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C’est au musée des Beaux-Arts de Mulhouse que se trouve "La Vérité"

Publié le 08 octobre 2014 par Lifeproof @CcilLifeproof

Musée des Beaux-Arts © Caroline Megel

Musée des Beaux-Arts © Caroline Megel

Au cœur de la villa Steinbach, construite en 1780, le musée des Beaux-Arts renferme une collection riche, significative de notre patrimoine. Le deuxième étage est actuellement consacré à l’exposition intitulée 14 en BD. Visible jusqu’au 16 novembre, celle-ci est composée de nombreux illustrateurs contemporains, ayant réalisé des BD sur le thème de la guerre. Leur graphisme est loin d’être infantile et est au contraire destiné à un publique adulte, qui apprécie un certain réalisme dans ce style littéraire populaire très varié, tout en préservant son essence. Une grande diversité de représentations est ici montrée, autant de styles qu’il y a d’illustrateurs : douze auteurs organisés en six thèmes, dont la fiction, la biographie, la jeunesse, ou le roman policier.

14 en BD © Caroline Megel

14 en BD © Caroline Megel

N’étant pas fervente de cette littérature, je ne vais pas m’attarder dessus. Descendons au premier étage, là où sont accrochés les tableaux, marqués par leur traversée du temps, depuis le XVe siècle pour certains d’entre eux.

En face de l’escalier, nous pénétrons dans la salle consacrée à l’artiste Jean-Jacques Henner. Né en 1829 à Bernwiller, il s’est illustré dans une peinture à la touche très particulière, ne permettant guère de l’inscrire dans un mouvement pictural précis du XIXe siècle. En effet, loin d’être un peintre d’histoire, Henner se réfère à la fois à la Renaissance italienne, à la sculpture, au réalisme et à l’idéalisme. Cette pluralité d’influences s’explique par son parcours. Après ses études à Altkirch, il continue son instruction auprès de plusieurs artistes puis à l’École des Beaux-Arts de Paris, mais surtout en déambulant dans les musées, qu’il affectionne beaucoup. Grâce à l’obtention du Grand Prix de Rome de peinture en 1858, il séjourne à la Villa Médicis, où il s’imprègne de la culture italienne, conduisant à modifier peu à peu son style. Sa résidence terminée, il rentre en France. La transition s’effectue par le choix d’une peinture naturaliste, qu’il dédaignera très rapidement pour se consacrer à ce qu’il aime vraiment : l’Antiquité idéalisée. Empreintes d’une poésie exacerbée, ses œuvres sont remarquables par leur sobriété, renforcée par le choix de tonalités très sombres, et par le sentiment d’étrangeté, qui s’en dégage. Chaque personnage est enveloppé d’une sorte de halo mystérieux, accentué par un travail singulier de la matière pratiquement vibrante. Il meurt à Paris en 1905.

La Vérité, Jean-Jacques Henner 1898-1902 © Caroline Megel

La Vérité, Jean-Jacques Henner 1898-1902 Photo: Caroline Megel

Parmi les nombreuses œuvres exposées dans cette salle, la plus intéressante, à mon sens, est La Vérité (1898-1902). Il s’agit d’une commande pour la Salle des Autorités de la Sorbonne à Paris. Au centre de la toile, une femme, marchant en pleine nature, écarte sa longue chevelure ; son corps nu se dévoile. Sa silhouette se dégage du paysage gris-bleuté par sa blancheur étincelante. L’artiste a su se détacher du thème Antique, pour apporter au sujet une note fantasmagorique. Une forme, peu descriptible à première vue, divise horizontalement le tableau en deux parties, semblable à une clairière au loin ajoutant un peu de contraste au décor. En se rapprochant, nous découvrons qu’il s’agit en fin de compte d’une figure féminine, étrangement similaire à la première. Le corps est dans le même mouvement  et se déplace en soulevant son pied gauche de la même manière, comme si la femme disparaissait pour apparaître à nouveau dans un autre angle. Cette particularité nous trouble et nous pousse à nous interroger. Est-ce une volonté de l’artiste pour faire basculer le tableau dans un univers fantastique ? Ou bien est-ce induit par le hasard d’un génie créatif ? Et bien, c’est un peu des deux en vérité. Par soucis de correction, Henner a repris son motif initial, en tournant sa toile et en peignant la seconde figure féminine sans recouvrir entièrement la première. Ce n’est finalement qu’un effet de superposition ; le résultat de la décision du peintre pour donner un second souffle à une toile, ne lui apportant pas satisfaction.

La Vérité est à découvrir, à observer et à s’inspirer en poussant la porte de ce musée, qui ne manque pas de tableaux surprenants et déroutants.

Caroline.

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Musée des Beaux-Arts – 4 place Guillaume Tell 68100 MULHOUSE

Ouvert tous les jours sauf le mardi et jours fériés de 13h à 18h30

Entrée libre

Exposition 14 en BD du 20 septembre au 16 novembre 2014


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