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Cinquante nuances de vide…

Par Rémy Boeringer @eltcherillo

Cinquante nuances de vide…

Cinquante nuances de Grey de Sam Taylor-Wood, adapté du best-seller de E.L. James, c’est la soi-disant claque de l’année promise par tous les Séguéla de l’audiovisuel. À vrai dire, ce n’est ni romantique, ni fou, ni même réellement sexy. C’est même le contraire, tristement niais, policé à outrance et profondément ennuyant.

Anastasia Steele (Dakota Johnson) accepte de remplacer sa colocataire, Kate Kavanagh (Eloise Mumford) pour réaliser l’interview d’un jeune millionnaire, Christian Grey (Jamie Dornan). Celui-ci entreprend de conquérir le cœur de la jeune femme qui en tombe éperdument amoureuse. Mais Grey a des goûts particuliers en matière sexuelle.

Cinquante nuances de vide…

Christian Grey (Jamie Dornan)

En matière de sadomasochisme au cinéma, nous avions La secrétaire de Steven Shainberg. Dans La secrétaire, Maggie Gyllenhaal et James Spader débutaient une histoire d’amour. La relation de pouvoir initiale de l’avocat sur sa secrétaire se muait en relation amoureuse, librement consentie par les deux amants. Bref, deux personnes avec un penchant pour ce type de pratique s’éprenaient l’un de l’autre dans une véritable relation romantique. Dans Cinquante nuances de Grey, la relation naît également d’une domination économique mais bien plus sournoise. On serait bien incapable de savoir si Anastasia, présentée comme une jeune femme naïve, tombe amoureuse de l’homme ou du miroir aux alouettes de sa fortune. Les petites filles qui rêvent de devenir princesse ne pensent pas au contrat de mariage. C’est pourtant l’obsession de ce Christian Grey qui gère sa vie sentimentale (devrions-nous dire sexuelle ?) comme un contrat de vente. Est-ce donc, comme le disait Jean Ferrat que « Leur prince de référence, leur nouveau preux chevalier, c’est le golden boy en transe qui joue les petits Poucets. Et se taille, avec vaillance, un empire à bon marché, sur les ogres des finances, qu’il finit par dévorer ». Dans notre monde de superficialité, j’espère malgré tout qu’il se trompait. De Cinquante nuance de Grey aux « sauteries » du Carlton de Lille, il n’y a qu’un minuscule pas à franchir.

Cinquante nuances de vide…

Anastasia Steele (Dakota Johnson)

L’année dernière, nous avions aussi vu La vénus à la fourrure de Roman Polanski. La vénus à la fourrure, non seulement exploré les sentiments des deux amants, délestés de leurs antécédents, pour mieux s’intéresser à leur rapport de domination et de soumission, plus complexe qu’il n’y paraît. Dans Cinquante nuance de Grey, cet aspect de la question est totalement soustrait au débat par ce contrat, à nouveau, qui entend régir toutes apparitions d’une quelconque humanité, de quelques failles qu’il soit dans cette relation. Les tentatives futiles de la réalisatrice d’humaniser le personnage en laissant poindre plus que superficiellement une enfance malheureuse ne parvienne pas à le rendre agréable ou proche de nous. Pire, il en devient alors agaçant et ennuyant. On s’en moque éperdument que monsieur est besoin de passer ces pulsions sur des jeunes filles en fleur parce que maman était toxicomane. On préférerait qu’il assume ses penchants peu conventionnels. Tout le reste est hypocrisie. Enfin, quel est cette manie de nous pondre des personnages de connards qu’on devrait aimer à posteriori ? Le summum du romantisme serait un tour en hélicoptère… et pourquoi pas une lune de miel à Las Vegas? (rire). Dans le genre bourgeois qui fait profiter une prolo de ces largesses, le personnage jouait par Richard Gere dans Pretty Woman avait tellement plus de consistance.

Cinquante nuances de vide…

Christian Grey (Jamie Dornan) et Anastasia Steele (Dakota Johnson)

N’oublions pas l’esthétique criarde tout à fait dans l’esprit des romans Harlequin. À l’image de son personnage principale, la superficialité du film est partout, même dans le traitement graphique. Si, en zappant un soir, vous êtes tombé sur un carré rouge, alors vous n’apprendrez rien de nouveau. On a l’impression désagréable de suivre une pub sms de deux heures. On a absolument rien contre des scènes charnelles, mais il faut que cela serve le récit. Sinon, autant aller au peep-show. La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche avait choqué par ces longues scènes érotiques, les biens-pensants. Les mêmes personnes courent voir Cinquante nuance de Grey pour se donner des frissons. Sauf que dans La vie d’Adèle, ces scènes intensifiaient, très à propos, le sentiment d’un amour très fort entre les deux compagnes alors que dans Cinquante nuance de Grey ne transpire ni une réelle passion ni un véritable amour et surtout jamais un soupçon de sensualité. Comme s’il suffisait de se mordre constamment les lèvres pour montrer à l’écran l’intensité de son attirance ou de ses sentiments. Notons que pour souligner cette pirouette visant à combler le jeu inexistant de Dakota Johnson, Grey répète constamment que ces lèvres mordues lui font de l’effet.

Cinquante nuances de vide…

Kate Kavanagh (Eloise Mumford)

Vous voulez être dérangés, vous remettre en question, ou bien suivre une histoire d’amour dans un univers qui vous semble inconnu, plus pimenté qu’à l’accoutumé, fuyez Cinquante nuance de Grey. Si le sujet vous intrigue, préférez-lui amplement La vénus à la fourrure ou La secrétaire dont nous avons parlé plus haut.

Boeringer Rémy

Pour voir la bande-annonce :


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