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Entretien avec Yossi Aviram, le réalisateur de La Dune

Par Mickabenda @judaicine
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Alors que La Dune sortira en France le 13 août, le réalisateur Yossi Aviram en dit plus sur son film…

Quel a été votre parcours avant La Dune, votre premier film ?

J’ai commencé à étudier le cinéma au lycée, où j’ai réalisé mon premier court métrage à 17 ans. Puis, j’ai intégré l’école de cinéma de Jérusalem où j’ai mis en scène d’autres films courts. J’ai ensuite signé plusieurs documentaires, dont Deux vieux garçons, qui a été diffusé sur Arte en 2009. Ce film racontait l’histoire de mon oncle et de son compagnon qui vivent ensemble à Paris depuis 35 ans. On en retrouve des traces dans La Dune avec le couple d’homosexuels parisiens et leur relation très spéciale.

Comment est né La Dune ? Comment avez-vous imaginé l’histoire de ce personnage, Hanoch, qui abandonne sans raison apparente Tel-Aviv pour la France ?

J’avais été très marqué, il y a sept ans, par un fait divers qui s’est déroulé en Angleterre. On avait retrouvé sur une plage un anonyme qui se refusait à dévoiler son identité et s’était muré dans le silence. Il a surpris tout le monde en se mettant à jouer du piano dans l’hôpital où il avait été recueilli. On a fini par l’appeler Le pianiste. Cette histoire m’a inspiré et j’ai eu envie d’imaginer celle d’un homme que l’on retrouvait sur une plage et dont on ne savait rien. Cette image, qui apparaît tardivement dans le film, est à l’origine du récit.
Toutes les autres situations, autres personnages, en découlent. Passionné d’échecs, j’ai été guide dans le désert. Le désert, incarnation de la solitude, exprime pour moi en même temps cette harmonie que mes personnages recherchent.

La Dune mélange les pays (Israël et la France), les cultures et les genres : enquête, réflexion sur l’identité…

Vous savez, il faut beaucoup d’énergie et de patience pour réaliser un film… On doit se réveiller tôt, etc. , tant qu’à faire, autant y mettre beaucoup d’éléments (rires). Plus sérieusement, j’aime les films qui mélangent les tonalités. Un de mes préférés est Tirez sur le pianiste de François Truffaut. Un film où la trame policière sert d’argument pour observer au plus près ce qui agite les personnages. Comme dans La Dune.

La question des origines est prépondérante. Pourquoi cet intérêt ?

Dans le film, tous les personnages sont en quête d’une sorte d’harmonie perdue… Pourquoi les cinéastes sont-ils fascinés par un sujet ? C’est une question qu’il faut poser à leur psychanalyste (rires). Personnellement, je connais bien mon père et n’ai jamais connu de problèmes particuliers avec lui. Une chose est sûre : les pères de cette génération (au moins autour de moi) ne parlent pas beaucoup. Nous avons grandi dans une culture plus « enfermée », toujours tentés de deviner ce qui se passait dans l’esprit de notre géniteur. Je jouais d’ailleurs beaucoup aux échecs avec mon père. Un jeu qui permet une sorte d’intimité silencieuse.

LA DUNE privilégie le mystère. Quels étaient vos partis pris de mise en scène ?

Tout repose avant tout sur le scénario ! Et il m’a fallu le construire d’ autant plus minutieusement que les silences et la suggestion occupent une place centrale dans le film. Truffaut, encore lui, écrit dans son journal pendant le montage de Farhenheit 451, qu’il est ravi, car le film arrive à être à 60 % silencieux. Il a minuté le pourcentage exact… Je préfère peut-être d’autres films de lui, mais j’aime cette anecdote.

Saviez-vous d’emblée que Lior Ashkenazi jouerait le rôle principal, celui de Hanoch ?

Pas du tout ! En Israël, dans sa génération, il est toujours celui à qui l’on pense en premier, mais, à l’origine, j’imaginais plutôt un acteur qui aurait immédiatement renvoyé une image plus sombre et dépressive. Je craignais un peu pour son image virile, solide et plutôt joyeuse. Lior a beaucoup aimé le scénario, il trouvait intéressant d’interpréter un rôle silencieux.
Notre rencontre m’a séduit et décidé. Il a un tel charme, un tel regard (et cette qualité de star…) qu’on ne peut pas lui résister! Et bon, il séduit une femme sans même dire un mot dans le film… alors pourquoi pas ? Je n’ai pas été déçu : cela a été un bonheur de travailler avec lui. C’est un acteur très généreux…

Et pour la distribution française ? Comment avez-vous convaincu Niels Arestrup d’incarner ce flic gay en préretraite ?

Un prophète, de Jacques Audiard, a rencontré un important succès en Israël et,  comme tout le monde, j’avais été très impressionné par sa prestation. Je cherchais quelqu’un qui serait certes fermé, mais en même temps plein de douceur, ce qui n’est pas évident à déceler chez Niels étant donné les rôles qu’il interprète en général. Mais très vite, j’ai reconnu l’originalité de ce choix et mon admiration pour cet acteur m’a décidé. Niels a beaucoup aimé le scénario et nous nous sommes rencontrés. Une quinzaine de minutes dans un café ont suffi. J’ai compris pendant le tournage que la rapidité de cette décision était due à la profonde indépendance de Niels. Il y a quelque chose chez lui qui ne triche jamais. Ce n’était pas une expérience légère et facile, imaginez bien un réalisateur d’un premier film face à un acteur qui en a tourné cinquante… Il est arrivé tellement préparé sur le tournage que tout ce que j’avais à faire c’était ne pas le déranger sauf une ou deux remarques de temps en temps. Et au montage j’ai redécouvert à quel point il était génial, car j’ai vu ce qui passe forcément inaperçu pendant le tournage.

Et Guy Marchand, qui incarne son compagnon ?

Niels est tellement charismatique qu’il n’était pas évident de le marier… De toute façon, c’est difficile de composer un  couple et comme dans la vie il faut un peu de chance, non ? (rire). Il fallait trouver quelqu’un qui n’aurait pas été immédiatement effacé par son partenaire.
Je cherchais à la base un Italien, car j’aurais voulu avoir un acteur avec un accent. Marion Touitou, la directrice de casting m’a parlé de Guy. Je ne le connaissais pas bien, mais une fois que j’ai pu voir ses films j’ai trouvé toute la douceur et la classe que je cherchais. Sa nonchalance, son charme, et son bagage cinématographique…

Notre rencontre a été complètement différente ! Lui n’a pas arrêté de parler pendant deux heures et de me raconter des histoires incroyables sur sa carrière, Isabelle Huppert, Maurice Pialat, etc. Des noms légendaires pour moi… Ça a été fascinant, mais je me demandais si on allait parler de mon scénario, s’il l’avait aimé ou pas… Soudain sa fille lui a téléphoné et il lui a dit « je suis avec mon réalisateur, il est trop jeune, mais c’est bon, on va faire ce film ! ».

Emma de Caunes et Mathieu Amalric jouent également dans le film…

J’adore Mathieu Amalric et j’ai eu de la chance de pouvoir lui proposer le rôle pour une seule scène, grâce à son amitié avec mes producteurs, Les Films du Poisson. C’était très excitant de voir cette rencontre entre les deux monstres du cinéma français que sont Niels et Mathieu. Quant à Emma, j’ai été séduit par sa personnalité et par son regard à la fois joyeux et mélancolique. Son image « rock’n’roll » me plaît. Elle est magnifique dans le film ! Vous êtes d’accord avec moi ! (rire). Mais sérieusement, c’est elle qui amène la lumière dans le film, si optimiste au milieu de ces hommes plutôt sombres…

Avez-vous déjà de nouveaux projets ?

Je viens de terminer un documentaire sur les sœurs Polgar – les meilleures joueuses féminines d’échecs de tous les temps ! Trois sœurs hongroises qui, contraintes de jouer par leur père, lui-même un obsédé du jeu,
devinrent des génies des échecs à l’époque du communisme.
Et j’ai deux nouveaux projets de fiction, dont l’un coécrit avec Valéria Bruni Tedeschi. En quelque sorte, ce sera le pendant de La Dune, puisque des personnages français vivront une histoire dans le désert en Israël.


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