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Municipales à Paris : les maires d’arrondissement sortants ont réalisé de meilleures performances

Publié le 08 avril 2014 par Delits

Samedi, Anne Hidalgo est devenue la première femme maire de Paris. La victoire de la gauche dans la capitale a été large, mais les socialistes et leurs alliés n’ont cependant pas été épargnés par la lame de fond défavorable à la gauche : ils perdent un arrondissement (le neuvième) et reculent en voix par rapport à 2008 dans tous les secteurs. Cette évolution n’est cependant pas uniforme et la « prime au sortant », c’est-à-dire le bénéfice électoral d’un maire qui concourt à sa réélection, a été réel à gauche. La désaffection des électeurs a été moins forte à l’égard des maires qui avait déjà effectué un mandat auparavant.

Les listes socialistes conduites par des sortants ont mieux résisté à l’érosion des voix

Le graphique ci-dessous montre l’évolution du nombre de voix qui se sont portées, au premier tour, sur les listes socialistes et alliés (PCF, PRG et MRC) entre 2014 et 2008.

Evolution paris gauche 1er tour

Le premier constat est celui d’une diminution généralisée et massive de l’électorat de ces listes entre les précédentes élections en 2008 et celles de mars dernier. En moyenne, par arrondissement, les listes socialistes perdent 7,3 points1, et dans aucun arrondissement elles n’ont progressé entre 2008 et 2014 au premier tour. Ce recul s’échelonne de -0,73 points dans le 5e arrondissement (le seul qui avait une chance de basculer à gauche à l’issue de ces élections et où l’électorat de gauche semble s’être bien mobilisé : c’est dans le 5e arrondissement que l’abstention a été la moins forte) à -11,09 points dans le 4e arrondissement.

Dans les arrondissements dirigés par un maire socialiste de 2008 à 2014 (barres roses et rouges dans le graphique), les écarts sont également très importants, démontrant que les « bastions » ne résistent pas mieux, et disparates : de -1,02 points dans le 20e arrondissement à -11,09 dans le 4e. Cependant, le recul est globalement moins fort dans les arrondissements où le maire élu en 2008 concourrait à sa réélection (barres en rouge) que dans les cas où une nouvelle tête de liste se présentait aux suffrages (barres roses). Il est ainsi très éclairant que les moins fortes baisses dans les arrondissements de gauche concernent le 20e, où Frédérique Calandra briguait un deuxième mandat, le 10e, où la tête de liste, Rémi Féraud est maire depuis 2008, et le 13e, où Jérôme Coumet concourrait également à une première réélection. En moyenne, les listes des maires sortants reculent de 4,8 points par rapport à 2008. Dans les arrondissements détenus par la gauche où la tête de liste était différente de celle de 2008, le recul s’est élevé à -9,7 points.

Dans le troisième arrondissement, le recul du maire, Pierre Aidenbaum, est plus important (-8,54 points) que pour les autres candidats PS qui étaient maires sortants et se rapproche par conséquent plus de celui enregistré dans les arrondissements de gauche où se présentait une nouvelle tête de liste. Ce résultat tend à confirmer les enseignements de Pierre Martin sur cette « prime au sortant », maximale pour le deuxième mandat mais qui s’essouffle par la suite. Pierre Aidenbaum semble donc souffrir de cette usure du pouvoir, celui-ci se représentant pour un quatrième mandat à la tête du troisième arrondissement. Pour les maires candidats après un seul mandat, la prime est en revanche nette : en moyenne, ils ont réalisé un score de 6 points supérieur à celui des candidats non sortants se présentant dans des arrondissements détenus par la gauche.

Ce gain ne semble devoir s’expliquer par aucun autre facteur autre que cette prime au sortant. Ainsi, par exemple, il est indépendant du poids électoral de la gauche. Ces maires candidats à un deuxième mandat se présentent en effet dans des arrondissements profondément ancrés à gauche et il ne serait pas inconcevable que la gauche résiste mieux dans ses « bastions » parisiens. Cependant, les listes socialistes reculent beaucoup plus fortement dans des arrondissements où le poids électoral de la gauche en 2008 ou à la présidentielle de 2012 est équivalent voire supérieur à celui dans ces trois arrondissements (notamment dans le 11e ou le 19e). Ces résultats ne s’expliquent pas non plus par la multiplication des candidatures de gauche au premier tour. Au contraire, les 10e, 13e et 20e arrondissements, où cette prime au sortant est constatée, sont les seuls où des listes « divers gauche » étaient présentes en plus des listes du Front de gauche et de l’extrême-gauche, ce qui jouait en défaveur des listes socialistes.

Pour les écologistes, pas de prime au sortant dans l’arrondissement qu’ils détiennent

Dans le deuxième arrondissement, détenu par les écologistes depuis 2008, cette prime au sortant n’est pas présente. Au premier tour, dans cet arrondissement, la liste EELV progresse certes de 3,03 points par rapport au score obtenus par les Verts en 2008, mais la liste de Jacques Boutault réalise une performance assez proche de la moyenne écologiste dans la capitale. Les listes d’EELV ont en effet progressé dans tous les arrondissements à l’exception du 16e (-0,11 points par rapport à 2008). En moyenne, ils augmentent leur score par arrondissement de 2,1 points. Cette progression est un peu plus forte si l’on ne regarde que les arrondissements de gauche (+2,4 points).

Evolution paris eelv 1er tour

Au second tour non plus, Jacques Boutault, à la tête d’une liste d’union de la gauche, ne bénéficie pas de « prime au sortant ». Son score de 2014 est inférieur de 10,1 points à celui de 2008. En moyenne, dans les arrondissements de gauche, au second tour, les listes de gauche ont reculé de 9,6 points2.

A droite, une prime au sortant se dégage également

Pour la droite, la situation est plus difficilement lisible du fait des dissidences en 2008 et en 2014. Au premier tour des élections de mars dernier, en parallèle du recul de la gauche parisienne, la droite a globalement progressé, mais pas forcément les listes UMP et alliés du fait de la présence d’autres listes de droite.

Evolution paris UMP 1er tour

Ainsi, l’impressionnant recul de la liste UMP au premier tour dans le 5e arrondissement par rapport à 2008 (-9,45 points) s’explique largement par la présence d’une liste dissidente conduite par Dominique Tibéri, qui a obtenu 19,43 % des voix (alors que les deux listes divers droite en 2008 avaient réalisé environ 3 % des voix au total). Au total, dans le 5e arrondissement, la performance de la droite (UMP + divers droite) est à peu près équivalente à celle dans les autres arrondissements. De la même manière, le recul de la liste de Rachida Dati dans le 7e arrondissement s’explique par la multiplication des listes de droite (4 en dehors de la liste de Rachida Dati et de celle du FN contre 2 en 2008). Dans le 8e arrondissement, la liste officielle de l’UMP avait été, en 2008, devancée par celle du dissident François Lebel, qui est redevenu maire de l’arrondissement. En 2014, une nouvelle liste « divers droite » a recueilli un nombre important de voix dans cet arrondissement, celle de Charles Beigbeder. Ces exemples montrent que la comparaison avec l’élection précédente apparaît pour le moins hasardeuse pour les listes UMP au premier tour. Et le second tour n’apparaît pas un meilleur terrain d’études : seuls 4 arrondissements de droite ont connu un second tour en 2014, et dans deux d’entre eux, deux listes de droite étaient présentes. En outre, en 2008, le MoDem avait créé des triangulaires dans deux de ces arrondissements.

Pour y voir plus clair, le plus simple est peut-être, paradoxalement, de repartir des scores des listes socialistes et alliés au premier tour. Dans les arrondissements détenus par la droite, celles-ci reculent en moyenne, par rapport à 2008, de 6,1 points au premier tour. Dans ceux où le maire sortant se représentait, le recul s’élève en moyenne à 7,5 points et dans les autres, où une nouvelle tête de liste était présente, à -2,0 points. Ainsi, les listes de gauche ont davantage reculé là où un maire sortant était présent, ce qui semble bien démontrer le phénomène de « prime au sortant » à droite également. Ces maires sortants ont joué comme des obstacles supplémentaires pour la gauche.

En revanche, pour la droite, aucun essoufflement de la prime au sortant au fur et à mesure des mandats n’est perceptible à travers ces données : après trois mandats, Jean-Pierre Lecoq, dans le 6e arrondissement, résiste aussi bien face aux listes socialistes que les autres maires de droite. Dans le 1er arrondissement, Jean-François Legaret, qui briguait pour la troisième fois la mairie d’arrondissement, voit les listes socialistes reculer très fortement au premier tour et réussit à se faire élire dès le premier tour, contrairement à 2008 où il avait dû affronter un second tour de scrutin.

La prime au sortant a donc bel et bien joué pour les maires socialistes et UMP des arrondissements de Paris. En outre, pour les maires socialistes, on peut supposer qu’il existe une perte d’efficacité de cette prime lorsque le maire enchaîne plusieurs mandats. Cet essoufflement n’est pas perceptible à droite, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que l’électorat de droite est moins sensible à la question du cumul des mandats que celui de gauche.

Dans le contexte parisien, l’existence de cette prime justifie le discours de ceux qui ont plaidé en faveur de la reconduite des sortants, au détriment du renouvellement des élus. Cependant, cette prime au sortant n’est pas un sésame absolu. Elle n’offre par exemple qu’un faible secours face au contexte national de ces élections municipales où la gauche a connu une défaite historique. Bien que les maires sortants des arrondissements parisiens de gauche aient subi un revers moins important, leur électorat s’est également largement effrité, ce qui aurait pu les emporter vers la défaite dans le cas d’un scrutin plus serré que celui de Paris.

  1. NB : moyenne non pondérée par la population des arrondissements. Il s’agit du recul moyen par arrondissement, un peu différent du recul sur l’ensemble de Paris (-7,48 points), la gauche ayant un peu plus reculé dans les arrondissements les plus peuplés. [Revenir]
  2. NB : le 20e arrondissement n’a pas été pris en compte dans cette moyenne du fait de la présence de deux listes de gauche au second tour [Revenir]

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