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Un ver de terre dangereux

Publié le 09 avril 2014 par Goure

Vous avez un jardin, lisez ce qui suit afin de pouvoir débusquer un ennemi qui risque de tuer tous les lombrics qui sont les bienfaiteurs de votre terre:

Classé parmi les cent espèces invasives les plus néfastes au monde, «Platydemus manokwari», venu de Nouvelle-Guinée, a été identifié à Caen en 2013. Face à la menace, un appel à tous les jardiniers et un réseau d’alerte citoyen ont été lancés.

«Sur le sol, il dévore tout»

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Car la minuscule bestiole est un redoutable carnivore, un prédateur de mollusques terrestres. «On sait de manière certaine que partout où le Platydemus manokwari s’est installé, il a détruit toute la faune d’escargots autour de lui, alerte Jean-Lou Justine. Pire encore, une fois les escargots engloutis, «il dévore tout ce qui se trouve sur le sol et qui est mou comme les vers de terre». Or, les lombrics jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes et la biodiversité terrestre. En creusant des galeries, en remuant constamment et en profondeur le sol, ils l’aèrent et le fertilisent. Par ailleurs, beaucoup de petits animaux comme les oiseaux, les taupes ou les hérissons se nourrissent de vers de terre. Le plathelminthe de Nouvelle-Guinée risque donc de mettre en péril tout une chaîne alimentaire et d’entraîner une catastrophe écologique : la disparition des lombrics.

Platydemus manokwari a été découvert pour la première fois, en France et en Europe, en 2013, dans une serre du Jardin des Plantes de Caen (Calvados). Les huit spécimens ont été prélevés, envoyés vivants à Paris, où les chercheurs les ont identifiés par leur aspect caractéristique et par une analyse génétique. Cette découverte a fait l’objet d’un article début mars dans la revue de biologie Peer J  . Pour ses auteurs, il y a urgence à prévenir la prolifération en Europe de cette espèce, potentiellement dangereuse pour la biodiversité. Leur inquiétude se fonde notamment sur un précédent : l’envahissement du nord des îles britanniques par un autre ver plat, Arthurdendyus triangulatus, venu de Nouvelle-Zélande, qui a provoqué une importante diminution des populations de vers de terre et une baisse de la fertilité des sols, au grand dam des agriculteurs.

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Mais comment le ver plat de Nouvelle-Guinée s’est-il retrouvé sur le sol français ? «Le mode de voyage le plus probable, ce sont les pots de fleurs, observe Jean-Lou Justine, notamment dans ces jardins botaniques dont la fonction est justement de présenter des espèces exotiques. Dans le pot, le ver reste invisible, tout comme ses cocons [œufs] Les plathelminthes, capables de ne pas se nourrir durant des semaines, résistent bien à un long voyage en container. Plus globalement, l’introduction d’espèces exotiques envahissantes s’accélère avec la mondialisation et l’accroissement des échanges internationaux de marchandises. En France, on a ainsi vu arriver le frelon asiatique, grand prédateur d’abeilles.

La découverte en France du ver plat de Nouvelle-Guinée doit tout à la science participative, c’est-à-dire à la contribution du public , à l’observation et à la récolte de données, à la construction collective des connaissances naturalistes. L’histoire commence il y a plus d’un an, raconte Jean-Lou Justine. «Au printemps dernier, Pierre Gros, un naturaliste amateur passionné de photos d’animaux, a découvert dans son jardin à Cagnes-sur-Mer un ver de terre très bizarre. Il publie une photo sur un forum spécialisé. En l’observant, j’ai réalisé que ce ver ne faisait pas partie de la faune française. Avec moult précautions, Pierre Gros m’a expédié le spécimen. Il s’agissait d’un plathelminthe terrestre, originaire de Nouvelle-Zélande Le chercheur lance aussitôt un programme de science participative, adossé à son site web  . Objectif : sensibiliser et inciter tout un chacun à témoigner de la découverte de vers exotiques. «Nous, scientifiques, ne pouvons pas aller observer à la loupe tous les jardins de France ! C’est pour cela que ces programmes sont si utiles, explique-t-il. Je me suis retrouvé avec des dizaines de témoignages et de photos et un réseau de surveillance s’est ainsi établi sur tout le territoire. C’est ce qui nous a permis de repérer, pour l’heure, sept espèces de plathelminthes terrestres exotiques, déjà présents dans une vingtaine de départements, dont le fameux ver de Nouvelle-Guinée.»

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Si celui-ci focalise l’attention des chercheurs, c’est qu’il représente une menace certaine pour la biodiversité, mais aussi qu’il est encore possible de stopper son avancée. «On ne l’a trouvé qu’en un seul lieu en France, cette serre fermée à Caen. On peut espérer qu’il ne se répande pas. Pour les six autres espèces, également mangeuses de vers, il est déjà trop tard !»

Extraits d'un article paru dans Libération le vendredi 28 mars 2014

science
ver nguinée


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