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Des Français qui aiment les agriculteurs mais un peu moins l’agriculture ?

Publié le 27 février 2015 par Delits

Alors que se tient actuellement à la porte de Versailles le Salon de l’Agriculture 2015, les agriculteurs semblent bénéficier d’une bonne image au sein de la population française. Guère plus d’1 million aujourd’hui contre 10 millions en 1945, les travailleurs agricoles représentent à peine quelques pourcents de la population active mais conservent, dans notre imaginaire, une place prépondérante. Bien que leur activité ait profondément évolué ces dernières décennies avec l’avènement de fermes modernes, ils conservent en effet un socle d’ « image d’Epinal » positif, toutefois ébranlé par des critiques récurrentes en matière de sécurité alimentaire et de préservation de l’environnement.

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Des nourriciers courageux qui ne comptent pas leurs heures…

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Dans un récent sondage Harris Interactive pour Groupama réalisé à l’occasion du Salon de l’Agriculture, 72% des Français indiquent avoir une bonne image des agriculteurs. Peu de professions peuvent aujourd’hui se targuer d’en avoir une aussi bonne. Celle-ci repose principalement sur l’incarnation de la valeur « travail » (90% des Français estiment que les agriculteurs travaillent beaucoup) et du sens de l’engagement (74% considèrent qu’ils représentent bien cette valeur), ainsi que sur une conjugaison de défense du patrimoine (76% les désignent comme garants du patrimoine naturel de notre pays) et de modernité (84% jugent qu’ils ont su intégrer les nouvelles technologies dans leur activité). Près de 2/3 des Français (64%) vont même jusqu’à avancer que les agriculteurs doivent être considérés comme un exemple. Même tonalité dans un sondage Odoxa pour le Parisien où le taux de « bonnes opinions » atteint même 82%. Les agriculteurs se voient qualifiés d’utiles (96%), de courageux (94%), de passionnés (90%) et de sympathiques (73%).

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L’image d’Epinal de nourriciers, durs au labeur, cultivant le grenier de la France ou élevant du bétail pour remplir nos assiettes perdure et participe de l’identité de notre pays. C’est sans doute la raison pour laquelle autant de responsables politiques se pressent dans les allées du Salon de l’Agriculture. En outre, le métier d’agriculteur est associé à un sens important du sacrifice : le fait de ne pas compter ses heures, de ne pas prendre de vacances… souvent pour un revenu considéré comme n’étant pas à la hauteur des efforts fournis. Dans ce cadre, il serait malvenu de critiquer des agriculteurs dont notre pays ne pourrait pas se passer. Et il est plutôt bienvenu de promouvoir l’implication voire une forme d’abnégation.

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… mais une agriculture parfois jugée néfaste, qui peut déteindre sur l’image de ceux qui l’exercent

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Pourtant, on voit naître un potentiel décalage entre l’image des agriculteurs – encore relativement préservée – et celle de l’agriculture à proprement parler – qui souffre de certains écueils aux yeux des Français. Et qui par capillarité peut commencer à atteindre le socle d’image des personnes qui exercent ce métier. Certes, l’agriculture fait partie de notre patrimoine (91%), garantit la solidité de la France (75%) et suscite de l’attachement (72%). Mais identifiée par certains comme ne subsistant que parce que largement subventionnée, critiquée comme source de nombreuses pollutions, régulièrement frappée par des scandales sanitaires, l’agriculture souffre d’une image un peu moins positive que ses acteurs.

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  • Sur la question des subventions, les Français se montrent assez ambivalents. Certes 47% des Français décrivent dans le baromètre d’image des agriculteurs de l’institut Ifop pour Dimanche Ouest France les agriculteurs comme « assistés », c’est-à-dire dépendants des aides publiques (+3 points par rapport à 2014). Mais ce chiffre avait déjà atteint 61% en 2006. Et une majorité souhaite que les subventions persistent, voire soient amplifiées. En effet, 76% mentionnent qu’il faut selon eux « continuer à subventionner l’agriculture pour maintenir une France rurale ».

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  • Concernant la sécurité sanitaire, 51% des Français dénoncent dans le sondage Odoxa, une profession qu’ils considèrent insuffisamment attentive à cet enjeu. Dans l’étude Harris Interactive, près d’un Français sur trois juge même l’ agriculture inefficace pour réduire les risques en matière de sécurité alimentaire pour le consommateur (traçabilité des produits, labellisation…). Dans le baromètre Ifop, si une majorité de Français estime qu’elle peut faire confiance aux agriculteurs, cette proportion enregistre une baisse de 3 points depuis 2014 et de 13 points depuis 2003. De plus, les Français ne sont plus cette année que 52% à juger les agriculteurs respectueux de leur santé contre 59% en février 2014 et 69% en 2013. Cette dégradation assez nette interroge.

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  • Enfin et surtout, dans le sondage Harris Interactive, 61% des Français jugent que l’agriculture française est inefficace pour lutter contre la pollution de l’eau, de l’air et des sols. Dans le sondage Odoxa, 64% jugent que l’agriculture n’est d’ailleurs pas suffisamment attentive à l’environnement, 52% qualifiant par conséquent les agriculteurs de « pollueurs ». Même critique se manifestant dans le sondage Ifop : seuls 44% des Français considèrent que les exploitants agricoles sont respectueux de l’environnement, soit une baisse de 5 points depuis 2014 et de 12 points depuis 2012. L’impact de l’agriculture sur l’environnement constitue donc un potentiel point de crispation entre les Français et les agriculteurs.

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Les agriculteurs demeurent en 2015 porteurs de valeurs connotées positivement dans la société française. Perçus comme jouant un rôle indispensable, ils conservent une image très largement positive et véhiculent même une forme de fierté française. Mais leur image semble pour partie se dégrader sous l’effet des critiques formulées à l’encontre de l’agriculture, ou plus précisément l’agriculture perçue comme dominante par les Français, à savoir l’agriculture intensive. C’est donc à une agriculture raisonnée qu’aspirent les Français : 87% expriment le souhait que l’agriculture française se tourne davantage vers « de petites exploitations privilégiant la qualité des produits » plutôt que vers de « grandes exploitations privilégiant la quantité pour rester compétitives ».  C’est sans doute à cette condition que le lien privilégié entre les Français et leurs agriculteurs pourra encore perdurer de nombreuses années.


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