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La repentance des traders fous: Jérôme Kerviel, Nick Leeson et Michael Milken

Publié le 18 mai 2014 par Edelit @TransacEDHEC
La repentance des traders fous: Jérôme Kerviel, Nick Leeson et Michael Milken

Jérôme Kerviel, le fraudeur devenu pèlerin

L'ancien trader à l'origine de la perte abyssale de 4,9 milliards d'euros pour la Société Générale a entamé en février 2014 un pèlerinage. Lieu de départ : le Vatican. C'est après sa rencontre avec le Pape François que Jérôme décida de rentrer à pied en France pour purger sa peine (il a finalement décidé de rester en Italie dans l'attente d'une réponse de François Hollande à sa lettre ouverte).

Quelles sont ses motivations ? Jérôme Kerviel parle d'une marche " purificatrice ", à la rencontre des victimes de la crise financière : " Au cours de ce périple en Italie, j'ai rencontré des gens qui ont souffert de la crise provoquée en grande partie par les banques. [...] J'ai de nombreux messages de commerçants et d'artisans chaque jour qui me disent quelles difficultés ils ont avec leur banque qui ne leur prête plus ".

Dénonçant son quotidien en tant que trader : faire du fric pour la banque [...] peu importe la morale ", il n'hésite pas à reprendre les mots du Pape : " une nouvelle tyrannie invisible s'instaure, parfois virtuelle, qui impose ses règles, de façon unilatérale et implacable ". Jérôme Kerviel a fait le vœu de donner un sens à sa vie et d'aider les autres. Non croyant, il cherche à retrouver les valeurs transmises par ses parents, et à laver le déshonneur infligé à sa famille.

Il compte utiliser sa notoriété pour mobiliser le plus grand nombre et dénoncer les dysfonctionnements du système financier. Mais cette " tentative de victimisation " selon la Société Générale lui sert aussi à faire avancer son dossier : cela lui permet également de porter ses accusations contre la banque et créer une pression médiatique autour de la réponse de François Hollande. Jérôme Kerviel ne jouerait-il pas simplement sa dernière carte avant de passer par la case prison ?

Après 827 millions de livres de pertes pour la Barings, Nick Leeson conseille les Irlandais endettés.

Nick Leeson est un ex-coutier célèbre pour son rôle dans la faillite de la banque Barings, rachetée pour 1€ symbolique par ING. A la suite de la dissimulation de ses pertes, il avait été rattrapé par la justice singapourienne et condamné à six ans et demi de prison. Atteint d'un cancer, il fut finalement libéré au bout de quatre ans et demi.

Qu'est-il devenu ? Nick Leeson a vaincu son cancer, écrit deux livres et est devenu Directeur Général du Galway United Football Club. Plus surprenant, il donne des conférences à des entreprises sur la gestion du risque et a été engagé en 2013 par le cabinet néerlandais GDP Partnership, spécialisé dans la médiation entre banques et particuliers surendettés.

L'ancien trader cherche désormais à aider les Irlandais surendettés à surmonter leurs difficultés financières. Ce n'est pas un hasard s'il s'est installé dans ce pays plombé par les banques : " il y a beaucoup de peur et de stress dans le pays dont la dette est la racine ".

" L'expérience, les connaissances de Nick apporteront une valeur significative à notre offre " affirme GDP Partnership. Nick Leeson n'hésite pas à valoriser son parcours hors du commun : " j'ai rencontré un certain nombre de situations difficiles par le passé et je les ai vues évoluer récemment pour le meilleur. Il est parfois difficile de voir la solution mais soyez assurés qu'il y en a toujours une. Avec l'aide de GDP, vous pouvez reprendre le contrôle de votre situation financière " ...

Michael Milken : le père des " junk bonds " reconverti dans la philanthropie.

Cadre en banque d'investissement à Wall Street à partir des années soixante, Michael Milken est surnommé le " Junk Bond King ". Il est à l'origine de cet instrument financier et fut souvent présenté comme le symbole de l'avidité des banquiers du Wall Street des années quatre-vingt, les fameux Golden Boys.

Condamné à dix ans de prison en 1989 pour délit d'initié, racket et fraude fiscale, il est à l'origine de pertes pour le gouvernement américain estimées à plusieurs centaines de millions de dollars. Il détient néanmoins plus d'un milliard de dollars quand il sort de prison en 1993 et il est actuellement la 696ème personne la plus riche du monde selon le classement Forbes 2014.

Atteint en 1993 d'un cancer de la prostate, Michael Milken décide de se consacrer pleinement à philanthropie : il crée la Fondation pour le Cancer de la Prostate et participe à de nombreuses conférences tout en finançant la recherche médicale.

Michael Milken essaya aussi de racheter son image auprès du public. Par deux fois, sous la présidence de Bill Clinton et celle de George W. Bush, il déposa une demande de pardon présidentielle pour ses méfaits commis dans les années quatre-vingt. Nombreux sont ceux qui ont pointé du doigt la campagne de lobbying mise en place par Michael pour faire pression sur l'administration Bush. Il aurait dépensé plusieurs millions auprès de membres influents du gouvernement, de la recherche médicale et du monde des affaires pour qu'ils soutiennent sa demande de pardon, sans succès.

Selon le commentateur en chef de CNBC à l'époque, cette rédemption de façade ne trompe personne : " Il a dépensé des montants considérables pour améliorer sa réputation : je ne pense pas qu'un pardon puisse être accordé de cette manière. "


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