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PKP versus les frères Desmarais

Publié le 18 mai 2014 par Jclauded
De toute évidence, le milliardaire Pierre-Karl Péladeau (PKP), nouveau député péquiste du comté de Saint-Jérôme, sera candidat à la chefferie du Parti Québécois (PQ) pour remplacer la chef démissionnaire Pauline Marois. À l’écouter, depuis son élection du 7 avril dernier, lors d’interviews à la radio où il prend le temps d’expliquer d’où il vient et où il veut aller, on peut déduire que sa candidature est certaine. Il reconnaît que la politique est pour lui un nouveau monde et qu’il doit faire son apprentissage de député en apprenant de ses commettants comment devenir un bon député pour son comté. Il avoue peu connaître le travail de parlementaire d’un député à l’Assemblée Nationale et veut passer beaucoup de temps pour se familiariser le plus possible avec tous les rouages du gouvernement du Québec. Enfin, il veut porter la plus grande attention au Parti Québécois où il n’a pas d’assise. Il veut comprendre « ses statuts lourds », sa structure, ses membres, ses dirigeants, son financement et ses possibilités. En somme, il veut adapter sa culture personnelle, sa vie professionnelle, son travail de leader d’entreprises à son rôle de parlementaire afin de pouvoir démontrer aux membres du parti qu’il sera prêt à diriger le PQ.
Depuis son poing levé, qui a marqué son entrée en politique, il a déclaré haut et clair qu’il n’était là que pour faire un pays du Québec. Il n’a pas changé d’idée. Certes, il fut un temps durant la campagne où il a cherché à calmer les esprits des « antiréférendistes » en affirmant qu’il voulait, s’il était élu, s’occuper surtout de l’aspect économique dans un nouveau gouvernement Marois. Mais, depuis la défaite magistrale du PQ aux mains du PM Couillard et de son parti libéral, PKP est vite revenu à sa position initiale et confirme haut et bas, sur toutes les tribunes, qu’il veut l’indépendance totale du Québec afin que ses compatriotes francophones aient en mains tous les moyens pour faire du Québec un pays solide, riche et à eux.
Pour lui, le PQ doit changer sa stratégie et cesser, comme dans le passé, de créer des illusions, d’élection en élection, dont le but était de faire croire aux Québécois par des mots ou des slogans que la séparation du Québec de l’ensemble canadien n’était pas pour demain puisque le parti voulait d’abord soit diriger « un bon gouvernement », soit créer des « conditions gagnantes », soit appliquer une « gouvernance souverainiste », etc…
PKP est plus pressé et crie Vivement le pays ! Il espère diriger une campagne électorale dont le thème sera clairement « l’indépendance ». En somme, j’estime qu’il veut une élection référendaire en bonne et due forme durant laquelle il proposera un tel programme politique. Et, advenant une victoire par majorité parlementaire du PQ, son gouvernement engagera la séparation du Québec du Canada. Le moins que l’on puisse dire est que son approche a le mérite d’être franche, honnête et ouverte. PKP estime que c’est le meilleur chemin et, pour l’atteindre, il croit en la nécessité d’en parler tous les jours, partout et à chaque occasion qui s’offre pour définir les avantages d’un Québec libre tout en citant les désavantages du fédéralisme à la sauce canadienne.
Les péquistes accepteront-ils son approche ? Si oui, ce sera un changement fondamental dans leur stratégie. Ce sera le jour du grand risque, le jour du casino. Pour eux, ce sera tout ou rien et pour longtemps.
Aujourd’hui, ce que je décris précédemment semble invraisemblable. En effet, les deux derniers sondages placent le PQ et son option séparatiste au plus bas niveau d’estime populaire depuis son arrivée sur la scène politique québécoise. Si ce portrait négatif momentané dure, le rêve de PKP s’évaporera.
Par contre, pour moi, on ne peut rejeter si vite du revers de la main tous les sondages de la dernière décennie dans lesquels on découvrait, sur une base relativement constante, que le pourcentage des Québécois favorables à la séparation du Québec variait entre 35% et 40%. Le vote cumulé du PQ et du parti Québec Solidaire (QS), aussi parti séparatiste, à l’élection du 7 avril dernier, approche cette fourchette. De plus, il ne faut pas oublier que le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) est un ancien ministre séparatiste et que lors du dernier référendum, ce parti sous le nom de l’Action Démocratique du Québec (ADQ) s’était prononcé pour le OUI à la séparation. J’estime que la base pro-séparation n’a pas vraiment changé mais s’est déplacée. C’est sur cette base que mise PKP pour lancer sa marche vers l’indépendance.
La dernière campagne électorale a démontré que PKP n’est pas un orateur à l’éloquence puissante et directe. Son image télévisuelle laisse à désirer. À la radio, même s’il est sympathique, il montre des faiblesses et de la partisannerie dans son argumentation. Et comme la politique électorale est un commerce d’images et d’illusions, PKP aura beaucoup à faire pour rejoindre le cœur et l’intelligence des Québécois.
Récemment, à la radio, il a émis des arguments qui m’ont surpris. Par exemple : « On ne peut avoir de péage sur le pont Champlain pour les automobilistes puisque les bateaux qui passent en dessous en payent »; « Si le Québec est indépendant, il pourra contrôler les paradis fiscaux »; « Les Desmarais camouflent les résultats de Gesca », « Les Desmarais gèrent mal », « c’est trop facile pour les Desmarais de dire ne pas connaître le futur de leurs journaux régionaux » et « les Desmarais auraient dû prévoir la diminution des revenus publicitaires »…. Il les blâme de n’avoir pas prévu la diminution du lectorat de leurs journaux format papier depuis la venue du numérique.
C’est un discours démagogique et petit envers des Québécois qui connaissent les plus grands succès économiques au Québec, au Canada, et dans le monde, pour la simple raison qu’ils sont des fédéralistes, surtout que le contraire des affirmations de PKP est la vérité.
Blâmer les frères Desmarais de garder confidentiels les résultats financiers de leur entreprise Gesca et du même souffle se dire surpris qu’ils aient tenu, pour une première fois après la mort de leur père, une conférence de presse à la suite de la réunion annuelle des actionnaires de Power Corporation me semble contradictoire. C’est un manque d’élégance !
Ajouter à l’éternel argument des séparatistes vis-à-vis Gesca à l’effet qu’elle est supposément déficitaire et qu’elle a toujours maintenu vivant ses journaux à Montréal, à Québec et dans les régions, simplement pour pouvoir influencer l’opinion publique en faveur du fédéralisme, c’est trop facile surtout lorsqu’on parle de millions de $.
Les Desmarais gèrent mal… vraiment ! À sa réunion, leur compagnie Power Corporation a fait état sur l’ensemble de l’exercice 2013 d’une importante hausse de son bénéfice net attribuable aux détenteurs d’actions de 977 millions $, ou 2,12 $ par action, contre 816 millions $, ou 1,78 $ par action en 2012. Sa filiale Financière Power a vu son bénéfice net grimper à 593 millions $, soit 84 cents par action, comparativement à celui de 277 millions $, ou 39 cents l’action, de la même période en 2012.
Le péage pour les automobilistes qui sera établi pour le pont Champlain tiendra compte des montants payés par les compagnies maritimes pour les bateaux passant sous le pont. Il n’y a aura pas de double imposition.
Les USA, l’Union européenne, le Canada combattent les paradis fiscaux. Prétendre que le Québec indépendant fera mieux que l’ensemble de ces pays est une chimère, une illusion utopique.
Affirmer que les Desmarais n’ont pas prévu les conséquences du numérique…vraiment ! Gesca a lancé La Presse + pour tenir compte de la présence grandissante du numérique qui menace partout dans le monde le journal papier. À ce jour, près de 500 000 personnes par jour ouvrent ce site pour obtenir les dernières nouvelles et présentations. C’est un « hit »! De plus, les Desmarais investissent actuellement plusieurs centaines de millions de $ pour rénover les bureaux de La Presse près de la Place D’armes à Montréal pour tenir compte des nouveaux besoins. Ils étudient les conséquences pour leurs journaux régionaux et cherchent à déterminer les solutions et les moyens pour les convertir à la tablette numérique.
Si PKP veut scorer des points, il devra trouver une discours qui colle à la réalité et capable d’aider les gens sur le terrain.
Claude Dupras

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