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Union Street radio Mix #11 : Cézaire, gravé dans la roche

Publié le 02 février 2015 par Unionstreet

Photo Cézaire

C’est dans un petite rue calme de l’est parisien que l’on a rencontré Cézaire, au sein même des bureaux de Roche Musique, label dont il est le fondateur et qui est en passe de devenir une référence dans la musique électronique française. Bien enfoncé dans le canapé de leur petit studio on y découvre un bonhomme passionné de musique, un peu geek, mais surtout un entrepreneur intelligent qui porte sur ses épaules les jeunes espoirs de la fameuse « french touch ». Anecdotes grivoises, références musicales en tout genres et tour de table des différents projets et tournées du label sont au menu de cette entretien.

Union Street : Présentes toi pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore. 

Cézaire : Moi c’est Cézaire, je suis manager du label Roche Musique depuis 3 ans, je suis à 100% dans la musique maintenant. Avant c’était le basket maintenant c’est la musique…

US : Tu es le fondateur et patron du label Roche Musique. Parles nous un peu du label et ce qu’il représente pour toi. 

C : J’ai crée ce label au départ pour avoir une vision globale de ce que j’étais moi et plus le label grandit, plus je commence à me connaître. Je voulais avoir une vision artistique générale, que ce soit dans la musique, le graphisme ou même la peinture. Je commence à mieux savoir ce qui me plaît : un musique assez « groovy », harmonieuse et le côté « entrepreneur » également. Le besoin de développer le label et de travailler avec des gens autour de moi pour que la structure fonctionne. Les artistes qui sont sur le label me correspondent beaucoup, même humainement parlant.

US : En parlant des artistes Roche Musique justement, tu peux nous citer leurs noms ?

C : On est une dizaine : Darius, FKJ, Cherokee, Kartell, Zimmer, Plage 84, Dabeull, Jordan Lee, Entek, R-Point et moi-même Cézaire. De temps en temps des artistes nous rejoignent pour un projet : par exemple on va sortir un projet avec Chloé Martini qui est plus R’n’b, on a eu Karma Kid également avec son EP « Like I’m On Fire »

US : Qu’est ce que ça représente pour toi aujourd’hui d’être indépendant dans le secteur musical ?

C : De toute manière je suis parti de zéro donc c’était logique que je fasse ça de manière indépendante…C’est quelque chose que j’aime depuis toujours, j’ai toujours voulu être mon propre patron. Après si un label comme le nôtre veut se développer il aura toujours besoin d’une major parce que les ventes sont difficiles. C’est pour ça que j’ai développé d’autres activités : l’event, le DJing qui me rémunère,… Plus les années passent, plus le travail devient important et on arrive à trouver des financements et à équilibrer tout ça. Je ne me rémunère pas avec les ventes, ça me permet simplement d’investir sur des projets. J’ai en tête Diplo avec son label Mad Decent : il est DJ, producteur et dirigeant de label et ses rentrées d’argent lui permettent d’investir sur des projets qui lui tiennent à coeur.

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« …J’ai eu la chance de rencontrer Sébastien Tellier à Hong-Kong, de discuter avec lui, avant que ça ne dérape (rires).… »

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US : On a l’impression que c’est très actuel aussi d’être multi-casquette dans la musique…

C : Dans plein de domaine je pense ! Ceux qui s’en sortent le mieux c’est ceux qui savent faire le plus de choses. C’est vrai que j’ai été obligé de me démultiplier au départ mais plus les choses avancent, plus je délègue et plus je peux cibler mon rôle qui est aujourd’hui un rôle de directeur artistique.

US : Tu as dit dans d’autres interviews que le nom du label venait de la chanson « Roche » de Sébastien Tellier. Qu’est ce que représente cette artiste pour toi ? Est ce que c’est une carrière qui t’inspires ? 

C : Pour moi Tellier représente vraiment l’artiste français, il a une vraie folie en lui, une musicalité. « Sexuality » est un album qui me parle vraiment, c’est l’atmosphère qui m’intéresse, celle de  l’artiste français par excellence. J’ai eu la chance de le rencontrer à Hong Kong, de discuter avec lui avant que ça ne dérape (rires).

US : On peut vous voir, toi ou les artistes du label, jouer quasiment toutes les semaines dans un club ou un bar parisien. Est ce que c’est un leitmotiv du label d’être le plus possible devant le public ?

C : C’est un grand plaisir d’être sur scène. Quand je voyais les mecs sur scène j’avais envie dêtre à leur place et là j’y suis donc c’est cool ! J’aime sortir, parler avec les gens donc c’est vraiment le bon compromis, on m’invite pour faire la teuf et tous les membres du label aiment cet atmosphère de fête. Le seul bémol c’est qu’on a un peu moins l’opportunité de sortir dans d’autres soirées…

US : J’ai entendu parler de belles tournées prévues pour 2015. Parles nous un peu tout ça. 

C : FKJ et Kartell vont faire de belle tournée : Kartell fait une tournée mexicaine en même temps que Dabeull et moi en mars. FKJ part en mars en Asie et en juin au Etats-Unis. On bosse aux Etats-Unis avec Windish Agency et en Asie avec Cliché Records qui font d’ailleurs un taff de malade. La tournée asiatique va être très propre, FKJ y était l’année dernière et ça rendait déjà extrêmement bien en vidéo…

US : Tu as sorti de nombreux mixs et tapes sur ton soundcloud qui représentent la plupart du temps une humeur ou qui mettent en avant un style musical en particulier. Comment est ce que tu travailles ta musique ?

C : J’ai toujours aimé les artistes qui avaient vraiment leur univers. J’écoutais Douster par exemple qui mélangeait Dancehall et musique électronique et j’ai essayé de retrouver ça avec ma première mixtape de G-Funk où j’ai mélangé G-Funk, Funk pur et New Funk mais tu retrouves la même vibe dans les rythmiques ce qui permet de faire un mix. Ensuite j’ai fait des mixs plus sexuels je dirais, c’était l’été donc inconsciemment les sons étaient plus « sexy » et plus vaporeux, un peu r’n’b en slow-motion quoi ! Actuellement je reviens vraiment au trucs G-Funk, plus « poppin’ »… J’ai découvert un style qu’on appelle « vapor wave » qui est très kitsh, très années 80, très lent et je fouille beaucoup là dedans car il y a des sons que je peux intégrer dans mes tapes. Comme je suis dans la préparation de mon EP en même temps, je m’inspire de tous ces styles là.

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« …J’arrive à rester pendant des heures sur mon ordi au point de tomber parfois sur des trucs obscurs… »

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US : Tu es un « digger » de musique, sans forcément parler de vinyles ? 

C : J’ai vécu à la campagne profonde mais comme mon père est informaticien il m’a appris très tôt à fouiller sur internet. Comme j’étais assez loin de la civilisation je n’allais pas acheté des cd’s ou des vinyles en masse mais j’ai très tôt fouillé le net. J’arrive à rester pendant des heures sur mon ordi au point de tomber parfois sur des trucs obscurs… Je me dis parfois « mais qu’est ce que je fous dans l’italo-disco? », je me perds quoi ! (rires). Attention tout n’est pas pourri dans l’italo-disco mais y’a beaucoup de merde quand même ! Sur internet, il y a vraiment la possibilité de faire des liens entre beaucoup d’artistes différents via les mixtapes par exemples. En ce moment je suis un collectif d’Amsterdam, WaveFiles, ou encore Lee Funksta ou des mecs de Montréal, Voyage Funktatisque,  qui sont des gros diggers et qui me permettent de découvrir pas mal de sons…

US : Qu’est ce que tu penses de ce retour du R’n’B et notamment à travers la musique électronique ? 

C : Perso j’aime pas trop quand ça miaule à la Chris Brown mais j’aime bien Drake, The Weeknd… Tout ça influence beaucoup de gens et notamment dans l’électro. Quand tu vois Stwo qui produit maintenant pour Drake tu remarque vraiment qu’il y a un pont qui se crée aujourd’hui. Il y a des mouvements qui ont pris le dessus aujourd’hui. Le rock, qui était très populaire avant, est un style qui est pas mal déserté et c’est normal que d’autres prennent sa place.

US : Sur toutes les sorties Roche Musique il y a un vrai travail graphique qui est fait mais pas encore énormément de vidéos des artistes. Comment est ce que tu expliques ce décalage entre une vrai reconnaissance de votre musique par le public mais pas forcément le même engouement pour vos clips vidéos ?

C : C’est la prochaine étape pour nous : pouvoir sortir un clip à chaque sortie. Chaque artiste à son image donc c’est pas forcément facile. Des mecs comme Justice par exemple ils avaient Kourtrajmé avec eux, nous on a pas encore de collectif fort avec nous. Dans la musique électronique c’est vraiment des concepts, on ne met pas forcément en avant l’artiste à l’image mais plutôt l’interprétation visuelle de sa musique. C’est pas mal de réflexion mais ça va venir, notre but étant de prévoir un clip par release.

US : Quels sont tes projets et ceux du label pour 2015 ?

C : Chloé Martini qui sort un projet en mars 2015, très R’n’B. Plage 84 qui va sortir un EP, on vient de signer Crayon qui est très très bon, Zimmer a signé pour un nouveau projet avec nous, Kartell a fini son EP et Darius et FKJ travaillent en ce moment sur leurs albums respectifs. Je vais également sortir un EP mais je n’ai pas encore de date à vous donner, je travaille encore dessus…

US : Parles nous un peu du mix que tu as concocté pour Union Street. 

C : Beaucoup de sons G-Funk . Je sais qu’Union Street est plutôt branché hip-hop et j’essaye de faire le pont entre ce style que j’aime vraiment et vous. Un truc pour les breakeurs « G-Funk » et « Poppin’ ». 

Propos recueillis par David Dupoirieux

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