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Le livre du mois

Par Apolline Mariotte @ApollineAM

Dehors, les bourrasques font tournoyer les feuilles mortes, les soulèvent dans les airs puis les précipitent sur le goudron des trottoirs. Elles abattent la pluie sur les fenêtres de ma chambre, écrasant les gouttes qui coulent en serpentins le long des carreaux.

Allongée sur le ventre, les pieds au chaud dans mes chaussettes de lit, je remonte avec délices ma couette jusqu’à mes épaules et tourne la page de mon livre du mois. Il est quatre heures de l’après-midi et je n’ai pas quitté mon pyjama en tartan. Je l’ai encore aujourd’hui mais il me tombe sur les pieds tellement l’élastique est mort. Parfois le week-end, maman tolérait que l’on reste en pyjama, ce petit laisser-aller étant sans doute compensé par les bienfaits de la lecture.

Absorbée par la saga des Jalna, l’histoire d’une famille de l’aristocratie rurale du grand nord canadien – les Whiteoaks – en un siècle, seize romans, quatre tomes et quatre mille cinq cents pages, je tourne les pages, termine les chapitres, les parties. Au fur et à mesure de la journée, je vois le côté gauche s’épaissir et le droit s’amincir. Lorsque j’arrive à peu près au milieu du livre, celui-ci tient ouvert tout seul sur l’oreiller avec le poids du papier. Attention à ne pas plier la tranche. Dans ma tête, l’histoire se déroule, le temps passe, Adeline, Renny, Finch vieillissent, les générations se succèdent, l’héritage du manoir familial se transmet.

On a du mal à refermer un Mazo de la Roche. Mon dos est endolori par l’inactivité. Je me retourne et m’installe sur le dos, les bras levés. Avec Arthur, on attendait le livre du mois avec impatience et parfois le 2, il était déjà terminé ; alors, que le temps était long jusqu’au suivant !

Maman sort du four une tarte Tatin brûlante, comme elle sait si bien les faire, avec les pommes imbibées de caramel. Vous venez goûter ? Ça vaudrait le coup de se lever. Nos assiettes sont déjà servies et maman verse un nuage de lait dans son thé russe.

Assise sur le canapé, ma petite assiette posée sur mes genoux repliés, en mon for intérieur, je remercie maman de n’avoir jamais permis à la télévision d’entrer à la maison et d’avoir rempli les rayonnages de ma bibliothèque de pépites d’écriture.


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