Magazine Culture

Psychogeographie indoor (56)

Publié le 27 février 2015 par Novland
Psychogeographie indoor (56)« Il faudra bientôt, je le soupçonne, que nous nous cachions pour lire, comme le temps est venu de se cacher pour boire. Rendre hommage au vin loyal confine à l'insoumission et invite à la clandestinité. Nous sommes quelques uns à nous préparer à des lendemains furtifs » (Jean Claude Pirotte)1.

6 septembre.- Temps quasi parfait, soleil tempéré par quelques rares nuages offrant une climatisation toute naturelle. (27 °C)

« Je parlerais de ma période chrétienne comme un peintre de sa période rose ou bleue… »

« Rentrée littéraire ». Emmanuel Carrère possible authentique écrivain. J’entame Le Royaume. Crise mystique et petite enquête sur les premiers chrétiens. N’ayant lu qu’un tiers du livre je ne saurais avoir un avis tranché. Néanmoins Deux trois constatations : peu de sapidité de bénitier, une belle capacité à vouloir se mettre en scène, de la fluidité, trop de fluidité? 7 septembre.- Ciel bleu pâle, température estivale. (31 °C) Comment une petite secte juive, fondée par des pêcheurs illettrés et soudée par une croyance saugrenue a bien pu réussir et devenir ce que l’on appelle christianisme! C’est cette histoire-là que Carrère tente de raconter sans plus d’effets littéraires que de lourdeur historiciste, non plutôt à la bonne franquette avec le ton journalistique de celui qui sait parce qu’il à su se renseigner là où il fallait (chez Renan, Pierre, Paul ou Jacques…). C’est la force et la faiblesse de son livre, ce côté relâché et non ostentatoire, finalement pas trop romanesque, facile à lire… 9 septembre.- Orages. (23°C) Très las et plus très là, plein d’apathie et de mollesse triomphante… Lu trois chapitres de Carrère entre deux bâillements. Son Royaume ne m’ennuie pas vraiment, c’est simplement mon corps et mon cogito qui me lâchent à l’unisson… 11 septembre.- Soleil voilé. (22°C) Trop saisi par le labeur. Encore tourné autour de deux chapitres de l’ami Carrère sans vraiment pouvoir y entrer. C’est un problème. Rien d’autre. 12 septembre.- Ciel dégagé, bleu pâle, humidité raisonnable, fraîcheur dès l’ombre atteinte. (21°C) Carrère, Le Royaume. Quelques circoncis et incirconcis tournicotent sur la future esplanade des mosquées puis se regardent en chiens de faïence. Ce n’est qu’un début… le monothéisme est en marche.14 septembre.- Soleil chichement voilé et un peu trop bas pour être vraiment honnête. (23°C) Journée plaisante où j’ai émergé d’une soirée alcoolisée avec un beau contentement et l’impression de ne pas être avec mon corps, mais au-dessus dans un joli surplomb scrutateur. Dans cet état, plus flottant qu’amarré, poursuivi la lecture de la somme paléochrétienne de l’ami Carrère. Somme finalement plus passionnante qu’autre chose avec quelques arpents charmants frôlant le croquignolet. La Rome de 64 est par exemple assez gratinée on y couche avec qui l’on veut, hommes, femmes, enfants animaux et l’on y trucide les chrétiens avec une sauvagerie non dénuée de raffinements divers et variés : « Ceux qui n’avaient pas été le matin jetés dans l’arène, cousus dans des peaux de bêtes pour être dévorés par des molosses, ont été gardés pour le soir, revêtus de tuniques enduites de poix et transformés en torches vivantes qui éclairaient la fête dans les jardins de Néron. On attachait des femmes les cheveux aux cornes de taureaux furieux. À d’autres, on badigeonnait le ventre de sécrétions d’ânesses afin de faire mieux bander les ânes qui les violeraient. Suétone décrit Néron lui-même se déguisant en bête fauve pour aller lutiner les condamnés et surtout les condamnées, attachées nues à des poteaux. Ainsi est-il devenu pour tous les chrétiens, l’Antéchrist, la Bête. »

Pour le reste, le livre est très bien même si Carrère se laisse de temps à autre embourber dans sa propre intimité (cette brune très sage qu’il regarde cinquante fois jouir deux fois sur un site pornographique…)

15 septembre.- Météorologie poisseuse, moiteur délétère. (25°C) Le Royaume. Les débuts de l’ère chrétienne sont assez réjouissants. À Jérusalem la famine règne. Quelques mères perdant toute raison mangent leurs enfants tandis que sur les collines environnantes des forêts de suppliciés se décomposent sous le regard attendri d’un petit cénacle de chiens et de chacals qui n’en demandaient pas tant. À Rome Néron est déclaré ennemi de la cité. l’un de ses esclaves lui enfonce une dague dans la gorge, drôle de suicide. L’année 68 est ainsi remplie de merveilles, ce ne sont que naissances monstrueuses, fœtus à plusieurs têtes, épidémies diverses et variées, famines carabinées et éruptions volcaniques un tantinet explosives. L’apocalypse guette, l’apocalypse est bientôt là.16 septembre.- Beau temps, dans le genre estival tardif. (27°C) Toujours agréablement assommé par le pavé paléochrétien d’Emmanuel Carrère . Le mélange d’intime et d’extime, de crudité autobiographique et de grande Histoire en marche (avec sa Hache) est finalement assez à mon goût. Carrère n’aura pas le prix Goncourt qu’il visait, à la place il aura un peu de mon estime, c’est déjà ça et mieux que rien.

« M. Barrès, dans une interview récente, appelait sa Chronique de la Grande Guerre un Journal intime de la France. Quel singulier contresens ! Et comme ce journalisme, qui est de l’action, de l’action énergique, vivante et volontairement partiale, ressemble peu à un journal intime, acte d’intelligence, miroir de la clairvoyance au repos où l’homme s’arrête de vivre pour comprendre. Il faut des Maurras et il faut des Amiel, comme il faut des Barrès et il faut des Montaigne ; il faut aussi choisir entre les deux destinées, et la Chronique a tout de la première, rien de la seconde. C’est comme le journal de la France, tout ce qu’on peut imaginer de plus extime. — (Albert Thibaudet, Nouvelle Revue Française, 1er juin 1923) »

19 septembre.- Queue d’orage et aquosité prégnante.(22°C) Gloomy, like the weather. Toujours vaguement plongé dans le Royaume de Carrère, sans véritable entrain.20 septembre.- Météo semi-tendancieuse. Matinée ensoleillée, après midi gâché par une cohorte de nuages globalement patibulaires.(25°C) Je me lasse de tout, même de cette petite chose diariste à la petite semaine. Les quelques lignes qui suivent seront donc d’une faiblesse insigne, car peu travaillées et assez peu pensées.

Fini d’arpenter les écheveaux évangélistes d’Emmanuel Carrère. Contrairement à d’autres le côté grande histoire ma beaucoup plus intéressé que le côté intime et vaguement masturbatoire. Je sais pertinemment que les deux côtés mêlés forment le projet avoué du livre, mais ne m’en voulez pas de préférer l’un à l’autre. Disons que chez Carrère j’aime assez le bidouilleur éclairé et moins l’écrivain. Cela dit et s’agissant de l’écrivain les dernières pages du Royaume sont assez belles, et attisées par un joli feu chrétien un brin antithétique.
Demain retour dans les petits papiers de Jean Rolin. Je pense que je vais m’y plaire.


2.

Psychogeographie indoor (56)
21 septembre.- Ombres et nuages. (22°C) L’homme qui a vu l’ours. Les reportages de Jean Rolin sont décidément épatants. Il gambade en Roumanie, au pays des mille et une horreurs, dans un décor dévasté, remodelé par l’idéologie au point de tendre vers la pure abstraction. Titanesques clapiers alignés, caverneux palais de la culture, monuments héroïques et magasins vides. Nicolae Ceaușescu vient d’expirer dans les circonstances que l’on sait. À Bucarest de sombres mineurs armés de bâtons de plomb luttent contre les « fascistes » divers et variés tandis que dans les hôpitaux psychiatriques on laisse plus ou moins mourir des enfants tout juste anormaux. Le communisme se délite, le communisme n’est presque plus là. Légèrement plus à l’ouest, à Usti en Bohème, les singes du zoo meurent avec des poumons de grands fumeurs. Ils ne fument pas, mais l’air qu’ils inhalent dans cette petite métropole industrieuse n’est pas pour rien dans leur inopportun trépas. Après deux trois cabrioles mitteleuropa Rolin se retrouve en Égypte, puis en Israël en pleine guerre du Golf. Période fluctuante, pas si éloignée que ça.22 septembre.- Météo semi-automnale. (21°C) Lever 4 heures. Labeur. Rien lu, trop fatigué.25 septembre.- Fraîcheur automnal. (17°C) Ouvert les Cahiers de Cioran au petit bonheur la chance. Bonne pioche, ils ne déçoivent jamais : « Il n’y a que nos maux qui donnent quelques “profondeur ”. Eut-il du génie un bien portant est fatalement superficiel ». Rien d’autre, ou presque 26 septembre. Journée quasi estivale, dans le genre tardif. (25°C) L’outdoor encore un peu tiède je m’y suis risqué en cherchant un peu altitude, car le soleil est bien bas en ces étés finissants. (Mon indoor quant à lui prend des airs islandais, il faut dire que ma chaudière n’est pas encore en « route », mon chauffagiste doit être certainement écologiste et retors).

Lectures du jour, entre ombre sournoise et hauteur solaire. Nuits bleues, calmes bières de Jean Pierre Martinet (beau titre). Court opuscule, préambule à Jerome son roman très conséquent que tout un chacun devrait lire avec appétit et court effroi. Même humour noirci par l’ontologie, même déglingue qui monte au-dessus des volutes alcoolisées. Presque un bon très petit livre.
Le policier qui rit, Le roman d’un crime épisode 4 par Maj Sjöwall et Per Wahlöö. On retrouve un autobus joliment garni, huit cadavres à l’intérieur. Enquête un tantinet glauque avec de petits reflets sinoples assez peu ragoutants. Quelque chose de drôlement burlesque en creux avec des bouts existentiels, de la sueur sociale-démocrate, du sexe libéré, de la pilosité nordique… Une appétence douteuse pour le glissant et le terriblement glissant. La Suède à la fin des années soixante devait être terriblement glissante.

27 septembre.- Beau temps, pour rien ? (22°C) Septembre finissant le soleil devient trop bas pour mon intérieur. Une histoire d’angle et de chauffagiste retors qui me laisse un brin penaud. C’est donc emmailloté de frimas superfétatoires que j’ai achevé la lecture du Policier qui rit. L’intrigue est certainement un peu bâclée, mais dans le genre scandinave gris beige c’est un livre qui se laisse très bien lire. 28 septembre.- Beau temps encore un peu chaud. (25°C) Octobre d’ Oscar Coop-Phane, joliment morose et des les traces du Feu follet de Drieu et de l’Homme qui dort de Perec. Style Léger, amer, presque prometteur. Entamé l'Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain d’Edward Gibbon. Gros pudding antique de plus de deux mille pages. 29 septembre.- Pluie fine, sourde humidité. (20°C) Lire Sylvia Plath en français et un total contresens c’est pourtant ce que je fais en picorant dans un volume de son définitif Ariel qui s’offrait à moi là, traduit et non bilingue. Au-delà de la perversité matoise qu’il y a lire de la poésie traduite je dois constater que si Sylvia était indubitablement un très grand poète (je n’écrirai jamais poétesse) elle n’était pas vraiment rigolote non plus. Poursuivi chez Gibbon, un autre anglo-saxon traduit, qui lui tournicote autour des centurions en jupons.

« A sort of walking miracle, my skin Bright as a Nazi lampshade, »

30 septembre.- Ciel plutôt nuageux. (23°C) Still in Sylvia Plath poems. Depressed but beautiful. Encore dans les pensées de Joseph Joubert. Celle-ci me semble pour ainsi dire parfaite : « Pour que la beauté ait le mérite de la dissonance, il faut qu’elle soit employée par un homme qui connaît l’harmonie, et qui y pense en la fuyant… »3 octobre.- Soleil. Last fine days ? (23°C) Une pensée de Joubert, un poème de Sylvia Plath quelques bizarreries matheuses de Wittgenstein ; je picore à défaut d’entamer.

4 octobre.- Encore un peu de soleil, déjà des nuages. (23°C) Rentrée littéraire épisode 3 . Après le Royaume d’Emmanuel Carrère et Octobre d’Oscar Coop-Phane j’entame l’Homme qui s’aime de Robert Alexis. Le héros de ce vrai roman-roman n’aime pas plus les femmes qu’il n’aime les hommes, il ne s’aime que lui-même… déguisé en femme. Tout est un brin compliqué, les circonvolutions autour au-dessus et parfois dans les corps sont parfois un brin compliquées. Au-delà du transformisme, de la féminité envahissante et de l’onanisme par procuration le livre est un drôle d’aérolithe qui donne l’impression d’avoir été écrit à l’époque même de son « action », soit à la fin du dix neuvième siècle, c’est une constatation et un compliment tout à la fois. La prose de Robert Alexis est délicate, troublante et désuète en bien comme peut l’être une soirée pluvieuse passée sous un bec de gaz allumé tardivement.

Du côté du morose, mort précoce d’André Blanchard (63 ans, c’est trop tôt… ou trop tard). Grand petit écrivain dans la tradition bien française du diariste vitupérant. Il me manquera, il me manque déjà. 5 octobre.- Pluie, pluie, pluie, pluie… (17°C) Robert Alexis. Un homme s’aime tellement qu’il en devient femme pour s’aimer encore plus. Genre fluctuant en bord de Vesuve en fusion, dépravation mesurée dans les bas-fonds napolitains, ce genre de choses, mais en plus élégant que ce que j’en dis : « Je pris place devant l’un des larges miroirs alignés sur les murs. Lentement, après avoir retenu mon regard sur une jolie petite tasse à café, je levai les yeux et me vis, plus belle que jamais, le buste bien droit, les jambes croisées sous le lourd tissu de la jupe. Comment un être humain pouvait-il concentrer autant de charmes ? »

6 octobre.- Ciel semi-chargé » dans le genre maussade. (19°C) Quelques pages de Pessoa, trop renfrogné su moi même pour espérer être vraiment avec mon lusitanien préféré. Relire La Peau de Malaparte. Finir le livre de Robert Alexis, en lire d’autres, beaucoup d’autres…trop ? 7 octobre.- Pluie légère, mais lugubre. (21°C) À son mitan l'Homme qui s'aime devient une sorte de petite usine à fiction dans les traces du Vagabond des étoiles de Jack London. Le roman ne se contente plus d’être uniquement le roman d’un homme narcissique se voulant femme pour mieux s’aimer encore, il éclate en de multiples récits qui s’ils ont toute la force du déliée ont tous les inconvénients du disparate. Ainsi, le héros est tour à tour un explorateur amoureux d’une indigène, une infirmière novice amoureuse d’un soldat agonisant, un peintre posé sur une île grecque et aveuglé par la beauté d’un berger tout juste sorti de l’enfance. On aurait peut-être aimé rester avec la première histoire, celle de l’égotiste se voulant pour propre femme, on y revient sur la fin, c’est déjà ça.

Pour le reste lu en partie Le plus beau but était une passe, écrits sur le football de Jean Claude Michea. Petit ouvrage tout à fait passionnant.


3.

Psychogeographie indoor (56)
8 octobre.- La météorologie nationale annonçait une journée ensoleillée avec des températures quasi estivales. Il n’en fut rien, la tiédeur latente resta comme caparaçonnée sous une épaisse couche de nuages tandis qu’un vent violent ne se gênait pas pour souffler où bon lui semblait. (21°C)

Après la Naples de Robert Alexis voilà celle de Curzio Malaparte. Elle est toute aussi mal fagotée et pour pour ainsi dire presque pire en mieux. Nous sommes en 1943, la ville vient de se libérer par ses propres moyens (moyens terrifiant, ceux du lynchage, mais les allemands étaient pires) et les Américains commencent à pointer le bout de leur nez talqué. Drôle de capharnaüm tragique, pour trois dollars des femmes livides vendent leurs petites filles au coin des rues, trois dollars ce n’est pas tellement onéreux, un kilo d’agneau coûte dix fois plus. Pour guère plus on achète des GI’s nègres sans que ceux-ci s’en rendent vraiment compte. On dépèce des chars Sherman jusqu’à n’en laisser d’autre trace qu’une tache d’huile au fond d’une ruelle insalubre. Il y a encore quelques cadavres allemands qui traînent ici où là. Visages déchirés, gorges déchiquetées… Au loin on peut voir Capri. Malaparte est très bon pour décrire l’abjection, la lie… Il pleure souvent, mais on le sent un brin délecté, trop délecté ?
Encore dans le petit livre de Michéa. Vraiment bien (j’aime le football).

9 octobre.- Ciel chargé, vent sournois, douceur mièvre. (24°C) Évidemment Malaparte en fait beaucoup, chez lui une anecdote glauque devient un désastre de Goya, une bizarrerie de Jérôme Bosch, un machin tordu de Breughel. C’est son côté margoulin (écrivain?) que de transfigurer ce qu’il n’a pas vraiment vu (Perruques sexuelles, naines édentées, juifs crucifiés). Est-ce si important ?


10 octobre.- Pluie incessante. (18°C) Relisant La peau je constate qu’au milieu de l’abjection flottent deux trois choses que je n’avais pas remarquées jusqu’à présent. Il y a notamment ces belles pages que Malaparte consacre à la nature qui l’entoure. Oh il n’est certes pas réputé pour être un immense panthéiste, mais les lignes qu’il consacre à Capri, la Baie de Naples, la côte Almafitaine sont toutes portées par une belle prose musquée qui n’est pas loin d’avoir vraiment tout pour elle.Pour le reste Sirènes servies à table, chiens trucidés, GI’s agonisants, éruptions vésuviennes… menu copieux.

11 octobre.- Ciel indécis, plus que nuages que de soleil. (20°C) En définitive si Malaparte semble si Italien dans ses exagérations diverses et variées c’est peut-être parce qu’il était à moitié allemand. C’est une hypothèse un brin insidieuse, mais une hypothèse à approfondir. Retour dans le Journal de Stendhal, un voyage en Normandie, une demande en mariage, un peu d’ennui… Trois pages de Pessoa. Pessoa ne fait jamais trop de mal à qui sait le lire.

Revu De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites. Extraordinaire empathie de Paul Newman pour ses personnages et la preuve qu’au delà des questions techniques ce qui compte au cinéma c’est l’existence des personnages et uniquement l’existence des personnages. Je crois que je n’oublierai jamais la famille Hunsdorfer, elle compte vraiment pour moi… (le discours terminal de la petite Matilda ma fait monter deux trois grosses larmes, c’est une preuve valable).

12 octobre.- Des averses. (17°C) Depuis hier soir je n’ai pas cessé de penser au film de Newman. C’est certainement un bon signe quant à sa qualité. Du côté de la littérature toujours chez l’intranquille Pessoa, bien sombre aujourd’hui : « Et penché à ma fenêtre, tandis que je savoure cette belle journée en contemplant les masses diverses de la ville tout entière, une seule pensée occupe mon âme : l’envie imtime de mourir, d’en finir, de ne plus jamais voir de lumière sur aucune ville au monde, de ne plus penser, de ne plus sentir, d’abandonner derrière moi, comme un papier d’emballage, le cours du soleil et des jours, et de me dépouiller, comme un costume trop lourd au bord du vaste lit, de l’effort involontaire pour être. »13 octobre.- Aquosité plus que relative. (17°C) Trop saisi par le labeur. Impossible de lire plus de trois lignes. C’est un problème.

Un film Love with the Proper Stranger de Robert Mulligan. Sorte de léger tour de force où l’on bascule délicatement de la chronique sociale charbonneuse (sur fond d’avortement) à la comédie tout ce qu’il y a de plus romantique . Un peu comme si le patibulaire André Cayatte se transformait en Leo Mc Carey sous le regard d’une foule tout autant incrédule qu’attendrie. Steve Mcqueen très sobre en homme « ordinaire » (son meilleur rôle?), Natalie Wood plus qu’adorable… Faut-il le préciser ? 17 octobre.- Du soleil. Tiédeur dans le genre à demi estivale. (23°C) La sensation de ne plus être avec soi-même n’est pas si désagréable que ça. Elle offre tous les avantages de l’aérien et aucun des inconvénients du terrien. Reste à trouver le moyen de ne plus se sentir vraiment avec soi-même tout en étant encore avec les autres, tour de force que très peu parviennent à accomplir et tour de force vers lequel nous devrions tendre avec toute la légèreté qui nous est offerte.Today, peu de tentation lectorale, quelques lignes du carpathien septique Cioran : « Ce matin, j’ai pensé pendant une heure, c’est-à-dire que j’ai aggravé un peu plus mes incertitudes. »
Demain j’entamerai Les Barrages de Sables, traité de castellologie littorale par Jean Yves Jouannais, l’un de nos meilleurs écrivains de l’après modernité


To be continued


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :