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décentralisation ou démocratie ?

Publié le 04 novembre 2014 par Despasperdus

En ces temps d'Union européenne, il est de bon ton de tresser des lauriers à la décentralisation et de soutenir la réforme territoriale en cours...

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Depuis le début des années 80, la France se décentralise, que ce soit sous la gauche ou sous la droite. A l'époque, la décentralisation devait rapprocher les citoyen-ne-s des centres de décisions. A contrario, le jacobinisme incarnait un pouvoir central lointain, dirigiste, voire autoritaire.

Le projet de barrage du Sivens illustre à merveille, hélas, que la décentralisation n'a pas permis d'améliorer le débat public, de faire participer les citoyen-ne-s aux décisions qui concernent leur vie et leur environnement. Elle n'a pas non plus empêché des orientations politiques qui vont à l'encontre de l'intérêt général, ni apporté une quelconque amélioration démocratique. En fait, elle a superposé les autorités décisionnaires et éparpillé leurs responsabilités respectives, et, ce faisant, embrouillé le débat public et les citoyen-ne-s.

Paradoxalement, la décentralisation a renforcé le centralisme et le dirigisme. Les décisions sont prises par des assemblées locales isolées soumises au pouvoir exécutif local... Les élus n'ont aucun mandat impératif, ni contraints de consulter localement le peuple sur certaines questions locales. Entre deux élections, les citoyen-ne-s ne sont même pas consultés. S'ils contestent certaines décisions, ils font face à un pouvoir exécutif local borné et autoritaire qui recourt le plus souvent à la force qu'au dialogue.

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La décentralisation a permis l'émergence de grands féodaux des temps présents, parfois mégalos et déconnectés de la réalité quotidienne des masses. Elle s'est traduite à la fois par une dégradation de la démocratie et du débat public, et par une inflation de décisions dispendieuses (palais départementaux ou régionaux, grands projets inutiles) et de phénomènes déviants tels que le clientélisme, le conflit d'intérêts et la corruption.

Trente ans se sont écoulés, soit suffisamment de temps pour avoir du recul. A l'évidence, la décentralisation est un échec total et complet aux niveaux économique et social, et pis encore s'agissant de la démocratie.

La nouvelle réforme territoriale qui marquera bientôt une nouvelle étape de la décentralisation se fait à marche forcée. Aucun débat public n'a été organisé, et le peuple ne sera pas appelé à se prononcer.

L'objectif de la décentralisation n'est pas la démocratie.

Il est purement comptable et idéologique : économies budgétaires à court terme et création de grosses régions susceptibles d'être viables économiquement, voire compétitives, quitte à renoncer à l'égalité des citoyen-ne-s, où qu'ils se trouvent sur le territoire national, devant les lois et les règlements.

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La décentralisation est encouragée par l'Union européenne. Les technocrates de Bruxelles veulent remplacer les nations par des régions en concurrence, bien moins puissantes que les Etats : diviser les peuples et les solidarités pour permettre au Capital de mieux régner.

Aussi, disserter sur les mérites respectifs de la décentralisation et de la réforme territoriale en cours, ou du jacobinisme, me semble vain et inutile tant que la démocratie, autrement dit le rapport des citoyen-ne-s quant aux institutions et aux décisions politiques, ne sera pas au centre du débat.

Pour toutes ces raisons, et bien d'autres, je soutiens le mouvement pour la Sixième République.


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