers Saint-Jacques et j'avais bien souffert, surtout psychologiquement. Je suis bien mieux aujourd hui, seul et presque serein sur ce chemin que je veux etre le mien.
Solitaire, ma soiree ne le sera pas car l'auberge, tres bien tenue, a curieusement fait le plein: ce sont des pelerins qui ont dormi un peu a l'ecart du chemin et effectue aujourd hui les 25 derniers kms, ce qui fait que je ne les ai pas doubles. Du coup, je dine en anglais et en allemand, avec une bonne compagnie.

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