Magazine Asie

Manga : et toi, tu lis quel éditeur ?

Publié le 18 mai 2014 par Paoru

editeurs manga

En attendant une interview éditeur qui prend un peu de retard, parlons tout de même d’éditeur, mais du point de vue du lecteur. En effet, même si beaucoup d’éditeurs proposent maintenant une offre très variée, ils conservent tous une certaine identité et sont toujours plus spécialisés dans un domaine que dans un autre. De plus, avec les années, chaque lecteur finit par avoir ses préférences, à travers des titres qui l’ont marqué, qui lui correspondent. Mais cela ne tient pas toujours qu’à l’œuvre : certaines maisons se sont connectées directement à leur lectorat, par le biais de site, de blog, de réseaux sociaux ou d’une forte présence sur les salons. En mettant tout ceci dans la balance, voici un panorama non-exhaustif de mes éditeurs manga favoris. Un papier complètement subjectif, donc j’attends vos réactions en commentaires ! Bonne lecture

;)

Des histoires de longue date…

Logo_Glenat_Manga
Pour tout ceux qui lisent du manga depuis 20 ans ou plus, impossible de ne pas être attaché aux éditions Glénat et Tonkam. Je continue de suivre Glénat aussi bien pour ses blockbusters (One Piece, Bleach, …) que pour des titres moins grand public ou successfull comme Peacer Maker ou Dream Team. Enfin j’ai eu des vrais coups de cœur sur certaines nouveautés 2013 et 2014 comme Vertical, Tokyo Ghoul ou le plus récent Gangsta. Bon, par contre, comme chez beaucoup d’autres éditeurs, leur ligne kids ou shôjo ne me fait pas vraiment vibrer, même s’il y a des exceptions. En 2012, Glénat m’a fait découvrir la mangaka Ayuko avec Souvenirs Lointains et Proche Horizon mais rien n’a retenu mon attention depuis, alors que j’ai eu l’occasion de lire tous leur tome 1. Néanmoins Baby Sitters m’a fait sourire et fait fondre ma chère Gally, et Tatiana est une grande fan de Chi, une vie de chat donc il semble que ces titres atteignent leur public.

La force de Glénat vient sans doute de là, d’ailleurs, dans ce modèle aux multiples axes mais à l’offre concentrée. C’est aussi une réponse intéressante à leur perte de position dominante dans les licences Shueisha (la priorité étant maintenant donnée à Kazé Manga). Comme il l’explique dans l’ interview-bilan de Journal du Japon, Stéphane Ferrand a déployé son offre en 7 collections ces dernières années : shônen, shôjo, seinen, vintage, art of, roman, kids et Erotic et il a réduit la voilure en terme de sorties à une centaine de titres seulement en 2013. Épaulé par une assistante éditoriale franco-nippone, ils tentent de trouver un nombre limité de nouveautés pour chaque axe en s’assurant de leur qualité et de leur potentiel. Après, pour le public, il suffit d’aller vers les collections qui l’intéresse et il trouvera certainement de quoi se faire plaisir.

Chez Tonkam c’est beaucoup plus difficile et je me contente maintenant de suivre les mangakas historiques de l’éditeur : Inoue avec Vagabond, Katsura avec Zetman, Kohta Hirano avec Drifters et bien sûr Mitsuru Adachi. Vous me direz, c’est déjà pas si mal. Si je suis déçu c’est sans doute que je reçois et lis tout ce qui sort chez Tonkam depuis 1 an ou 2. Ironie du sort donc, c’est en recevant tous les premiers tomes de leurs nouvelles séries que je me retrouve à déplorer la qualité de leur ligne young seinen. L’idée du young est bonne en soi mais les titres semblent sélectionnés avant tout pour leur qualité graphique et pêchent par leur scénario ou leur narration peu convaincante. Et pourtant plusieurs centaines de tomes estampillés Tonkam ornent mes étagères, je ne demande qu’à y croire !

Pika-Edition-Logo-right
Ensuite, dans mon histoire de lecteur il y a Pika et Kana. Pika c’est un peu l’histoire d’un come-back en ce qui me concerne. C’est un éditeur que j’ai délaissé pendant quasiment une décennie après l’avoir suivi de près à ses débuts avec Ah my Goddess, GTO, Love Hina et les CLAMP. Mais après ça plus rien, ou presque. C’est en travaillant avec cet éditeur que j’ai commencé à redécouvrir son catalogue depuis 2-3 ans. Néanmoins, cela ne veut pas dire que je m’y suis retrouvé tout de suite. Les choix éditoriaux des années 2000 de Pika m’ont rarement emballé et c’est avec l’arrivée de Kim Bedenne que j’ai pu vraiment parler de retrouvailles : Chihayafuru, Space Brothers, L’attaque des Titans, Kings of Shôgi, Mokke, etc… Après, du fait de l’histoire commune entre Pika et Kodansha c’est peut-être l’éditeur japonais qui s’est mis à évoluer, va savoir. D’autant que, lorsqu’on en parle avec les éditeurs français, ils expliquent que les équipes de Kodansha se sont effectivement renouvelées il y a peu. Toujours est-il que le résultat est sans appel : je lis avec plaisir deux nouveautés sur trois de l’éditeur. Même leur dernier shôjo, Le garçon d’à côté, qui n’est clairement pas pour moi et n’est pas follement original dans son pitch, m’a fait sourire avec un duo phare assez sympathique… Idem avec Love Mission : je me suis vite lassé mais le succès n’est pas là par hasard.

Le seul problème est que l’offre de Pika est ultra-massive, on dépasse régulièrement les 15 titres par mois et on se perd très facilement dans leur catalogue qui contient en plus quelques axes hybrides comme les mangas Disney, les romans graphiques et les mangas français. Mais c’est une logique de diversification qui a du sens quand on voit le ralentissement du marché du manga. Je comprends juste que, du point de vue d’un lecteur, on ne se jette pas forcément sur un titre Pika les yeux fermés.

Kana
L’autre producteur massif de titres est Kana, qui s’est partagé pendant des années les tubes de chez Shueisha avec Glénat, mais qui s’est aussi pris de plein fouet la différence qu’il peut y avoir entre succès au Japon et succès en France. Il se traine d’ailleurs quelques bides et boulets depuis. Mais Kana a toujours su rebondir face à l’adversité, en réussissant par exemple à proposer Pluto et Bakuman lorsque le phénomène Death Note a touché à sa fin. Pour moi le catalogue reste celui d’un spécialiste du manga avec qui j’ai mûri en tant que lecteur : après des dizaines de shônen cultes, je bascule doucement vers leurs (excellents) seinen Big Up en m’ouvrant progressivement à leur collection Made In. Je ne lis pas tout chez eux car je travaille de manière assez diffuse avec Kana et leurs mangas d’auteurs ne sont pas forcément pour moi, mais je découvre régulièrement de bons petits titres et c’est un catalogue dans lequel j’aime fouiller pour me faire plaisir.

Le seul doute que j’ai à propos de Kana est le défi énorme qui les attend : se payer des bons titres avec le déclin programmé de Naruto et la priorité de Kazé Manga sur la catalogue Shueisha. Si j’ai bien aimé leur line up 2012 et 2013 (Gamaran, I am a Hero, L’île des téméraires, Montage), j’attends encore d’être convaincu par leurs nouveautés 2014. Time will tell, passons aux autres !

Des modèles d’éditeurs…

Je pense que si j’avais voulu être éditeur j’aurais hésité entre ces deux façons de faire, celle de Kurokawa et celle de Ki-oon . Enfin disons que j’aurais aimé faire comme eux plutôt, parce que de là à en être capable c’est autre chose. Bref j’ai un attachement à ces maisons au-delà de leurs œuvres, mais ça ne veut pas dire que je n’aime pas pour autant ce qu’ils publient, bien au contraire. Chez Kurokawa j’apprécie les choix de collections et les excellentes idées de promotion qui vont avec : un Silver Spoon au Salon de l’agriculture, la double couverture du sexy Nozokiana, le mix entre Kids et jeu vidéo, la collection humour avec Yotsuba&! et le plus récent Nobles Paysans, leur ouverture vers le grand public avec Vinland Saga et Jesus & Bouddha

kurokawa-logo

J’apprécie aussi que Kurokawa continue de se tenir à sa politique de publication raisonnable avec une visibilité optimale et enfin un produit toujours soigné. Tout le monde finit par y venir de toute façon, mais il y a des éditeurs qui tirent le marché vers le haut et je trouve que Kurokawa en fait partie. Seul bémol : depuis Kimi Wa Pet, il y a extrêmement peu shôjo ou josei qui m’ont intéressé chez Kurokawa. Un seul en fait, Secret Service. Si seulement Kurokawa pouvait proposer plus de josei, je ne serais que bonheur ! Mais l’éditeur explique toujours ses choix avec objectivité et un poil de pédagogie, comme c’est le cas sur les licences d’Ippo, donc difficile de leur en vouloir. Enfin Kurokawa, comme Kazé et Ki-oon ont été les premiers éditeurs à embrasser les moyens de communications modernes comme les blogs et les réseaux sociaux, pour aller là où est leur communauté de lecteurs, sans les prendre pour des décérébrés… mais sans pour autant se gêner de tacler les plus crétins d’entre eux (suivez Grégoire Hellot sur Twitter, vous comprendrez).

Et donc il y a aussi Ki-oon, un grand spécialiste du seinen mené par une équipe de talent. Il faut bien avouer que dès que ça touche au seinen, cela force le respect, car on y trouve de tout et pourtant tout est bon. Enfin disons que tout me va, puisque c’est le sujet du jour. Du coté de l’humour et de la joie de vivre je peux citer Barakamon, Gisèle Alain ou Amanchu! puis du coté historique impossible de manquer Cesare ou Wolfsmund. Du coté horreur ? Ça marche aussi avec leur carton Doubt et Judge et du coté de la fantasy, la liste est diablement longue : Übel Blatt ou The Arms Peddler pour ne citer qu’eux. Ensuite Ki-oon n’hésite pas à ressortir des mangakas un peu oubliés et prendre des risques par pure conviction éditoriale : merci à eux de publier du Yûkô Osada (Run Day Burst), du Yuji Iwahara (Dimension W), du Kakizaki (Hideout et Green Blood) et, of course, du Kaoru Mori (Emma, Bride Stories). On leur doit enfin d’avoir sorti de l’ombre Tetsuya Tsutsui et d’avoir remis au goût du jour des classiques de Tsukasa Hôjo ! C’est tout ce mix entre découvreur de talent, hommage et un attachement à certains mangakas qui participe à mon admiration, sans pour autant y perdre dans la bataille l’objectivité nécessaire de l’éditeur. Enfin on ne peut que souligner la qualité de l’édition et de la traduction, deux points sur lesquels la maison ne transige pas. Je pourrais enfin évoquer la vision à long terme du métier d’éditeur manga et du marché mais je n’en dis pas plus car il s’agit de l’interview éditeur de la semaine prochaine, pour les 10 ans de la boite. Passons maintenant aux derniers éditeurs de cette sélection.

KI-OON

Les pourvoyeurs de bonnes surprises…

Jusqu’ici j’ai donc évoqué des poids lourds de l’édition manga, souvent car je les suis depuis longtemps. Pour autant je ne vais pas me mettre à décortiquer tout le monde ou tous les éditeurs avec qui je travaille car on n’en finirait pas. Réduisons donc le reste de la liste à 4 autres éditeurs : je choisis l’ex binome Akata-Delcourt, Ototo, Doki-Doki et IMHO.

Akata-Delcourt parce que, quand même, c’est grâce à cet éditeur que je lis encore du shôjo et qu’il propose également des seinens de qualité. Même si ce n’est pas toujours évident de bosser avec eux (et encore je ne suis pas Animeland), cela vaut toujours le coup de s’arrêter sur un titre de l’éditeur. Parapal, Princess Jellyfish, Zero pour l’éternité, Un drôle de père ou Une sacrée Mamie ne sont pas tous tombés chez le même éditeur par hasard et on retrouve une vraie identité éditoriale. Enfin on retrouvait car la scission risque bien de faire des dégâts… Ça me fait penser que je n’ai pas encore essayé les nouveaux titres du nouvel Akata justement, vous me conseillez quelque chose ?

Akata

Ensuite il y a Ototo et je pourrais dire Taïfu par extension, même si j’entends par là leurs titres plus anciens (Gangking, Kyoko, Akumetsu) puisque le yaoï et le yuri ne m’intéressent pas. Chez Ototo j’apprécie leur sélection affinée qui accouche de titres toujours intéressants comme Spice and Wolf, Samidare ou le plus récent Fate / Zero. Je guette toujours leur nouvelle licence avec curiosité, c’est quand même un signe, et je trouve qu’ils donnent à chaque fois toutes leurs chances à chacun de leurs titres, rien ne part à l’abattoir. En plus je trouve intéressant le parti pris de cet éditeur de multiplier les salons japonisants pour communiquer au mieux et en direct avec leur public. C’est un exercice périlleux en étant aussi proche, mais je trouve que l’équipe s’en sort vraiment bien et c’est toujours sympa d’aller les voir sur un salon.

Ototo

Doki-Doki doit être l’éditeur avec qui je travaille activement depuis le plus longtemps. Ça doit bien faire 10 ans quand je compte. Après ça ne veut pas dire que je vais vous dire de tout acheter chez eux. Je ne suis pas du tout un fan de Lim Dall Young par exemple. Mais Doki-Doki est capable, je ne sais comment, de sortir par moment des œuvres qui sont justes géniales. Doki-Doki l’éditeur qui palpite comme dirais le slogan, c’est exactement ça. Moi qui aime le josei et le furyo par exemple, j’ai été totalement charmé par Vamos Là! et furieusement enthousiasmé par Gewalt, deux titres qui vont droit au cœur ou aux tripes. Doki-Doki, sous son air de petit éditeur tranquille dans son coin, n’est donc pas à négliger.

DOKI-DOKI

Pour finir j’aurais pu vous parler de Panini dont j’aime bien les josei mais dont l’opportunisme et les traductions médiocres me saoulent, j’aurais pu évoquer Soleil qui connait bien son boulot mais qui, pour le coup, ne correspond pas du tout à mon profil de lecteur. J’aurais bien aimé vous parler de Kazé Manga mais ce n’est pas avec Blue Exorcist, Haikyû!!, SKET DANCE et Seven Shakespeares que je peux prétendre connaître leur catalogue gargantuesque. Pour Sakka, c’est plus le coté manga d’auteur qui coince, même si je leur suis infiniment reconnaissant de publier du Mari Yamazaki. Il y a aussi ces éditeurs comme Ankama ou Sarbacane dont je ne suis qu’un titre ou deux, difficile donc d’en faire tout un roman. Enfin il y a tous les jeunes éditeurs que je lis mais où l’histoire est encore à écrire : Komikku, Isan Manga, Black Box, Booken Manga, Clair de Lune

Ainsi, je vais plutôt terminer avec IMHO, un éditeur indépendant et totalement original, que je n’aurais sans doute jamais connu si je n’avais jamais bossé dans la sphère manga. C’eut été dommage, ils ont des titres très différents et en même temps excellents. Je pense par exemple à L’enfant Insecte ou Opus (le Satoshi Kon). A travers des choix très personnels, les titres de IMHO vous emmène un peu ailleurs, c’est comme une parenthèse dans le flux incessant de manga que l’on croise chaque jour. Un petit IMHO ça fait du bien par où ça passe et ça laisse rarement indifférent.

IMHO

En conclusion…

Voilà pour ce panorama de ressenti sur les catalogues des uns et des autres. Mes préférences ne sont finalement pas si marquées que ça, mais le fait que je reçoive des titres des uns et des autres aide beaucoup à l’ouverture d’esprit, plutôt que de devoir sacrifier certains éditeurs / titres à la demande de mon porte-monnaie. La vérité c’est qu’avec la stabilisation du marché du manga et le recul des ventes, beaucoup d’éditeurs se sont mis à réfléchir sur leur façon de travailler, sur le nombre de titres à proposer. Nous n’avons jamais eu autant de bilingues franco-japonais dans les équipes éditoriales et la sélection des titres est plus sélective que jamais chez la plupart des éditeurs. Mais ce n’est pas vrai pour tous, certains travaillent le manga de manière comptable et artificielle ou pensent carrément que c’est de l’histoire ancienne et une mode plus vraiment rentable. Néanmoins avec un public manga de plus en plus exigeant et versatile, créer un lien de confiance solide entre éditeur et lecteur n’a jamais été aussi important et pourrait très bien être un petit plus qui fait, chaque jour, la différence.


Retour à La Une de Logo Paperblog