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Chronique nocturne : Damien Rice peut rester dans sa grotte, j’ai trouvé Noah Gundersen

Publié le 19 août 2014 par Swann

noah gundersen

Je n’avais pas prévu de prendre le clavier pour écrire cette nuit. Pour tout t’avouer, ça fait un moment que je n’ai même plus envie d’écrire du tout. Dégoûtée par le fait que, de toute manière, à part les coups de gueule et les billets « hate », le reste ne t’intéresse pas vraiment, cher lecteur. Je sais, ce sont les règles du jeu de l’internet. Je garde donc jalousement mes folkeux. Mes White Buffalo, Amber Run, John Fullbright, Saint Raymond, Rachel Sermanni. Je pleure en écoutant leurs déchirantes complaintes.

Un soir ou une nuit, je ne me rappelle plus, je tombe sur Noah Gundersen. Par hasard. Parce que, lui, je ne l’avais pas vraiment cherché. Je n’ai pas fouillé les internets, je n’ai pas parcouru des pages web au hasard, de Bandcamp, de Facebook, de Soundcloud en espérant dénicher une perle rare. C’est en regardant une série américaine que j’entends cette voix. Sons of Anarchy pour tout te dire, la série dont je pourrais concocter la bande-son, car j’y retrouve à chaque épisode un ou deux titres de mon iPod.  La voix m’est familière. Sa guitare aussi. Le mélange des deux me fait penser à quelqu’un. Il y a quelque chose de Damien Rice. Quelques notes de violon je crois, l’accompagne. Une voix féminine aussi. J’attends patiemment la fin de l’épisode. Je ne pense plus qu’aux quelques notes et paroles que j’ai entendues. Je veux savoir qui est ce mec. Le générique de fin n’arrive jamais. Le connard qui a mis l’épisode en ligne a pensé que ce n’était pas important. Heureusement Google est mon ami. Au bout d’une vingtaine de minutes à éplucher les sites de fans de la série, je trouve le nom de ce garçon.

Ce mec, ce folkeux c’est donc Noah Gundersen. Un Américain de Seattle âgé de 24 ans. Et accessoirement, c’est aussi le mec qui m’a donné envie de reprendre mon clavier. D’écrire des déclarations d’amour enflammées pour sa musique. De retrouver un plaisir à pleurer en écoutant du folk épuré, simple. Loin des expérimentations sonores. Loin des arrangements lourds et inutiles qui viennent gâcher la beauté d’une voix, pas la plus belle c’est vrai, simplement accompagnée d’une guitare. Je ne peux pas te dire si la démarche est sincère. Mais elle me touche et me parle. Moi, la musique, c’est comme ça que je l’aime. Lorsqu’elle est débarrassée du futile. Les chansons de Noah sont brutes pour la plupart. Après avoir écouté, en boucle, son album Ledges, j’ai sélectionné mes préférées. Il y a l’ouverture, « Poor Man’s Son » chantée a cappella. Un titre dans la pure tradition appalachienne du folk, teintée de gospel, tout en harmonie, qu’il a écrit alors qu’il n’avait que dix-huit ans. Il venait de quitter le cocon familial. Les connaisseurs reconnaîtront la référence à « Down To The River ». En bon folksinger, il parle de crise, de dépression, des poches vides et de l’aide demandée à Dieu. Parce que le folk originel c’est ça. Je pleure déjà. Je sais, j’ai la larme trop facile et l’âme toujours beaucoup trop sensible.

Plus loin « Isaiah », l’histoire d’une fille dont le cœur balance entre deux garçons. Le point de vue adopté est « l’autre ». « I’m the reason you’re guilty, I’m the other man’s arm ». Pour une fois, la tentation n’est pas la fille, mais le garçon. Tout cela chanté sur une romantique et poignante mélodie. Les paroles sont à peine chantées, presque chuchotées. Mon mascara coule, mon khôl trace une première ligne noire sur ma joue.

Avec « Poison Vine », on sent les deux influences, influences majeures peut-être, de Noah Gundersen. Clairement britanniques, surement irlandaises. On sent du Damien Rice, du Glen Hansard, du Ryan Adams dans « Poison Vine ». Les cordes grattées, machinalement, presque nonchalamment. Mais celle qui finit de planter le couteau en plein cœur, c’est sans aucun doute « First Defeat ».  Une chanson déchirante qui parle d’amour foiré entre deux êtres complètement cassés mais incapables de se quitter. La voix de Noah traîne, puis se brise, couverte par une tempête de cordes et de vent. C’est profondément triste mais terriblement beau à la fois. Mais c’est dans les paroles que se trouve véritablement le talent de Noah, dans ses lignes dévastatrices « And you discover that home is not a person or place, but a feeling you can’t get back », « It’s the little things that convince me to stay. It’s your fingertips, and the music they play ». Et puis, il y a cette explosion, les instruments qui s’emballent, les voix qui se mêlent et puis se taisent finalement. Une petite mort musicale. L’eargasm folk. Oui, c’est ça.

Je pourrais vous parler aussi de « Cigarettes », chanson qui parle en réalité de l’addiction à une femme, ou de « Liberator » dans laquelle il se convainc lui-même de ne pas tomber amoureux, ou encore de « Ledges ». On pourrait aussi dire, c’est vrai, que les arrangements sont parfois un peu dépassés. Mais écouter Legdes, c’est comme retomber à cette époque où je découvrais Damien Rice, pour la première fois. Pour le souvenir musical qu’il ravive, pour m’avoir redonné envie d’écrire. Pour m’avoir fait de nouveau pleurer des rivières je dirai merci.

Cependant, j’ai un regret. Je regrette que ce soit une série télévisée qui m’a ramené à Noah Gundersen. Et non, la musique.


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