Magazine Culture

1984 [George Orwell]

Publié le 25 janvier 2015 par Charlotte @ulostcontrol_
Hello,
Enfin ! J'ai lu 1984. Je savais que je « devais » lire 1984 depuis un moment, mais il faut bien se l'avouer : il ne me faisait pas très envie. Les romans à mi-chemin entre science-fiction et anticipation et ayant une lecture politique ne me tentent pas du tout.
Mais, parce qu'il m'a fallu un « mais » pour me lancer dans cette lecture, j'ai très envie de lire 1Q84 de Murakami. Genre je le vois dans ma bibliothèque et je me retiens de ne pas l'ouvrir ; mais je trouvais ça dommage de me lancer dans cette lecture sans avoir lu 1984, sachant que le roman de Murakami y fait apparemment quelques références, j'avais peur de passer à côté de quelque chose. J'aime faire les choses bien et j'aime les faire dans l'ordre : j'ai donc lu 1984

1984 [George Orwell]Souriez, vous êtes filmés… Londres, 1984. Voici Winston Smith, employé au Ministère de la Vérité, chargé de réécrire l’histoire afin qu’elle s’accorde avec la version officielle. Voici les télécrans qui diffusent en permanence les messages de propagande et espionnent sans relâche chaque individu. Voici Julia, rencontrée lors des Deux Minutes de la Haine quotidiennes et obligatoires où l’on conspue le Traître Emmanuel Goldstein, qui aura maille à partir, comme Winston, avec la Police de la Pensée. Voici la novlangue qui dépouille le langage de ses inflexions subversives, qui le réduit à un rôle informatif. Et surtout, voici Big Brother, aujourd’hui passé au stade de figure mythique, symbole de la surveillance et de l’oppression totalitaire. 1984, une machine monstrueuse si habilement huilée, qui broie l’homme et les pensées, et que plus rien ne semble pouvoir enrayer. Nous n’en avons pas rêvé, Orwell l’a fait. Espérons qu’il sera le seul.

J'avais beaucoup de peurs et d'appréhensions avant de me lancer dans la lecture d'1984, mais je crois que ma principale crainte était qu'il n'y ait pas d'histoire, pas d'intrigue à proprement parler. Je pensais me retrouver devant un texte qui aurait la forme d'une théorie politique et qui exposerait le mode de fonctionnement des institutions dans un pays totalitaire : tout sauf passionnant.
Mais, ouf : ce n'était qu'un préjugé. Il y a bien une intrigue, un récit qui permet à l'auteur de nous exposer sa vision future du monde à travers des événements romanesques.
Winston Smith vit en Océania est employé par le Ministère de la Vérité : il travaille chaque jour à modifier des documents historiques pour qu'ils correspondent à la politique actuelle du parti. Il est par exemple amené à modifier les chiffres prévisionnels (en matière de production par exemple) de l'Océania pour qu'ils correspondent aux chiffres réellement obtenus.
Son quotidien est déprimant au possible : son travail ne le passionne pas vraiment et est assez stressant, il n'a pas d'amis, doit se plier à l'emploi du temps dicté par le parti, n'a pas d'intimité à cause du télécran qui l'observe et l'écoute à chaque instant, dans chaque pièce de sa maison, sa femme est partie, et de toute façon il est interdit d'aimer qui que ce soit d'autre que Big Brother. La société créée en Océania est morose et terne, elle soumet ses citoyens à la peur et à la menace ; la guerre est la structure-même de la société.
« L'idéal fixé par le Parti était quelque chose d'énorme, de terrible, de rayonnant, un monde d'acier et de béton, de machines monstrueuses et d'armes terrifiantes, une nation de guerriers et de fanatiques qui marchaient avec un ensemble parfait, pensaient les mêmes pensées, clamaient les mêmes slogans, qui perpétuellement travaillaient, luttaient, triomphaient et persécutaient, c'étaient trois cents millions d'être aux visages semblables. » p.103
1984 [George Orwell]
Dès le moment où on rencontre Winston, on le sent déprimé et amer. Il se rend compte de l'absurdité de la société, des aberrations que le Parti leur font croire, de la manipulation, de l'absence de droits et de liberté. Le monde de soumission et de suspicion dans lequel il vit ne lui convient plus mais il sait toute action pour s'opposer au parti vaine voire dangereuse. En réalité, il se sent condamné, pris au piège.
Un instinct de survie, un sursaut d'humanité peut-être, le pousse pourtant à ouvrir un journal intime. Prenant toutes les précautions du monde, il va y écrire ses premiers mots, ses premières réflexions, ses doutes et ses angoisses. Cet événement va en déclencher toute une suite : sa rencontre avec Julia, avec O'Brien, des changements d'attitude... Est-ce le début de la fin ? mais de quelle fin : la sienne ou celle du Parti ?
C'est la façon dont est construit le roman qui m'a d'abord frappée. Il se compose en effet de trois parties bien distinctes les unes des autres et construites de manière très logique et pertinente. Une première partie nous décrit en effet brièvement le monde en 1984, tel que le suppose George Orwell en 1948. En suivant le quotidien de Winston, on va non seulement découvrir le fonctionnement politique et social de l'Océania mais aussi assister au déclic qui a lieu dans l'esprit du héros, à sa prise de conscience et à son envie de changer l'état des choses. Le second temps est celui du passage à l'action. Winston va rencontrer Julia et va essayer de transformer ses doutes en moyens d'action politiques contre le parti. Enfin, la troisième et dernière partie nous présente les conséquences du passage à l'action de Winston et résout l'intrigue principale...
Ce roman est donc construit sur un rythme ternaire terriblement efficace puisqu'il permet d'introduire une tension dramatique assez oppressante et un suspens qui peut tourner à l'angoisse vu le contexte dans lequel s'inscrit l'histoire. Bref, j'ai trouvé l'ambiance du livre pesante et intense et ai rarement vu une intrigue aussi bien ficelée.
J'ai mis un certain temps avant d' « arrêter » mon avis et de savoir si j'avais aimé ce livre ou non. En fait, j'ai eu un certain mal à rentrer dans l'histoire au début du roman : j'ai lu une petite cinquantaine de pages avant de mettre ma lecture en pause pendant deux jours. L'envie n'était pas là, je n'étais pas convaincue mais j'ai continué et me suis prise au jeu dès que j'ai repris la lecture ! L'histoire devient prenante et nous donne envie de tourner les pages pour découvrir la suite.
En ce qui concerne le côté « roman d'anticipation », je suis un peu mitigée à son propos. Je comprends l'intérêt et la pertinence du propos d'Orwell en 1948 (année de publication du roman), en revanche je trouve que ce type de scénario est aujourd'hui dépassé. Certes, on peut y voir des similitudes avec la société actuelle, mais elles ne sont pas vraiment significatives selon moi. Peut-être suis-je trop naïve, le fait est que je n'ai pas l'impression de vivre dans le monde que nous décrit ici Orwell. En revanche, je pense aussi que d'autres régions du mondes, d'autres pays sont beaucoup plus ressemblants à la société décrite par Orwell...
« Comment, dans ce récit, faire la part du mensonge ? Ce pouvait être vrai, que le niveau humain fût plus élevé après qu'avant la Révolution. La seule preuve du contraire était la protestation silencieuse que l'on sentait dans la moelle de ses os, c'était le sentiments instinctif que les conditions dans lesquelles on vivait étaient intolérables et, qu'à une époque quelconque, elles devaient avoir été différentes.
L'idée lui vint que la vraie caractéristique de la vie moderne était, non pas sa cruauté, son insécurité, mais simplement son aspect nu, terne, soumis. » p.102
1984 [George Orwell]
Au final, je suis très contente d'avoir enfin lu 1984. C'est un roman que j'ai appris à apprécié au fil de la lecture et qui va continuer à grandir en moi pendant un bon bout de temps encore.
L'objectif de le découvrir était là mais sans l'envie, il me manquait ce déclic pour me lancer dans cette lecture sans me forcer. Sans 1Q84, j'aurais sûrement repoussé cette lecture pendant longtemps encore et serais passée pendant longtemps à côté d'un roman troublant et mémorable. Comme quoi on n'a pas forcément besoin que de temps pour être prêt à lire un livre : il nous faut parfois trouver le livre qui nous emmenera vers un autre.
Ca vous est déjà arrivé de lire un livre juste dans l'optique d'en lire un second, plus tard ? Qu'avez-vous pensé de 1984 et quel regard portez-vous, plus généralement, sur les romans d'anticipation ?

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Charlotte 266 partages Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazine