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Rencontres avec des entrepreneurs africains : Comment créer un écosystème favorable a l’innovation et au développement des NTIC à partir de rien ?

Publié le 31 octobre 2014 par Diateino

Le vendredi, retrouvez quatre jeunes HEC passionnés qui ont démarré leur tour du Monde de l’innovation sociale et frugale en août dernier.

LEÇON 3  : Comment créer un écosystème favorable a l’innovation et au développement des NTIC à partir de rien ?

Habaka, Madagascar

Rencontres avec des entrepreneurs africains : Comment créer un écosystème favorable a l’innovation et au développement des NTIC à partir de rien ?

Rencontre avec Harinjaka Ratozamanana, directeur exécutif de Habaka, un des 100 jeunes leaders africains de demain selon l’institut Choiseul et premier TED Fellow malgache.

Créer un écosystème favorable à l’innovation :

Lorsque Harinjaka crée Habaka, il part d’un constat simple : « Les talents qui se regroupent attirent la visibilité et ont plus de chance d’avoir de l’impact. ». Habaka Madagascar Innovation Hub est une association qui vise à promouvoir l’entrepreneuriat et l’innovation dans le pays et à aider les entrepreneurs à se développer.

Depuis 2011, son équipe, composée d’une vingtaine de personnes, développe trois actions majeures pour aider les entrepreneurs malgaches de demain et faire grandir la « communauté » Habaka :

  1. Les évènements : la communication de Habaka repose très largement sur les évènements qu’elle organise. Ces derniers visent à souder et faire grandir la communauté d’innovateurs : Global Entrepreneurship Week, Start-up Week-ends, concours d’innovation pour différents secteurs. Les réseaux sociaux tiennent évidemment une grande place dans la promotion de ces actions.
  2. La formation : Harinjaka fait le constat que Madagascar a besoin de renforcer ses compétences, notamment dans les domaines des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Habaka travaille donc activement au partage de connaissance et à la formation de ses « membres ». Le but est également de faire changer les mentalités afin de faire comprendre au plus grand nombre que « tous les problèmes sont des opportunités d’affaires ».
  3. L’espace de co-working : Habaka a mis en place un espace de co-working à Antananarivo. C’est un projet pilote mais qui a pour but de se répliquer dans tout le pays pour aider les start-up dans leurs débuts.

Un exemple des actions de Habaka : Le Coder Dojo :

Dans le cadre de ses actions de formations, Habaka a créé un programme pilote de cours de code informatique gratuit pour les enfants, grâce à des « mentors » bénévoles. Depuis quelques semaines, une vingtaine d’enfants de 7 à 17 ans bénéficient de ces cours de codage. La méthodologie utilisée est celle du « glisser déposer ». L’idée n’est pas nouvelle. Le MIT a déjà mis en place ce type de projet et s’apprête à soutenir le projet de l’association. En effet, plus l’apprentissage commencent jeune plus l’esprit est habitué à la logique du codage. C’est un véritable investissement à long terme qui est réalisé : ces enfants seront peut-être les développeurs malgaches de demain.

Une approche frugale :

Depuis sa création, Habaka n’a jamais reçu de financement extérieur. L’association s’autofinance et ses membres sont souvent bénévoles. Au-delà de ce fonctionnement intrinsèquement frugal, Habaka utilise des outils frugaux. En effet, l’équipe est en train de mettre en place un Wiki (plateforme de partage d’information sur le Web) afin de mettre en relation toute la communauté Habaka : entrepreneurs, incubateurs, bailleurs, formateurs et chercheurs. L’accompagnement fourni aux entrepreneurs via cet outil sera ainsi le plus complet possible.

Rester indépendant dans un contexte d’instabilité politique :

En 2009, Madagascar a connu un coup d’État qui a entraîné une crise politique et économique profonde qui s’est manifestée notamment par des changements de gouvernements fréquents. Les nouvelles élections de 2013 n’ont pas su ramener la stabilité, les pouvoirs publics restent souvent corrompus. Ce contexte politique instable complique le développement d’un écosystème de l’innovation efficient dans le pays. Le gouvernement n’a pas su mettre en place les outils nécessaires pour atteindre les objectifs du millénaire, notamment dans le domaine des NTIC. C’est pourquoi il est nécessaire que d’autres acteurs, privés, agissent. C’est ce que fait quotidiennement Habaka tout en restant volontairement indépendant des pouvoirs publics souvent déstabilisateurs. Le seul apport qu’elle leur demande concerne la communication. En effet, l’État dispose de moyens beaucoup plus impactant que ce que peut avoir n’importe quel acteur privé.

Parallèlement, Habaka est lié à la communauté Afrilabs (35 hubs technologiques présent dans 15 pays africains) et souhaite développer son réseau international, notamment afin de trouver des fonds.

Des défis à relever :

Aujourd’hui, environ 120 start-up font déjà partie de la communauté Habaka (ndlr : ont participé à un événement de l’association) et Harinjaka espère qu’elles vont vite se multiplier. La communauté grandit vite, voire trop vite pour une structure qui manque parfois de moyens (financiers bien sûr, mais aussi de compétences) pour répondre à ses besoins. Mais les projets de Harinjaka ne sont pas prêts de se tarir. Ce n’est pas une coïncidence si en malgache, « habaka » signifie à la fois « tout ce qui est dans le ciel », l’ « espace » et « le virtuel ».

Un exemple de projet : le coup de cœur de Harinjaka :

Les jacinthes d’eau se multiplient sur les plans d’eau malgaches pendant les saisons humides.  Considérées comme une plaie par les populations locales, elles sont détruites mais ne sont pas exploitées. Un jeune entrepreneur a réussi à les utiliser afin de réaliser des sacs avec leurs feuilles (qui ont des ressemblances avec le raphia) et à utiliser les déchets de cette utilisation pour faire du compost. Cette démarche frugale possède à la fois un impact social et environnemental non négligeable.

Notre rencontre avec Harinjaka a été des plus enrichissantes. Nous avons rencontré un homme inspiré et inspirant qui croit à son projet dur comme fer et souhaite faire bouger les choses à Madagascar. Sa démarche toujours optimiste nous a fait réalisé que même si l’État n’est pas toujours en mesure de prendre ses responsabilités en main, d’autres acteurs peuvent agir. Alors, nous soutenons à 100 % son initiative !

Voir aussi chez Diateino :

L’Innovation Jugaad de Navi Radjou, Simone Ahuja, Jaideep Prabhu.

Ces entreprises qui réussissent en Afrique de Jonathan Berman.

- Startup Weekend – 54 heures pour créer une entreprise de Clint Nelsen, Franck Nouyrigart, Marc Nager.


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