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L’écriture n’est pas seulement « cosa mentale »

Publié le 18 octobre 2014 par Naceur Ben Cheikh

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l'enfant de maputo de zied
  Peut-on, aujourd’hui,  ne pas tenir compte du fait que l’activité d’écriture est marquée, elle aussi, de l’impact des nouvelles technologies. Si pour le secrétariat d’une administration, l’usage de la machine à écrire n’a été qu’une transposition d’outil d’écriture et celui du clavier de l’ordinateur qu’une économie de « corrector » et de papier carbone, il en est tout autrement quand il s’agit de l’activité d’un écrivain, pour lequel la langue n’est pas seulement le véhicule de sa pensée, mais peut devenir le matériau même de celle-ci. Le retour sur l’ouvrage, plusieurs fois repris, dont témoignent les poètes, quand ils rendent compte de la poïétique de leurs œuvres, fait partie intégrante de cette activité de modelage de la langue dont les ratures, que portent les manuscrits d’auteurs, sont la trace. Ce malaxage du texte entrain de se faire devient invisible lorsqu’il s’opère sur un écran d’ordinateur, mais le jeu de modelage qu’est l’activité d’écriture devient plus riche et économiquement, plus performant,

Mais, les nouvelles technologies informatiques ne se limitent pas, comme on le sait, à l’emploi d’un logiciel de traitement de texte et désignent également un nouveau rapport à la recherche, dans lequel les nouveaux moyens de transfert, de copie, de collage et de consultation en ligne de banques de données, transforment la production de recherche en activité de citation d’un savoir qui ne peut plus couler de source et être d’origine.

Si cette réalité nouvelle semble perçue comme négative par les enseignants responsables de l’encadrement des recherches en masters et en doctorats, elle ne provoque de la part de certains, parmi eux qu’une réaction de « contrôleurs » qui les oblige, à recourir, à leur tour, aux nouvelles technologies, en faisant subir aux textes de leurs étudiants des tests « antiplagiat » assurés par des logiciels qui seraient spécialement conçus pour cette tâche.

Au-delà de l’aspect légitime que l’on pourrait trouver à cette volonté des encadreurs, d’empêcher leurs étudiants de recourir à la copie, il y a lieu, aussi, de rappeler, après Abdelfattah Kilito, que, déjà, « l’intrusion » de l’imprimerie dans la production du texte, avait introduit un changement de qualité. En supprimant la fonction de copiste, elle avait, en effet, provoqué une division à l’intérieur d’un même acte qui consistait à lire un texte en l’écrivant. Mais il y a lieu, aussi, d’observer que la reproduction « magique » d’un texte, transféré par téléchargement, crée une situation inédite, radicalement nouvelle, qui pourrait induire dans un nouveau mode de comportement, ou même de penser, qu’il serait légitime, aujourd’hui, de qualifier de dangereux, pour la préservation de l’humaine condition.

C’est dire aussi que l’écriture, tout comme la peinture, n’est pas, seulement, « cosa mentale » et qu’elle a toujours eu, en tant qu’art, une dimension matérielle évidente. Et l’on peut donc observer, que cette implication de « l’outil informatique » dans la production littéraire la plus traditionnelle, est de nature à nous rappeler que l’ère des nouvelles technologies ne concerne pas seulement les métiers en rapport avec la communication .


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