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saleté

Publié le 07 février 2015 par Modotcom

saleté
hier soir seule
attablée avec ma bouffe
et ma lecture touristique
j'avoisinais une cohorte
de cinq professionnels dans la mi-trentaine
elle lui dit
what kind of car do you have
son chum de lui répondre
you can see his keys on the table
a jag-u-ar yes it's a jaguar
oh i love it
yes i love it too
le propriétaire de la panthère
est assis au milieu
il a une shape de footballeur
dans un costard bien coupé
le crâne brillamment rasé
j'entends qu'il est banquier
il fait face à sa petite amie
il parle fort
la boisson révélera sa vulgarité
à sa gauche il y a un ami
en habit de preppy
assis en face de sa blonde
qui s'intéresse aux chars
elle est sociable et gentille
elle fait la conversation
le chauve lui dit
you want to change him for me
le cinquième convive
porte son complet du vendredi
et une barbe naissante de fin de semaine
il assez baraqué pour qu'une femme
soit trop fragile pour lui
il n'était pas accompagné
au milieu de la table
cinq menus fermés depuis trop longtemps
des verres à moitié secs
et des coquilles d'huîtres évidées
ils ont bien cinq-à-septé
peu de bouffe
beaucoup d'alcool
pendant ce temps
je déguste ma salade césar
et mon whiskey sour
en faisant la conversation virtuelle
à mon écran de téléphone
le chauve se lève
et visite ses voisines
je pense que c'est une deuxième tablée
de collègues arrivant pour le souper
il n'est même pas dix-neuf heures
lorsque je regarde
je m'aperçois que ce sont deux prostituées
je ne comprends pas ce qu'il fait
mais il y passe un certain temps
avant de revenir s'asseoir
en face de celle qui devrait être sa blonde
la conversation porte sur tout et rien
et sur la barbade
le chauve passe d'une table à l'autre
embrasse une des blondes
elles se lèvent et s'en vont
il vient rejoindre sa gang
le party est fini
il dit à sa blonde
what
you know i love you
it's nothing
they were just hookers
j'étais rendue au filet mignon
médium saignant le steak
le couteau rentrant bien dans la chair
ce n'était peut-être pas sa blonde après tout
c'était peut-être juste une date
mais quand elle s'est levée pour aller s'aérer
j'ai vu qu'elle avait mis les efforts
fait de belles boucles au fer chauffant
dans ses cheveux à mèches
elle n'était même pas vieille
une de ces belles jeunesses au corps publicitaire
maquillée et habillée pour l'occasion
elle avait choisi le mauvais gars
peut-être avait-elle choisi le portefeuille
le pouvoir et l'arrogance
ce n'était même pas don draper
mais ça ne la mettait pas du tout en valeur
s'il était un salopard en public
je ne pouvais imaginer l'imbécile en privé
je ne pouvais pas croire
que cela existait dans la vraie vie civilisée
dans le pouvoir au sein d'une société
que je pensais éduquée
je n'avais jamais témoigné
de tant de misogynie
endossée par des gars muets
et des filles qui ne disent rien
des gars et des filles qui renoncent
face à un pouvoir autre
l'argent affranchit-il du respect
quelle déception que cette population
mais le filet de steak était bien mignon
et en seule femme que j'étais
de la lame de mon couteau
je l'ai bien dominé.

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