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Mendiants et pas orgueilleux : l’Égypte à vendre aux pigeons

Publié le 03 mars 2015 par Gonzo

Bientôt deux ans de pouvoir pour le maréchal Sissi, et un bilan très peu glorieux. Plus que jamais, le pays dépend dramatiquement des subsides accordés par les “frères arabes”. Officiellement, on en est à 23 milliards de dollars d’aide accordées par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït au cours des 18 mois qui ont suivi l’éviction du président Mohamed Morsi.

Mais cela ne suffit pas et le ministère du Tourisme vient de lancer une vidéo promotionnelle pour relancer le tourisme dans le pays. Lecteurs de CPA, vous n’êtes pas vraiment concernés car (sauf exception bien entendu) pas assez riches pour faire une cible de choix. Non, le public visé par la communication du ministère, c’est le tourisme du Golfe, un gisement de voyageurs qu’on n’hésite pas à plumer comme des pigeons (“Le fric coule chez eux comme des grains de riz” peut-on entendre dans une conversation téléphonique attribuée au président Sissi).

Le pigeon voyageur (le voyageur pigeon) se décline de préférence au masculin singulier, surtout si l’on compare à une précédente campagne du même genre, lancée il y a un peu plus d’un an. Sous le titre Wahashtû-nâ (وحشتونا / Vous nous manquez), le clip faisait alors se succéder une série de lieux communs de l’Egypte touristique : les quartiers historiques près d’Al-Azhar, les felouques sur le Nil, la citadelle, un peu de bord de mer, les lumières sur la ville la nuit, le tout sur fond de danses endiablées dans un style de variétés télévisées. Le clip lui-même jouait à effacer les frontières entre la “réalité” du pays et sa représentation touristique, avec des images de studios, de salles de spectacle offrant la “joie de vivre” cairote, tandis que les scènes se déroulant dans la “réalité” ne cherchaient pas à gommer leur artificialité de studio.

Alors que cette vidéo mettait en scène une famille idéale et moderne (monsieur, madame et leurs deux enfants) en provenance du Golfe, le dernier clip choisit comme cœur de cible un jeune célibataire originaire de la même région comme on peut le déduire instantanément à sa tenue vestimentaire. A peine arrivé à l’aéroport, ce beau jeune homme à la barbe bien taillée est immédiatement pris en charge par une pléiade de célébrités égyptiennes qui rivalisent d’amabilités pour lui faire découvrir leur ville. Six vedettes de la chanson et pas loin d’une vingtaine d’acteurs et actrices célèbres vont ainsi ponctuer la visite des mêmes clichés égyptiens en faisant, littéralement parlant, les larbisn (voir la vidéo, 0’58). Défilent à nouveau Khan al-Khalili, les ponts et les felouques du Nil, la citadelle et autres “stars” du tourisme local…

Avec cette différence que l’Egypte – comme le précise le titre du clip : Misr orayba (مصر قريبة / L’Egypte est tout près) – se veut cette fois proche de son visiteur. Toute proche même car la déambulation du jeune touriste est pleine d’allusions faciles et de rencontres émoustillantes… La narration propose ainsi deux temps forts particulièrement suggestifs avec la rencontre d’une adorable vendeuse de fleurs au début de la vidéo (1’14), puis celle d’une charmante jongleuse faisant valser deux boules de feu sous les yeux enflammés de l’homme du Golfe (3’43)!

Sachant qu’on a affaire à des professionnels – la société Aroma qui a produit le fim fait partie des leaders du marché moyen-oriental sur ce créneau –, on est bien obligé de considérer que cette drague assez peu subtile n’est pas le fait du hasard. Ce que confirme le fil (subliminal) qui relie toutes ces images puisque le clip se referme sur l’aimable rencontre d’une fillette égyptienne et d’un garçonnet du Golfe (3’52), fillette que l’on retrouve dans le générique de fin (4’35) caressant nostalgiquement un pigeon et que l’on avait découverte au tout début du clip accueillant des avions comme un dresseur ses pigeons.

في مصر الحضن اللي عاش يكسر بينا الحدود
مسير الغايب يعود وتلمس ايده الحيطان : la “tendresse égyptienne efface les frontières” comme le proclament les paroles, “le voyageur revient et ses mains caressent les murs” (de la ville)… Pas simplement les murs sans doute, quelques épidermes également… A l’exception de quelques conversations téléphoniques privées parfois révélées au grand public), l’Egypte de Sissi ravale tout orgueil pour mendier le soutien de ses frères du Golfe.


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